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Ocrement vôtre


Le Roussillon, dans le Luberon, est un village classé comme étant l'un des plus beaux de France.

Le sentier des ocres est une escapade incontournable dans le Parc naturel régional du Luberon.


Quand le village apparaît comme une coupole sculptée sur le dernier piton d’un rocher, on mesure le vertige que provoque l’audacieuse œuvre qui s’est installée sur le haut d’un promontoire aux versants d’ocre rouille. C’est une forteresse de maisons. Les petites bâtisses identiques ne sont pas alignées mais enlacées par la chaleur de l’ocre des façades et le brun rouge des toits. Le clocher surplombe la construction étagée autour de laquelle s’empressent  des pinèdes d’un vert d’or qui s’en détachent pour livrer leurs ombres vacillantes.  

Les volets sont d’un bleu clair, pochettes ouvertes pour tamiser le sable argileux aux oxydes de fer. C’est par la présence d’hydroxydes que le rocher s’est teint de rouge orangé. On l’appelle parfois le Mont rouge.

 Le village semble être littéralement propulsé au-dessus d’une falaise abrupte aux parois cisaillées  de coupes tailladées par l’érosion et une nature abandonnée par la mer.

 En des temps anciens, la mer couvrait les terres de cette région de pierres et de carrières d’extraction de la précieuse poussière  de fer.  

La couleur ocre est déclinée sous diverses écritures. Ce sont d’autres ocres qui fleurissent sur les enseignes pour désigner les divers travaux créatifs réalisés autour de ce matériau. Titres et formules astucieuses sont repris par les échoppes et les boutiques de souvenirs rappelant l’usage fait de ces ocres qui se dressent sur le sentier des ocres. L’émerveillement de nos sens est à son comble.  


Le sentier des ocres


 Une boucle de pèlerinage signalée  dans la terre explique aux visiteurs comment les évolutions des plaques terrestres et ses bouleversements tectoniques ont changé les paysages du Luberon nous laissant stupéfiés par la découverte de hautes falaises monumentales d’un rouge sombre, des grottes béantes et des crevasses couleur de paille brûlée.  Quant au jaune, il se dore au contact des autres teintes laissant parfois surgir une flamme rouge qui fait dire aux villageois que les sorcières touillent leur chaudron et que les fées ont pris leurs quartiers  dans les cheminées de pierre.



Les cheminées des fées.


Les pins d'Alep et les pins sylvestres.





Le massif ocrier et sa terre d'un jaune de chrome.



Une boucle de pèlerinage signalée dans le travail de creusement des marches explique aux visiteurs comment les évolutions des plaques terrestres et ses bouleversements tectoniques ont changé les paysages du Luberon en  laissant les visiteurs stupéfiés par la découverte de hautes falaises monumentales d’un rouge sombre, des grottes béantes et des crevasses couleur de paille brûlée.  Quant au jaune de chrome, il se dore au contact des autres teintes laissant parfois surgir une flamme rouge qui fait dire aux villageois que les sorcières touillent leur chaudron et que les fées ont pris leurs quartiers  dans les cheminées de pierre.  


Des légendes se murmurent et sautent les barricades, parviennent aux oreilles de ceux qui aiment qu’on leur raconte les histoires sauvages qui hantent les sous-bois.  On parle de dames esseulées, de fées cachées dans les hautes cheminées de sang séché, guettant un chevalier égaré dans les trois cent cinquante marches qui bouclent le sentier ocreux taillé dans les anciennes carrières qui exploitaient le précieux pigment extrait de la roche aux sables argileux.

Mais pourquoi cette couleur ocre passant du jaune à l’orangé parfois tirant sur le pourpre ? La fée qui marchait d’un bon pas en s’efforçant de vérifier que les marches ne tentaient pas de déséquilibrer quelque visiteur effaré, répondit en dodelinant de la tête :


–  C’est la dame du seigneur de cette terre. Il la laissait  souvent seule en son château en partant guerroyer ou chasser. Il disparaissait souvent si longtemps que lasse de l’attendre, la dame s’attacha à un gentilhomme de la région qui lui contait fleurette nuit et jour. Le seigneur finit par avoir vent de l’affaire et invita l’amant à une partie de chasse au cours de laquelle il eut tout loisir de trucider son rival.


 A ce point du récit, la fée dansa sur ses pieds  qui frôlaient à peine le sol de sable ocre.


–  Je ne sais pas si je dois vous raconter la suite. C’est horrible et vous risquez d’en être écœuré.


Mais les visiteurs curieux et indisciplinés, fort content de sortir de leur zone de confort, rétorquèrent qu’il fallait aller jusqu’au bout de la légende maintenant qu’elle était entamée. La fée s’inclina et poursuivit :


–  Le seigneur tira son épée et préleva le cœur du mort qu’il alla donner à son cuisinier le priant d’en faire un bon plat. Le cuisinier s’exécuta et servit à table un filet de cœur aux champignons. La dame le trouva si savoureux qu’elle en demanda la recette. Le seigneur lui répondit :

–  C’est du cœur de ton amant cuisiné à la sauce de fromage de chèvre.


 La dame horrifiée se jeta du haut de la fenêtre de son château et son sang se répandit sur toutes les terres de Roussillon les colorant définitivement d'un rouge que les saisons déclinent selon les caprices de leur nuancier.


 Après les applaudissements et les félicitations d’usage, les visiteurs en redemandèrent.


–  Vous avez bien d’autres légendes ?

– Sûrement mais une suffit pour aujourd’hui. Il s’agit de ne pas vous dégoûter de la bonne cuisine qui vous attend, agrémentée des plantes qui ont su pousser sur ces terres en s’adaptant aux transformations géologiques et au taux de silice contenu dans le sable.  


 

Arrivés au belvédère, la vue des pins d’Alep et des chênes pubescents qui rivalisent de hauteur avec les rochers roussis par le passage de l’ombre et de la lumière, fit tomber un silence où le recueillement se disputait à la curiosité de comprendre comment la planète terre survivait à l’intrusion d’un autre élément dans son domaine usuel.  

La Provence est un pays calcaire, les montagnes sont blanches du calcaire qui les minéralise. Une oasis de silice s’est formée dans sa région  dérangeant l’existence de la flore prégnante et souveraine. A l’envahissement de sables ocreux, ferreux et acides, la végétation et la flore qui s’y prospéraient se trouvèrent bousculées et éperdues comme si un nouvel étranger venait les rencontrer. Les cistes à feuille de laurier, l’ajonc d’Europe s’efforcèrent de revoir la nourriture de leurs racines. L’orcanette et le genêt à balai sont accompagnés par des espèces dites « ubiquistes » c’est à dire qui apprécient autant la silice que le calcaire.

Le thym, le romarin,  le buis et  les pins d’Alep pactisèrent avec les nouveaux sols et  développèrent dans leur écosystème la capacité de vivre avec la différence.

Il n’y eut pas de révolte ni de guérilla ni de grève de la faim. Il y eut une connivence. Les ocres stimulèrent la présence d’herbes rares. Des orchidées d’espèces nombreuses fleurirent, on vit les herbes s’échanger leurs secrets de fabrication.

Certaines plantes sont utiles à la pharmacopée quotidienne. La bruyère contient de l’ocre dans son ramage.  En l’extrayant, on en fait des produits dérivés. L’orcanette est utile pour les teinturiers qui extraient le pigment rouge violacé destiné à leurs travaux.

L’accident minéral qui s’est produit dans le Luberon, il y a des milliers d’années,  a permis la naissance d’une curiosité végétale en Provence.


La nature sait prendre des sentiers insoupçonnés grâce à l’intuition et à l’instinct de vie  et pour survivre dans un milieu qui  se montrait sinon hostile mais  différent,  la nature mieux que l’humain sait que,  pour apprivoiser le pigment nouveau, il faut beaucoup croire à la vie. Le blanc du calcaire de Provence n’a pas rejeté les ocres du Luberon.

 

 Les carrières des ocres 



Comment de l’étonnante métamorphose du minéral, les exploitations de sables ocreux se sont multipliés  à partir du XVIIIème siècle ?

 Aux origines de la terre provençale, c’était la mer qui, en se retirant a laissé des sédiments qui ont formé des calcaires blancs. Peu à peu, les couches de sable prennent une couleur verte et des argiles recouvrent le calcaire. Les sables verts disparaissent suite à des ébranlements tectoniques et d’autres apparaissent qui sont des sables ocreux. L’ocre est composé d’argile et d’oxydes de fer d’où sa couleur. Les composants se dissolvent. Le fer reste. De nouveaux sables ocreux sont nés donnant à la terre cette coloration rouge orangé. L’ocre est le résultat de la présence de la glauconie qui est un mélange minéral de sable vert, de kaolinite et de différents hydroxydes et d’oxydes de fer.


 Au XVIIIème siècle, Jean Etienne Astier est le premier fabricant d’ocre à Roussillon. Il parvient à inventer un traitement permettant d’extraire le pigment ocre du sable. Les machines prélevaient le sable ocreux  par des techniques de lessivage et de séchage, récupéraient l’ocre et le traitaient pour le proposer sur les marchés industriels, le pigment étant très prisé dans les métiers d’art et autres usages en teinturerie. Ce pigment ocre était déjà utilisé par les hommes du Néandertal pour dessiner sur les murs des grottes. De nos jours, ce pigment est  aussi un enduit coloré  qu’on peut choisir pour peindre les murs des bâtiments.

 Plusieurs carrières se développent. L’exploitation est élargie et a pris d’importantes proportions. En 1993, les exploitations sont fermées. Il ne reste plus qu’une seule carrière d’ocre en activité dans le village de Gargas. Cette exploitation industrielle est le résultat d’une aventure humaine et le site d’un patrimoine paysager unique dans le parc régional du Luberon,   formant avec le site des ocres de Rustrel, le Colorado provençal.

Il est dit que les pigments retirés de cette exploitation sont riches d’un nuancier de 24 teintes allant du jaune doux au rouge brun. Il existe également des carrières souterraines. Les hydroxydes de fer donnent cette surprenante coloration rouge ocre, ocre brun, ocre jaune, brun orangé, rouge violacé. Avec l’arrivée des colorants chimiques, les carrières sont abandonnées et les carrières souterraines sont réappropriées pour la culture du champignon, le lieu humide, sombre et clos permettant la culture des sporophores et des mousserons.


 La nature a repris ses droits et cela forme des paysages insolites. Les roches ont endossé leurs habits de prêtrise sacerdotale. Sur des stables de granit, des célébrations silencieuses se déroulent encore,  partagées par les végétaux qui ont su s’adapter.

 On y lève tous les soirs l’ostensoir d’un crépuscule aux couleurs de feu.


Ginette Flora

Avril 2026

 

1 commentaire


Fredoladouleur
Fredoladouleur
il y a 3 heures

Bien que cela commence à dater, je garde un excellent souvenir de ma visite du village du Roussillon en Provence. Ses ruelles colorées et son ambiance chaleureuse. Le sentier des ocres est un véritable trésor où Dame Nature nous dévoile ses plus belles nuances d’orange, de rouge et de jaune. Un spectacle naturel qui vaut sincèrement le détour et d’une beauté rare qui ne peut que susciter l'admiration ! Merci d'avoir raviver ces beaux souvenirs, Chère Ginette ! De te souhaiter une agréable journée ! 😊☀️

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