Le trèfle à quatre feuilles
- Ginette Flora Amouma

- il y a 14 heures
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Les contes ne tarissent pas d’imagination quand il s’agit de parler d’un trèfle à quatre feuilles. Des contes pour la jeunesse et surtout pour la plus jeune des jeunesses, abondent et à l’heure de l’histoire du soir
à lire à l’enfant pour qu’il s’endorme, le trèfle à quatre feuilles semble emporter son cerveau spongieux et perméable vers les lointains rivages du rêve où règnent la magie, le bonheur, les êtres fabuleux, les animaux, même les plus grands, ceux qu’on ne peut pas tenir entre ses petits bras mais qu’on rêve de les voir venir s’asseoir auprès de soi.
J’ai toujours fait ce rêve qui s’en est allé mais qui ne cesse de revenir, c’est sa façon de vivre. C’est aussi l’instant pieux qu’il me donne pour que sur l’autel de l’imaginaire, je puisse courir vers les pages, vers les rejets de livres, vers les plus énigmatiques cachettes où, tapi dans l’ombre, surgit ce dragon qui serre contre lui un gorille femelle.

Ce ne sont pas leurs différences ni leurs apparences qui sautent aux yeux quand on les voit pour la première fois. C’est l’expression de leur regard. La femelle a dans ses yeux une confiance absolue quand elle est dans les bras du dragon qui ne peut cacher l’extraordinaire affection dont il l’entoure. Et ce duo aux apparences difformes et aux différences trompeuses ne me quitte jamais depuis que j’ai moi aussi cueilli mon trèfle à quatre feuilles. Il m’arrivait de baguenauder dans un bois quand la mélancolie du ciel atteignait le ciel de mes errances. Je fréquentais ce bois sans savoir que ce bois avait une adresse. C’était l’endroit où l’habitude prise, je m’y reposais pour prendre la quiétude au ras de l’herbe sauvage. J’y trouvais des moments de relâchement, loin des tensions ; un moment tranquille où je bavardais avec les oiseaux et les grands feuillus qui peuplent les sentiers et les pistes cent fois emmêlées de branchages et de langages car on parlait et je cherchais le savoir et le secret du comprendre, savoir écouter et se rassasier de cette parole, de ces mots qui demeurent, inchangés, ne connaissant ni la chute des saisons ni les renouveaux car ils ne connaissent rien des tangages du temps, tant ils sont embarqués sur le vaisseau de l’ailleurs. Ils sont étouffés par les frayeurs mais reviennent redire les mêmes douceurs pour recommencer le monde.
Le trèfle m’a ouvert une porte et depuis j’en possède la clé. Un monde, c’était dans un monde d’abondance et d’espérance dans lequel j’ai pénétré, où j’ai trouvé un trèfle à quatre feuilles puis un genêt puis un coquelicot.
Je n’ai pas eu le temps de prendre le coquelicot, l’après-midi était passé, je n’avais pas vu l’heure, le temps qui m’était imparti à la fleur rouge était dépassé et le coquelicot s’est éclipsé emportant avec lui ce qu’il ne peut que faire : ne vivre qu’un matin pour disparaître ensuite.
Le trèfle à quatre feuilles, lui, ne bougeait pas, je l’ai inséré entre les pages d’un livre, là où je sais que je pouvais penser au bonheur, à la chance, à la magie car le trèfle a le pouvoir de m’aider à percevoir la présence de quelques êtres, ange ou devin. J’eus la chance de rencontrer non pas un ange mais un esprit bienveillant.

De tous temps, on célèbre cette feuille en lui attribuant maints symboles. Le trèfle à quatre feuilles symbolise la renaissance, la source de la vitalité, la vie. On orne les sépultures pour que les âmes se rapprochent de nous. On en a fait également un symbole d’amour qu’on porte sur soi, amulette ou pendentif, petite feuille mais grandes marques d’affection. Le trèfle, je m’en rendis compte me rendait des forces que je ne me soupçonnais pas, il me fit voir des fées, il me fit chasser des esprits malveillants, il me fit entrer dans les galaxies car des portes s’ouvraient et je m’aventurais vers des mondes inconnus.
L’Egypte en fait le symbole de l’union entre deux êtres. Les druides s’en servent pour orner leur sanctuaire et parfois en faire des talismans ou des breuvages revigorants dans un chaudron. Les celtes portent haut et fort la couleur verte, en ont fait un trophée et on ne parle plus que du trèfle de la Celtie, l’Irlande, terre des triskèles, des croix et des miracles car comment expliquer la trinité, le trois en un seul, que St Patrick fit mémoriser en prenant pour modèle le trèfle à 3 feuilles qui parfois se distingue en créant le 4ème pétale, représentant celui du mortel resté sur terre.
Le mois de Mars, c’est aussi le mois des hivers finissants et c’est le début de toutes les éclosions. Le trèfle à quatre feuilles est là quelque part, s’égare à dessein, se dissimule entre deux trottoirs ou deux rivages, deux frontières, dans le no man’s land, un endroit inoccupé où l’on ne fait entrer ni le péril ni la peine d’un exil à cette embrasure où passe le coquelicot qui est aussi appelé le pavot.
C’est ainsi que j’avais atteint les belles contrées vertes et grâce au trèfle à 4 feuilles, j’ai pu rencontrer le pavot des champs qu’on ne voit que pendant les premières heures du jour.
On ne le cueille pas, non car il ne reviendrait plus, son éternel retour est conditionné par son cycle de vie mais depuis qu’un trèfle à quatre feuilles me l’a fait découvrir, j’ai pu mesurer l’extraordinaire fragilité du bonheur.

Ginette Flora
Mars 2026



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