top of page

La page du mélomane 42 - Stabat Mater Dolorosa

Dernière mise à jour : il y a 19 heures


Le texte de la Stabat Mater Dolorosa date du 13ème siècle et est attribué au poète franciscain Jacopone da Todi.

 C’est une musique austère, tragique qui évoque la douleur de Sainte Marie devant son fils crucifié. C’est la représentation en musique du thème biblique de la mater dolorosa, un thème repris dans les  arts et culture,  comme en sculpture avec la Pieta de Michel Ange.

L’œuvre qui n’était destinée que pour la liturgie, exécutée pour la fête de Notre-Dame des 7 douleurs, est cependant devenue concertante et interprétée par les chanteurs lyriques qui lui prêtent une voix chargée d’émotion. Cette séquence médiévale est un des morceaux les plus célèbres du répertoire classique à tel point qu’il résonne encore après avoir traversé la Renaissance, l’âge baroque, le classique, le romantisme et le contemporain.


  Son  itinéraire


Cette pièce majeure de la musique religieuse chrétienne, le motet,  est reprise à toutes les époques et de par ses différentes interprétations, l’œuvre acquiert une profondeur lyrique. La douleur humaine est portée par l’expression d’un sentiment, la douleur d’une mère  devant la vue de son fils crucifié.


1/ A la renaissance,


La stabat mater est un motet, une œuvre unifiée où plusieurs  voix (deux ou plus ) chantent le texte en latin.

 C’est l’âge d’or des grands maîtres comme Giovanni Pier Luigi Palestrina dont la pièce est chantée à l’occasion de la semaine sainte.



2/ L’âge baroque   


 La pièce s’enrichit d’instruments divers comme les violons et l’orgue. De nombreux musiciens composent ainsi une Stabat Mater.

 Si en France, des musiciens se font connaître comme Louis-Nicolas Clairambault qui écrivit une séquence pour deux voix, c’est en Italie que les compositeurs sont légion pour reprendre le chant sacré.

Parmi eux, Antonio Vivaldi et Giovanni Battista Pergolesi.

 L’œuvre de Pergolesi est particulière par son ampleur et par sa funeste création. Ce fut le chant du cygne de Pergolesi qui mourut juste après l’avoir composé, à l’âge de 26ans. son œuvre s’est imposée comme le Stabat de référence avec ses deux airs solo très lyriques. et l’orchestre qui officie comme un opéra sacré. 




Son œuvre est considérée comme le chef d’œuvre de la musique sacrée baroque.


3/ La période classique


Joseph Haydn compose une œuvre non liturgique d’où sa particularité.






Inaugurée à Paris en avril 1781, dans le cadre de concerts spirituels, la séquence qui est à l’origine un chant sacré, devient un morceau composé.


 4/  L’âge romantique  


Gioachino Rossini en fit deux versions : la première version est restée inachevée pour cause de maladie et la 2ème est composée pour 2 sopranos, un ténor et un chœur à 4 voix.

Franz Schubert composa également une pièce pour orchestre, chœur et orgue.

 Puis Franz Liszt le transcrivit pour orgue avant d’en composer une pièce pour piano.

 Charles Gounod compose lui aussi une œuvre : en 1867, Stabat mater  chœur et orchestre

 A Vienne, où l’on est habitué à couvrir de grandes pièces, on préféra l’œuvre de Pergolesi.


 5/ De nos jours


Arvo Pärt reprend la pièce sacrée et la création se continue au XXIème siècle.

Un ensemble français, le Concert de la Loge livre sa version française en changeant quelques points de la partition.

La pièce est également interprétée par les grands ensembles baroques comme le Caravansérail, les Arts Florissants, le Concert Spirituel… des ensembles musicaux qui redécouvrent les chefs d’œuvre oubliés comme les motets, les opéras.. .

Traditionnellement, la Stabat Mater est une œuvre austère mais le Caravansérail en fait une œuvre puissante qui annonce la résurrection.





La stabat mater dans les arts et la culture


Marie debout auprès de la croix, c’est la 5ème des 7 douleurs de Notre-Dame des 7 Douleurs  telle qu’elle est représentée dans la liturgie chrétienne.

Le Moyen-âge donne d’elle une image de la souffrance silencieuse et la dignité avec laquelle elle résiste retient l’attention.  Cet aspect est souvent choisi par les arts plastiques, que ce soit dans la peinture ou la sculpture  pour la reproduire, penchée sur son fils ou levant les yeux vers lui en silence dans une posture qui est la posture de la douleur muette. Marie accepte la cruelle destinée de son fils.

 La présence de St Jean à qui le Christ a confié sa mère annonce la suite de la scène.

 Le  sculpteur Michel Ange a modelé La Piéta.  Jésus a été décroché de la croix, sa mère le reçoit sur ses genoux. Son fils sera mis dans un cercueil et il ne sera plus sur terre.


La Pieta dans la basilique St Pierre du Vatican.

Michel Ange l'a sculpté entre 1498 et 1499







 © decoar con arte- la pieta - michel ange


© gabriel wuger 1868 - stabat mater


Le mystère de la résurrection est une autre séquence.  L’ensemble musical le Caravansérail annonce la Résurrection en donnant à l’œuvre musicale un autre tempo moins tragique et plus porté par l’espérance.

 Mais ce qui est novateur et pleinement humaniste, c’est le théâtre qui livre sa vision de la douleur par la danse et la gestuelle. C’est une lecture qui rapproche les cœurs meurtris par delà les époques et les âges. La souffrance devant l’intolérable est la même pour les migrants et ces exilés.

 Par la danse et la gestuelle, le martyre des jeunes migrants nous fait revivre ce qu’est la souffrance humaine. En 2023, au festival Migrant sur scène, la Cimade organise la représentation scénique d'une version de la Stabat mater qui fait de la souffrance du Christ, la souffrance de l’errance des peuples exilés et des migrants.

C’est un autre martyre, moderne, contemporain qui cloue sur le bois de l’exil des milliers de personnes.

 

Ginette Flora

Juillet 2026

 

 

2 commentaires


viviane parseghian
il y a 15 heures

Merci ma Ginette pour cette découverte, forte, puissante de "souffrance silencieuse" ... c'est impressionnant, finalement, je ne connaissais pas du tout, je suis ignarde avec tout ce monde et je t'avoue que c'est une musique qui ne m'appelle pas en grand ...mais la découverte est importante ...Doux dimanche à Toi ❤️

J'aime
ginette
il y a 13 heures
En réponse à

Ma chère Viviane,

Quelle que soit la période de l'histoire humaine, la musique a toujours eu une place sacrée et profane.

J'ai voulu marcher sur tous ces sentiers, ceux qui sont si loin que les voies humaines semblent être perdues.

Mais non, Viviane, la musique garde les voix dans leur fraîcheur unique , celle de l'être humain vivant et cherchant sa place dans l'univers.

Chanter, composer, c'est laisser ta voix vibrer dans le temps et l'espace.

C'est cela que j'ai découvert petit à petit en comprenant que nous ne sommes pas seuls à exprimer nos peines et nos joies.

Bon dimanche, chère amie.

J'aime
bottom of page