La trame de l'existence : l'étoffe dont on fait les rêves
- Ginette Flora Amouma

- il y a 7 heures
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Magdalena Abakanowicz
(1930-2017)

Magdalena Abakanowicz dans son atelier en 1960

Le musée Bourdelle présente jusqu’au 12 avril 2026 l’œuvre de Magdalena Abakanowicz, figure majeure du renouveau textile et de la sculpture du XXe siècle : une traversée entre forces de l’esprit et puissance de la matière.
Varsovie
Magdalena Abakanowicz est née le 20 juin 1930 en Pologne, à Falenty près de Varsovie. Elle est issue d'une grande famille d’origine tatare de l’aristocratie russe exilée en Pologne depuis la Révolution de 1917. De 1948 à 1949, elle suit les cours de l’école d’arts plastiques de Gardénia et étudie le tissage à l’École supérieure d’États des Beaux-arts de Gdansk. Entre 1950 et 1954, elle fait ses études à l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie. Son parcours d’artiste débute en 1960 par une première exposition de grandes gouaches sur papier et quelques tissages, projet qui sera refusé pour cause de « formalisme ».

En 1962, Magdalena Abakanowicz participe à la première Biennale internationale de la tapisserie de Lausanne avec Composition de formes blanches, une pièce tissée très librement. Le créateur de la biennale, Jean Lurçat espère ainsi provoquer le milieu de la tapisserie dominé par la tradition française du « beau tissu ».
Composition de formes blanches
Paris
Cette même année, elle part pour la France pour étudier dans les ateliers d’Aubusson et réalise en 1964 ses premières sculptures textiles en trois dimensions en fibres naturelles qu'elle appelle « Abakans ».
« Je ne m’intéresse pas au tissage (à l’art textile) sous ses formes traditionnelles, ni à son usage professionnel, ni à ses significations restreintes […]. J’ai découvert un matériau et une technique que je peux utiliser pour donner forme aux choses et concrétiser mes idées. »
« Je considère la fibre comme le plus grand mystère de notre environnement. C’est à partir de la fibre que sont construits tous les organismes vivants, les tissus des plantes, des feuilles et nous- mêmes. »
Si l'approche de Magdalena Abakanowicz, utilisant des matériaux et des procédés novateurs suscite une certaine polémique, elle reçoit cependant une Médaille d'or dans la catégorie des arts appliqués à de la Biennale Internationale du Tissu de Venise et en 1965 le grand prix de la VIIIe Biennale de São Paulo, et accède à une reconnaissance tant critique que publique.


Abakan rouge Abakan orange
Le retour en terre polonaise
Entre 1965 et 1990, elle enseigne à l’École nationale supérieure des arts plastiques de Poznan ( Ville de Pologne ) et crée entre 1970 et 1979 les Altérations, un ensemble de sculptures.

Altérations
Par ailleurs, elle écrit des textes métaphoriques sur le cerveau, la mythologie et la religion et commence à travailler sur des matériaux basiques, tels que le bois, la pierre, la céramique et débute les dessins au fusain.
En 1980, elle réalise Embryologie et Dos pour le pavillon polonais de la 39e Biennale de Venise.


Embryologie Dos
Deux ans plus tard, elle expose à la galerie Jeanne Bucher à Paris. En 1987, elle écrit avec Pierre Restany (1930-2003), historien de l’art et critique d’art français, le livre Katarsis et en 1988 réalise pour les Jeux Olympiques de Séoul 10 têtes d'animaux en bronze. Le Walker Art Center de Minneapolis lui commande en 1991 l'installation La Foule.

La Foule
« Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves », dit Shakespeare : ceux de Magdalena Abakanowicz, qui a traversé la guerre, la pénurie et la censure du stalinisme, ressemblent plutôt à des cauchemars. De son œuvre qui recoud et exhibe les cicatrices des traumatismes du totalitarisme, elle disait :
« Il devenait clair pour moi que je pouvais construire une réalité tridimensionnelle : douce, pleine de secrets, me protégeant, étant un bouclier, et en même temps […] partie intégrante de moi-même. »
« En décidant de créer des groupes, je voulais remettre en cause la sculpture comme objet singulier, trop vite réduit à un élément décoratif. Je voulais confronter l’homme à lui-même, sa solitude parmi la multitude […] Il m’a fallu des années pour créer cette barrière, mes foules, entre moi et l’homme. »
La fondation
En 2007 elle crée avec son mari la Fondation Magdalena Abakanowicz Kosmowska et Jan Kosmowski de Varsovie.
Le 20 avril 2017, Magdalena Abakanowicz décède à Varsovie.
Chronique de Colette Alice

Mars 2026



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