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Que la montagne est belle !

il y a 9 heures
7 min de lecture

La côte de Chypre est jalonnée de sites archéologiques comme Paphos et Kourion. Les défunts dans leurs tombes de pierre brute reçoivent le sel du ressac de la mer et le chant guttural d’une mémoire qui galvanise les roches.  Le long du front de mer, c’est la marina qui s’étend avec ses diverses boutiques et ses constructions hôtelières. Tout le littoral est aménagé pour offrir un agréable séjour aux visiteurs. L’île s’est dotée d’une infrastructure moderne et dynamique.

Le contraste est frappant dès qu’on s’éloigne des stations balnéaires et des petits ports de pêche et qu’on prend le chemin escarpé des falaises pour entrer dans le massif montagneux de la chaîne des Troodos, situé dans le centre de l’île avec son point culminant le Mont Olympe.  

Les forêts de pins, de cèdres et de caroubiers se rassemblent en une masse compacte et semblent délivrer un espace de vie plus introverti. L’air est incroyablement doux et caressant. Une halte à mi-chemin de la montée du massif montagneux désigne déjà le point qu’on va atteindre ; non pas le point culminant de la configuration géographique mais le point où l’esprit se détache des préoccupations matérielles pour ne sentir monter que la beauté d’un silence frémissant et un bruit lointain de source. Un balbutiement de feuilles dans les forêts. C’est peu dire qu’on entre en religion. C’est dire qu’une manière d’être se dessine, portée par une spiritualité que la présence des chapelles, des églises et des monastères rappelle à nos sens subitement aiguisés.

Les artistes l’ont senti quand un grand nombre de poètes, de peintres et de sculpteurs sont venus s’installer dans la région, ouvrant des ateliers et des galeries, en prenant le temps de randonner à la recherche de la cascade qui les appelle.

C’est aussi le lieu où les artisans ont pu laisser libre cours à leur talent, à leur tour de main et à leur imaginaire. C’est aussi le refuge de maints penseurs ou simplement du simple promeneur qui découvre les vertus de la montagne.

Villages traditionnels, monastères, ateliers artisanaux sont nichés à flanc de montagne tandis que la lavande se met à nous suivre signalant de son parfum la vie des plantes odorantes qui rampent dans les montagnes.


 1/ Les villages de montagne


Ils surgissent comme des miniatures peintes entre deux écharpes de brume. Les rues pavées d’Omodos, de Lofou, d’Agros, de Lefkara sont comme des grottes aménagées où ne vivent qu’une poignée de résidents. Les murs des villages portent l’empreinte de leur mémoire. De grandes photographies des âges passés habitent les murs.  L’humain dès lors n’est plus absent. Il revit avec le regard que posent sur lui les promeneurs intrigués par le passage du temps. Dans d’autres recoins, les murs sont creusés tout soudain de niches où un vase ancien ou un autre article de poterie  y séjourne en toute liberté dans les anfractuosités des niches solitaires et j’ai aimé m’y attarder.


A Omodos, ce sont les vignobles et les pressoirs à vin qui ont fait remonter le rêve montagnard. C’est un village réputé pour ses vignobles et ses caves à vin.












A Agros, une visite est incontournable : celle de la Rose factory qui est une entreprise familiale emblématique de l’île. On y fabrique tous produits cosmétiques, gastronomiques et liqueurs à partir des vertus de la rose de Damas cultivée dans les jardins de l’usine.

Et sans oublier l’atelier de Niki Agathokleos qui nous accueille. On y déguste les confiseries traditionnelles comme les fruits confits, les sirops de caroube appelé l’or noir de Chypre et l’emblématique soutzioukos, une pâte de cordes d’amandes et de noix enrobées de couches de moût de raisin.





 







A Lania, le vin fait partie de la production locale et après autant  de dégustations,  c’est avec bonheur qu’un déjeuner est servi dans la taverne de Lania. La montagne déploie ses forêts comme des jardins suspendus.














A Lofou, le village a été restauré pour qu’il ne soit pas oublié car il est habité depuis l'âge de bronze. Grâce aux mains des artisans, il a retrouvé un peu de sa patine traditionnelle.


Et à Lefkhara où dentelle et métal argenté sont les deux piliers de la population.   Dans ce petit village de Lefkhara où le travail de la dentelle est admirable, la légende est tenace. On raconte que durant la domination vénitienne, les femmes de Venise venaient s’instruire à la broderie auprès des brodeuses de Lefkhara. Leonard de Vinci aurait acheté, dit-on, une nappe pour l’autel de la cathédrale de Milan.

Les villages ont gardé leur imprégnation chrétienne. Gravir Troodos, c’est aussi découvrir des églises byzantines peintes.


2/ Les églises byzantines


Au nombre de dix, elles sont célèbres par leurs fresques peintes et conservées en l’état.

-----   Le monastère de Kykkos, juché à 1300 m d’altitude possède une icône de la Vierge Marie, bien enchâssée dans sa cavité et invisible pour le public. Une paroi la protège de tout regard intrusif.



L’iconographie orthodoxe est d’une grande beauté et le monastère de Kykkos possède les plus grandes collections de fresques médiévales au monde. Elles datent du XIème au XVIème siècle. L’intérieur n’a plus rien à voir avec l’extérieur dont la façade austère fait illusion. La vraie richesse est à l’intérieur de l’église où sont peintes des fresques inestimables qui servaient de bible aux analphabètes.















C’est une écrasante décoration où les dorures et les incrustations de peintures et de sculptures envahissent toutes les parties visibles de la pièce.  Dans la cour intérieure du monastère, le long des arcades, des mosaïques illustrent les murs et s’il y en a une qui attire l’attention, c’est bien la mosaïque du buisson ardent.














Plusieurs cultures se sont croisées à Chypre d’où la permanence de l’art byzantin et   sa coexistence avec l’art occidental issu des influences gréco-romaines, italiennes, perse et chrétiennes.  

Le monastère de Kykkos a été fondé en 1081 -1192. Il est niché à 1308m d’altitude. 

L’archevêque Makarios III, le premier président de Chypre, est enterré non loin de là, sur le site de Throni.


----   Le monastère de la Sainte Croix à Omodos ( Timiou Stavrou) est situé sur les hauteurs d'Omodos.  Il abrite plusieurs reliques. Selon la tradition chrétienne, cette relique correspond à la corde en chanvre avec laquelle les romains ont ligoté le Christ.


Le Saint Cordon




Un bout de corde


Un bout de bois








Corde en chanvre conservée dans la niche et nommé Le Saint Cordon.

La Sainte Croix avec un fragment du bois de la croix sur lequel a été cloué le Christ.

D’autres reliques sont conservées dans cette église :

-Un fragment du bois de la vraie croix.

-Le crâne de l’apôtre Philippe.

 

 3/ Les ateliers, les caves et les entreprises familiales


Outre la Rose Factory du village d’Agros qui cultive les bienfaits de la rose de Damas dans son entreprise familiale, d’autres ateliers et fabriques se laissent agréablement découvrir comme les petits commerces de vins du pays et de charcuterie de montagne.

La montagne Troodos abrite une tradition viticole qui remonte à plus de 6000 ans. Beaucoup de villages jouxtent des vignes en terrasses qui ne connaissent pas le mal du phylloxéra.  Le Xynisteri est le plus emblématique des cépages blancs. C’est un vin blanc, léger, avec une faible teneur en alcool. Parmi les cépages rouges, la Mavro est historique.  

La Commandaria est un mélange de vin blanc et de vin rouge. Il est doux et pratiquement cultivé dans l’île comme étant LE vin du pays.

La route des vins reste mémorable mais c’est aussi sans compter la halte auprès du récit des chèvres que nous conte un aubergiste pour suivre la fabrication du fromage de l’île, l’halloumi en tant que fromage et en tant que délicieux dessert quand il est cuit au miel. 


Les vignobles étagés en terrasses


Les trésors de la montagne


La végétation est fortement marquée par des espèces endémiques comme le cèdre de Chypre, un arbre se développant dans le massif de Troodos à Chypre, un arbre gigantesque au tronc proéminent qui a fière allure auprès des pins et des chênes dorés qui se partagent le même territoire.    

On parle de la vallée des cèdres comme si on chuchotait un secret dans un confessionnal.  Un souffle se propage comme si on avait libéré le géant d’une légende.

Les forêts ouvrent d’autres portes, celles des monastères, des plus opulents aux plus humbles. Les visages des icônes, particulièrement celles de Sainte Marie, laissent planer un esprit de spiritualité et de connivence avec une nature qui recèle non seulement d'augustes sanctuaires mais aussi des cascades, des lacs, des espaces préservées. Ce sont des grottes, des regards à poser sur des lieux qui ont façonné l’imaginaire des premiers hommes. On dit que les bains d’Aphrodite, une source ancienne, coulent toujours avec la même obsession, celle de donner la jouvence et l’amour à la personne qui en fera couler quelques gouttes sur son visage. Troublante légende qui donne à cette végétation sa couleur de pierreries sauvages. 

Les villages apparaissent au bout des routes qui sinuent dans les montagnes. On prend le chemin des pavés, des ruelles sans bruit où seuls les murs de quelques bâtisses rappellent que des habitants ont rempli les amphores de leur histoire et laissent leur âme dans la présence de quelques poteries nichées dans les fissures et les anfractuosités taillées simplement comme on si on voulait ouvrir une entrée pour converser avec une discrète divinité. On y vient comme pour laisser un brin de lavande sur l’autel des existences oubliées.














Pour que justement perdure le souvenir du travail des montagnards,de grandes photographies sont collées sur la pierre. Plus on se déplace entre les échoppes et les maisons croulant de lierre et de fleurs vivantes comme les bougainvilliées, plus on comprend  le désir de ceux qui viennent se ressourcer entre les amandiers et les noyers. Les grenadiers sont cultivés en abondance ainsi que les figuiers. L’air est si doux, le climat si clément et l’ensoleillement si mesuré que fleurs et fruits se sentent en confiance, rampent et se mettent à s’exprimer partout dans les villages, les gradins des jardins et sur les pentes de la montagne.  


Bougainvilliers et grenadiers croissent partout dans les ruelles.

Un arbre jaillit, se dé- ploie jusqu'à terre ou s'élève vers le ciel donnant au jour sa sublime permanence.


Novembre 2026








 

 

 



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