top of page

La page de Patricia - Prise en flagrant délire


© istock - Laurel et Hardy


C'était le jour de la dernière répétition et le metteur en scène était à fleur de peau,

d'une susceptibilité jamais vue auparavant.

Il regardait sa montre et piétinait de ne pas voir tous les comédiens en place.

D'accord, il avait la réputation d'un homme à part dans le milieu, mais il y a des choses qu'il ne supportait pas.

 

– Bon sang, que fait Fanny, toujours en retard, c'est agaçant à la fin !

 

Cette scène se passait dans ce café-théâtre, et tout était en place pour commencer.

 

 –  Me voili, me voilà dit Fanny, arrivant dans un tourbillon de fripes excentriques, les joues rouges et traînant avec elle son inséparable caniche. Elle s'assit à une table.

 

–  Bonjour à tous ! Sers-moi un chocolat bien chaud s'il te plaît, Simone !

 

–  C'est comme si c'était fait !

 

Maquillée à outrance, parfumée d'une eau de toilette de mauvais goût, elle dénotait dans ce lieu qu'on disait chic.

 

Elle se mit à l'aise et croisa ses jambes sur une jupe courte qui laissait voir des bas noirs plutôt aguichants.

 

La serveuse derrière le bar lavait des verres, torchon sur l'épaule mis à la « va comme je te pousse », les cheveux ébouriffés et bougonnait dans sa barbe des mots abscons.

 

Son mari, Paul, perché sur un tabouret, leva la tête, l'air indifférent.

 

Il lisait le journal, un coude sur le zinc de façon laconique, pas prêt au dialogue.

 

–  Mais tu ne vois pas que le journal est à l'envers, bougre que tu es !

 

Et de rajouter, l'observant de la tête aux pieds :

 

–  Et en plus Monsieur a enfilé un frac, lui toujours habillé à l'as de pique !

 

–  T'as oublié que ce soir je suis de sortie Simone, une invitation à l'Opéra, ça s'honore !

 

© ebay.fr- la cuisine au beurre - Fernandel et Bourvil

 

La porte claqua derrière Monsieur Seby, un octogénaire, marchant péniblement malgré sa canne, un client des lieux, un pilier de bar comme on dit.

 

Il demanda son petit café habituel avec un verre de cognac : à son âge, il n'allait pas se priver de petits plaisirs,..

 

Et puis, bien qu'il toussât et crachât, il avait toujours son bout de chique mis au coin de la lèvre, et comme çà empestait, nom d'un chien !

 

Simone passa un coup de bombe en haussant les épaules. Elle ne le supportait pas.

 

Le vieil homme fit mine de ne pas comprendre, et il continua plus ou moins à chiquer.

 

Un couple dans un coin reculé sirotant une bière, osait des petits baisers mousseux tout en regardant autour d'eux que personne ne les reluquait, se donnait des petits coups de pieds amoureux sous la table. Mais c'était sans compter sur le regard de la serveuse qui avait une vue à 360° sur la pièce.

 

–  Ha ! C'est beau la jeunesse dit-elle, un œil sur Paul qui n'avait pas décroché un mot depuis tout à l'heure. Elle soupira.

 

Comme elle aurait aimé qu'il redevienne ce jeune homme romantique et joyeux qui la faisait rêver, ses yeux en disaient long ...tant et si bien qu'elle versa à côté de la tasse un deuxième café que lui réclamait Fanny.

 

 

Celle-ci commençait un peu à somnoler; alors le caniche se sentant sans doute abandonné se mit à gémir et se soulagea contre le pied de la table en forme de cep de vigne !

 

 – T'es insupportable Quinquin !

 

Il la regardait et semblait lui dire :

 

–  On n'a pas idée aussi de mettre des arbres à l'intérieur !

 

Au moment où elle épongeait les dégâts, un groupe de personnes entra avec fracas pour fêter l'anniversaire de l'un d'entre eux. Ils avaient réservé la salle du fond pour l'occasion.

 

Et le guitariste, Gilles, le chauffeur de salle, avait été sollicité pour animer cet après-midi festif. Il fut bientôt rejoint par sa compagne soliste, une rockeuse qui savait mettre l'ambiance. A deux, il faisait la paire !

 

Après avoir apporté le gâteau et pris commande des boissons, après le célèbre Happy Birthday, seulement après, les cordes se mirent à vibrer au son de la guitare et tous se mirent à chanter.

 

Décidément cette journée était pleine d'imprévus...et de cagades !

 

© Le bon coin –de Funes et Bourvil

 

Au milieu d'un morceau entraînant à souhait, une corde de guitare fit un bruit de casserole déformant les sons, un peu comme Zebulon qui saute sur son ressort, et tous se mirent à rire d'un rire contagieux.

 

Une courte pause pour réparer, et hop, c'était reparti pour un tour de musique et de chants. De plus en plus fort.

 

Il faisait chaud, si chaud que beaucoup se dévêtirent, on était à deux doigts de la séance de striptease...

 

Seuls le couple et Fanny étaient restés.

 

Monsieur Seby prit congé ainsi que Paul qui, regardant l'heure, poussa un cri étouffé.

 

–  Zut, je vais être en retard !

 

Alors d'un pas rapide, saluant tout le monde d'un geste de la main, il se dirigea vers la sortie et tout à coup, en un éclair, on vit se soulever sa queue de pie, et badaboum... voilà le bonhomme à terre !

 Le rire plutôt jaune cette fois-ci dura le temps que Paul se relève et passe la porte à double battant avec panache !

 

 

A l'heure du filage, le metteur en scène était plus que satisfait. Il applaudit à mains déployées, suivi de la salle qui sifflait ou lançait des «  bravo ».

Le résultat était au-delà de ses espérances, une performance déjantée qui reflétait bien son esprit farfelu.

Il se tâta le menton, en homme comblé et sourit : tout était parfait, même et surtout la chute de Paul qui avait rajouté du piment à la folle dinguerie.

 

Il faut dire que la chute n'était pas prévue dans le  scénario, et qu'il s'en était sorti avec brio. Et tous avaient l'air plutôt ravis...


© théâtre des Chartrons – le comique au théâtre


Texte de Patricia

(liens extérieurs : photos du Web)

Février 2026

1 commentaire


viviane parseghian
il y a 8 heures

Superbe récit, ma Patricia ... vivant, coloré et la chute chute trop bien ! Bravo et merci pour ce moment léger à sourire en grand ❤️

J'aime
bottom of page