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Manuel de Falla ou l'âme tzigane


© artmajeur.com- Catherine Rossi - les jardins de l'Alhambra


C’est un compositeur espagnol né en 1876 à Cadix en Espagne et mort en nov. 1946 à l’Alta Gracia en Argentine.


 Des débuts précoces


Il étudie le piano dès son plus jeune âge avec sa mère qui voyant ses dons innés, demande à un précepteur de leur commune de continuer l’enseignement. Il devient ensuite l’élève d’un pianiste renommé José Trago.

Il entre au Conservatoire Royal de Madrid où il étudie pendant deux ans. A la fin de son parcours studieux, il reçoit un prix qui l’encourage à s’inscrire à des concours.

C’est en 1904 qu’il s’inscrit à un concours de musique pour lequel il compose La vida breve, un drame lyrique en deux actes qui marque le début de sa carrière de compositeur. 

Fort de ce prix, et qui est pour lui le résultat d’une création qui lui tient à cœur, celui de redynamiser la musique espagnole en explorant ses origines, il décide de faire un séjour à Paris avec ce qu’il appelle  son premier exercice comme viatique.

Entre 1902 et 1908, il aime composer des pièces espagnoles avec toujours le souci de faire vibrer la tonalité hispanique.




  Paris et les salons de musique ( 1907-1914)


En s’installant en France, à Paris, il fait la connaissance  des compositeurs de cette époque et devient l’ami de Paul Dukas, Claude Debussy, Maurice Ravel. Il rencontre également Isaac Albéniz, un pianiste espagnol qui s’inspire de la musique folklorique espagnole pour composer ses œuvres.  

De Falla envoie son drame lyrique à divers théâtres parisiens dans l’espoir de faire programmer la vida breve  mais c’est le théâtre de Nice qui accepte de le produire en 1913 puis en 1914, l’opéra comique de Paris accepte de le représenter.

En 1908, il publie 4 pièces espagnoles, composées entre 1902 et 1908.  

En1914, il publie l’amour sorcier « El amor brujo » où il introduit l’esprit de la musique traditionnelle tzigane comme il a commencé à le faire avec la vida breve.

Cela lui tient à cœur de sensibiliser la fibre nationale en révélant la flamme espagnole à travers l’âme de la culture gitane.


L’amour sorcier, la danse du feu  




Cette symphonie illustre le désir toujours prégnant de Manuel de Falla qui se soucie de s’appuyer sur la musique traditionnelle de l’Espagne pour créer une musique qui ne renie en rien les fondamentaux du folklore espagnol. L’Espagne émerge et fuse à travers les pores de sa musique qu’il s’ingénie à densifier. Magie et agilité, il excelle à conserver la trame folklorique trépidante et ensorcelante de ses compositions en la soutenant par un ensemble d’instruments qui répondent à la volonté du compositeur de traduire le rituel de la danse du feu. Il évoque les chants psalmodiés  lors de rites sacrés où les mauvais esprits sont chassés.

C’est le rite des gitans qui allument un grand feu à minuit et dansent en martelant de leurs talons les bruits destinés à provoquer les esprits malveillants.

 De Falla va en faire une symphonie où le sens de la danse exécutée dans des transes hypnotiques exprime le geste primitif destiné à exorciser le mal d’où le passage des relents d’une violence que de Falla parvient à maintenir dans le travail rendu par les cris, les déchirements, les coups que chaque instrument produit. Il s’agit d’investir une atmosphère, d’en établir les contours et dès les premières mesures de la symphonie, le décor est installé. La puissance d’un charme troublant tel un feu follet, file mordre les mauvais esprits.  

Pour ce faire, de Falla fait jouer les bois et les cordes,  les hautbois rampent, les violons déchirent la scène. L’événement est attendu dans une atmosphère oppressante. Les lignes mélodiques des hautbois arrivent à traduire les cris, c'est la scène des forces rassemblées d’un groupe de sorciers occupés à représenter leur rituel,  les notes hypnotisent.  Une fascination se crée autour de la musique qui déjà envoûte les esprits.

Le rituel est mis en place et les épisodes se répètent. Les hautbois, les trilles traduisent les cris, les timbales progressivement s’emballent.

Le thème orientalisant fait entendre un rythme mauresque joué par les hautbois et les violons. La danse se matérialise par les martèlements des violoncelles et les répétitions du thème qui prend de la puissance. L’envoûtement pénètre et s’approprie le chant tzigane.  

 

C’est par une sorte d’habileté à gérer les instruments et à composer sur des thèmes pré-installés que de Falla fait de sa danse du feu une danse planétaire. De l’amour sorcier, on ne retient que la danse du feu.

 C’est un morceau célèbre souvent joué en concert, tant sa forme mélodique, son expression musicale, l’écriture des rôles dévolus à chaque instrument choisi à dessein,  fait de cette composition une mise en scène qui ranime  l’inconscient.

Adaptée au cinéma par Carlos Saura en 1986, la danse du feu est tournée sur une chorégraphie d'Antonio Gadès. Saura fait appel à la musique de Manuel de Falla pour la bande sonore de son film. L'œuvre musicale de Falla est quasiment mise à l'écran.





Nights in the gardens of Spain


En 1915, de Falla compose "Les Nuits dans les jardins d'Espagne". C'est en faisant une balade dans les jardins du palais de l'Alhambra en Andalousie que de Falla, subjugué, écrit trois mouvements qui dépeignent la nuit andalouse.

En 1922, il le remanie et en fait une pièce pour piano et orchestre.

Cette pièce est interprétée par la pianiste espagnole Alicia de Larrocha en 1971.




« C’est un des morceaux les plus franchement impressionnistes de Falla », s’accordent à dire tous les critiques.

« Le frémissement de la nuit andalouse est presque tangible au fond des trois mouvements. L’effet est irréel, hors du temps et de l’espace. »  déclare le critique britannique Piers Burton-Page.

L'exil en Argentine


Manuel de Falla laisse de lui une manière d'être qui interpelle. Comment un être solitaire et  connu pour être timide et cérébral, pudique au point de répugner à parler de lui, comment cet être introverti et secret  a pu laisser des œuvres aussi exaltées ? La danse du feu, la vida verde, les nuits des jardins d’Espagne, les pièces espagnoles reprennent les thèmes  ardents et brûlants de l’esprit gitan ainsi que de leur art à s'exprimer par des danses suggestives où le corps et les amples mouvements des bras sont sollicités.

 De Falla loin de s’en détourner,  les spiritualise et c’est comme si l’homme se livrait dans la musique : austère jusqu’à l’ascétisme  mais sensible au frémissement de l’émotion.

 Il laisse sa musique parler  de lui, de la réelle ardeur de son âme qui quelque part porte une blessure dont il ne se guérit pas. Cette ferveur, cet éclatement des sens  est confronté à la douleur, à son mysticisme.

On dit de lui qu’il est moine et gitan, ce qui résume ce qu’il est : austère mais flamboyant. 

La musique  de Falla illustre sa personnalité : brûlant au dedans mais d’un terrible ascétisme au dehors. Il spiritualise ses impulsions et ses émotions comme s’il s’astreignait à les expurger.

 De lui, ses amis ont beaucoup cherché à le cerner.

 N’y-a-t-il jamais eu une âme pure pour tenter de l’extraire de cette dualité tyrannique, de cette mystérieuse blessure ? dit de lui Roland Manuel,  compositeur et critique, 1930.

 A la fin de sa vie, exilé, il s’aventure sur des voies plus âpres comme pour se punir d’un mal qui  le ronge. Sa dernière composition s’en ressent. Son concerto pour clavecin et cinq instruments est une œuvre de renoncement.

Entouré et admiré par les plus grands compositeurs de son temps,  révélé par eux lorsqu’il vivait à Paris  mais solitaire à tout jamais quand il revient chez lui pour assister aux guerres civiles et préférant fuir plutôt que de choisir une voie qui ne fût pas la sienne, il termine sa vie en Argentine dans la commune de l’Alta Gracia de la sierra Cordoba.

 

Sites consultés et références

Radiofrance / France musique / Manuel de Falla

musicologie.org / Manuel de Falla

symphozik.info manuel de Falla

Cathy Proust – éducation musicale CPDEM , 2009

  Ginette Flora

Février 2026

 

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