La page du mélomane 47 - Le pansement Schubert

Le livre

Aux Editions Denoël, 2020
Claire Oppert, violoncelliste, thérapeute et essayiste parle d’une expérience qu’elle pratique auprès de ceux qui souffrent et dans l’âme et dans le corps.
Elle joue des mélodies lentes et mélancoliques, ceux de Schubert principalement.
Délivrer les malades de leurs douleurs engage la musicienne à réveiller les sens et permettre aux malades, aux mourants, aux désespérés, d’apprécier la vibration qui va les atteindre jusqu’au plus profond de l’âme, leur laissant pendant quelques instants, la joie de faire partie du monde.
Le pansement Schubert est un essai sur une méthode qui a pour but de soulager la souffrance qui vient des lourdes pathologies qu’endurent les malades en fin de vie, les personnes âgées violemment frappées de solitude, les autres cas de troubles psychotiques, ceux qu’on ne peut classer tant ils sont nombreux à cacher la douleur diffuse d’exister dans un corps qui a tout encaissé.
La violoncelliste explique que la musique peut devenir une thérapie. L’anecdote phare qui explicite le titre, c’est la réaction qu’a eu un patient en soins palliatifs lorsqu’il a cessé de regimber et de refuser tout contact dès que Claire Oppert s’est mise à jouer le trio N°2 de Schubert, à son chevet. Une vibration est allée capter son inconscient et a rejoint une partie intacte du cerveau au point que l’infirmière a pu continuer les soins tandis que le patient s’accrochait aux notes vibrantes du violoncelle « comme si la musique a pénétré l’âme avant de s’adresser à la raison. » [Platon]
Devant ce revirement, l’infirmière dit à Claire Oppert :
« Il faudra revenir pour le pansement Schubert »
La musique peut avoir un effet de réconfort et de résurgence. Quand tout s’arrête pour les personnes dans le coma, lourdement traumatisés et ayant perdu leurs fonctions cognitives, la musique parvient à rejoindre un espace encore vivant que la musique peut atteindre. Le violoncelle de Claire Oppert n’est pas un médicament, il représente une autre forme de soin qui soulage, celui de l’âme.
La musique donne une impulsion, qui réconforte le mal d’un corps diminué.
Trouver la vie, se laisser conduire vers la goutte qui tombe sur le sens auditif de la personne dont la vie est considérée comme achevée, c’est une expérience qu’explique l’auteure.
Après avoir étudié au conservatoire Tchaïkovski de Moscou, et obtenu une licence de philosophie, elle fait une formation en art thérapie. De cette triple démarche, elle ouvre la voie à une connexion spirituelle saluée par le monde scientifique.
En 2021, son livre reçoit le Prix littéraire des Musiciens.
Devant la mort, les mots perdent leur sens, tout revient, les blessures endurées, les non-dits, les tensions familiales et amicales, les souvenirs, tout ce qui est porteur d’émotions. C’est sur ce terrain que la musique agit comme un liniment. Elle donne au moribond, la force de répondre à la vie, ne serait-ce qu’un instant. Cette vie, c’est la vibration.
Pour expliquer ce phénomène, Claire Oppert reprend les propos de Platon :
« La musique pénètre l’âme avant de s’adresser à la raison. »
Claire Oppert joue tous les genres musicaux, ceux qui plaisent aux malades, ceux qu’ils choisissent eux-mêmes et pour ceux qui ne peuvent le faire, Claire se concentre sur le tempo qui pourrait venir donner la dernière nourriture terrestre à la personne qui s’en va.
(en arrière-plan, on voit la patiente qui danse avec ses mains à l’écoute du lac des cygnes.)
Son répertoire est immense et ne se cantonne pas à la musique classique et si Schumann, Bach, Beethoven et les autres genres musicaux comme le gospel ou le rock lui sont familiers, quelle ne fut pas sa surprise le jour où un patient lui demanda de jouer le 3ème air de l’Acte 2 de Turandot de Puccini !
Le spectacle ( du 5 novembre au 19 décembre 2026)
Le propos du livre est adapté au théâtre, au studio Raspail avec Cristiana Reali et Claire Oppert qui joue de son violoncelle.
Le spectacle fait revivre les histoires vraies des patients.
Entre théâtre et musique, ce qui se joue sur scène, c’est surtout la puissance de la rencontre, le déclic de la vie comme une force qui résiste et qui par la musique a trouvé sa voie exultante, un appel auquel on ne peut pas rester indifférent.


Ginette Flora
Novembre 2026




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