Le pic Saint-Loup
- Ginette Flora Amouma

- il y a 17 heures
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© Babeth Louisa- Le pic Saint-Loup - février 2026
Le pic Saint Loup, c’est l’histoire de la terre, de son évolution au milieu des roches et des sols, de soulèvements calcaires et de pics qui se sont dressés pour finir leur route dans un paysage de garrigue aux senteurs d’herbes et d’essences aromatiques, des plantes au goût prononcé comme le thym, le romarin, la lavande, dans le département de l’Hérault, dans l’arrière-pays de Montpellier. C’est un monolithe de 658 mètres d’altitude, ses pentes sont creusées de chemins où la randonnée devient l’activité la plus prisée de ceux qui passent et s’arrêtent même quand la brume cache les flancs vigoureux du pic et de son double qui lui fait face, la montagne de l’Hortus, de composition nettement différente, issue du crétacé. C’est un Causse et il n’en faut pas plus pour laisser l’imagination se remplir des traces laissées par les âges.
La garrigue entoure le pic. La garrigue prédomine avec ses essences aromatiques et ses herbes au goût prononcé comme le thym, le romarin ou la lavande. Les vignobles se sont invités et donné un vin auquel sont attachés les gens du pays.
C’est aussi une histoire humaine où hommes et femmes sont aussi soulevés par des vagues d’amour irrépressibles qui conduisent à échafauder d’irrésistibles légendes.
La légende des trois moines
1/ la trame de la légende
Il court dans le pays d’oc une légende qui raconte que trois frères, Guiral, Clair et Loup d’une même seigneurie aiment la même femme et que pour les départager, la demoiselle leur déclara qu’elle choisirait celui qui partirait faire les croisades et reviendrait couvert de gloire en ayant remporté de belles batailles.
Les trois frères partirent et cela dura quelques années. A leur retour, c’était pour apprendre que Bertrade, leur dame de cœur, était morte.
Tout plein d’affliction, ils se retirèrent dans un monastère, chacun sur sa montagne qui prit leur nom d’où ils décidèrent de faire brûler un feu pendant les fêtes de Noël pour signaler leur présence et leur attachement à leurs terres. Ainsi naquit une autre légende, celle des trois pics, le pic Saint Loup, le mont Guiral et le mont Saint Clair.
Des documents retrouvés par la branche des descendants des familles d’Auvergne permettent de relier la légende à la réalité.
Une étude faite par Lina Malbos, chercheuse en généalogie sur la branche d’Auvergne, permet de comprendre comment la légende repose sur une histoire vraie.
2/ Les familles d’Anduze et de Roquefeuil

© millavois.com- la légende des trois ermites
La légende des trois ermites est très répandue dans les Cévennes, le Languedoc et en Rouergue mais les détails de l’histoire changent selon qu’on aborde un lieu. D’un village à l’autre, certains faits varient mais l’argument est le même. La demoiselle, Bertrade pour les uns, Isaure de Viviourès pour d’autres, soit décède au retour des trois frères soit elle renonce d’épouser aucun des trois car elle n’arrive pas à les départager. Les trois frères n’avaient pu surmonter cette peine et se seraient convertis à l’austère vie monacale.
Des études approfondies mettent un nom sur les personnages de la légende :
– Les trois frères sont issus de la famille Roquefeuil mais une version cévenole dit qu’ils sont de la famille d’Esparon.
– La troisième version dit que la demoiselle est une Roquefeuil.
Dans la version de l’Hérault, la demoiselle est la fille du seigneur du château de Viviourès, situé en face du Pic Saint Loup, donc sur la montagne de l’Hortus.
– Les trois versions ont la même origine et viennent de la même réalité historique.
– Toutes les versions sont liées à la famille de Roquefeuil.
3/ La réalité historique

© euzet. genealogie free.fr - la légende des trois frères
Au 12ème siècle, le rocher d’Esparon appartient aux familles d’Anduze et aux Roquefeuil. Plusieurs actes de succession fixent le partage des biens à savoir que le château d’Esparon revient à Raymond Roquefeuil et à son frère Bernard d’Anduze ainsi que le château de Viviourès.
En 1164, Bernard IV d’Anduze, seigneur d’Anduze a trois fils : Bernard V, Pierre–Bermont IV et Bertrand. Ce sont ces trois fils qui sont les acteurs historiques de la légende.
En 1161, Pierre-Bermont devient ermite au monastère de Bonneval.
En 1164 , Bernard V devient ermite et se retire au monastère de Bonneval.
En 1165, Pierre-Bernard, le fils de Bernard V; entre à Bonneval auprès de son père et de son oncle.
Donc trois seigneurs de la maison d’Anduze deviennent ermites à Bonneval. Ce sont les trois frères de la légende ( en réalité, 2 frères et le fils de l’un d’eux ).
Que devient Bertrand d’Anduze, le cadet ?
Il se retrouve seul à gérer les seigneuries. Il se marie avec Adelaïde de Roquefeuil, héritière de la maison Roquefeuil. Par mariage, il se retrouve à la tête de plusieurs fiefs qui englobent la superficie d’un département. Les possessions de Bertrand s’étendent du Sud-est de l’Aveyron, à la partie Nord de l’Hérault, avec la moitié Ouest du Gard, le tiers sud de la Lozère, la partie Sud-Ouest de l’Ardèche et la pointe sud de la Haute-Loire.
Bertrand et Adelaïde ont 5 fils qui reçoivent en partage les biens de leurs parents par dévolutions successives.
La demoiselle de la légende ne peut être qu’Adelaïde de Roquefeuil, épouse de Bertrand V d’Anduze.
Pierre-Bernard meurt dans le monastère.
Pierre- Bermond se retire lui aussi au monastère de Bonneval.
Les familles d’Anduze durant toute leur vie donnent des terres au monastère de Bonneval. Des donations en grand nombre sont également répertoriées.
Et les générations suivantes font de même. Les seigneurs d’Anduze restent profondément liés à l’abbaye de Bonneval.
« C’est donc la découverte d’actes de donations qui prouvent que trois seigneurs de la maison d’Anduze étaient moines en même temps dans cette abbaye de Bonneval. » (Lina Malbos )
Ce qui confirma la réalité historique de cette légende.
Les trois frères ont préféré servir le créateur et la vie des êtres humbles en renonçant au pouvoir, aux richesses, à la gloire et aux possessions terrestres.

© la dépêche.fr – abbaye de Bonneval
L’abbaye de Bonneval est située en Rouergue au nord d’Espalion et fut fondée en 1147 par l’évêque de Cahors.
Après la révolution, en 1791, l’abbaye est abandonnée pendant 84 ans.
En 1875, les moniales de l’ordre des cisterciennes restaurent l’abbaye et continuent toujours à perpétuer l’esprit de Bonneval.
© site consulté : roquefeuil.net (Dominique de Roquefeuil)
Étude historique et généalogie.
Ginette Flora
Février 2026




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