top of page

La page du mélomane 39 - Encore un peu de Glenn Gould

Dernière mise à jour : 22 mai


© franceinfo.fr- Glenn Gould


La scène, les concerts, les récitals, le public


En 1952,  Glenn  Gould a 20 ans. Une nouvelle race d’adolescents échauffe la société. En musique, le rock inonde les salles de fêtes et le cinéma outre atlantique trouble les esprits.  La musique  vient d’outre-manche. Là-bas, les teenagers ont Elvis Presley, pour la  chanson et l'art visuel. Ils ont James Dean pour vivre une angoisse existentielle. Un phénomène culturel médiatisé par les chaînes radiophoniques et les émissions de  télévision. C’est dans cette société qu’un autre jeune prodige fait son apparition.

Il interprète Bach, il est né en 1932 à Toronto au Canada. Dans un milieu qui brille par des apparitions scéniques et des postures légendaires,  le canadien Glenn Gould offre un spectacle non moins surprenant et atypique avec son piano pour compagnon et un répertoire classique baroque pour expression.

Il interprète Bach, Beethoven, Scarlatti, Gibbons, Berg. C’est un musicien particulièrement attiré par les compositeurs de la période classique baroque.


 Il a déjà composé  des œuvres et   possède à son actif des pièces pour piano :

-          un quatuor à cordes ( 1956 1960)quatuor à cordes par l’ensemble symphonia quartet




Glenn Gould - des cadences pour le  concerto pour piano de Beethoven.

 cadenza- by Glenn Gould – to Beethoven’s piano concerto N°1 Fst movment

 



Il se produit à des émissions de radio et c’est ainsi qu’il est remarqué pour son jeu pianistique et accepte de donner un concert  pour faire connaître le Jean-Sébastien Bach qu’il a revisité.


 En 1954, il interprète les variations Goldberg devant un public médusé qui découvre un véritable prodige.  Glenn Gould joue sur un tempo rapide.  Interpréter le Bach austère  sur une variation  rapide sans bousculer aucune note n’est possible qu’en contrôlant le clavier. Glenn Gould est assis sur une chaise basse qui lui permet d’avoir  tout l’espace du clavier tout contre son visage. Il entend des voix, dit-il.


 1956,  c’est le premier enregistrement de Glenn Gould qui lance sa carrière comme pianiste.

 J.S. Bach – Variations Goldberg – Aria

 interprétation de Glenn Gould


 

Glenn Gould – Beethoven concerto pour piano et orchestre


n°1 in C major allegro con brio



 


Sa célébrité commence au Canada mais il n’est pas connu ailleurs. Cette apparition en public cause un tel émoi dans le milieu musical qu’il est programmé pour commencer une carrière internationale en commençant par les Etats-Unis. En 1955, il a 23 ans. Il donne son premier récital et pendant une dizaine d’années, il sillonne les capitales et les grandes villes de l’Occident qui fait de lui une star internationale.

Mais la véritable nature de Glenn Gould ne le quitte pas.  Il donne un récital à Washington

puis un 2ème à New York. Il interprète Bach et Beethoven. Son programme fétiche, c’est  d’interpréter les variations Goldberg.

 

 Invention 8 des variations Goldberg




Glenn Gould joue en 1960,  The tempest de Beethoven

 piano sonata N17 en D minor   allegretto III





Le dernier concert


 © laregledujeu.org- Glenn Gould


En avril 1964, il donne son dernier concert mais personne n’en sait rien. Il se retire, définitivement et quitte la scène après avoir interprété  la 30ème sonate de Beethoven,  la 4ème partita de Bach et l’art de la fugue de Bach et la 3ème sonate de Paul Hindemith, un compositeur allemand. 

Il choisit de travailler dans les studios d’enregistrements et les émissions radiophoniques et décide de créer l’œuvre d’art tel qu’on ne l’a pas conçu. Il enregistre ses interprétations et reste dans cette voie  jusqu’à la fin de sa vie en acceptant toutefois de diriger un orchestre. C’est un brillant pianiste mais il joue à sa façon les morceaux classiques comme si chaque note, il l’avait réhabilitée. S’il préfère le répertoire classique baroque, il consent à interpréter d’autres compositeurs même si Bach et Beethoven restent ses compositeurs récurrents. Maîtrisant la technique, il pouvait contrôler le tempo et jouer le Bach austère de telle façon qu’il fait de Bach un compositeur revisité à sa façon.

 Glenn Gould a marqué de son toucher pianistique le répertoire classique. On dit de lui qu’il pensait. Glenn Gould ne jouait pas, il pensait et il a choisi Bach pour laisser parler sa philosophie et sentir son âme se nourrir  de ses phobies.  Jouer du piano apaisait ses tensions et ses crises d’hypocondrie. Il faisait entendre la voix du piano pour se libérer lui-même de sa propre voix. Glenn Gould reste le Glenn Gould qui porte  son double  en lui comme un baluchon.

Il y a le pianiste, le génie, le virtuose, le dingue du piano au point de dialoguer avec lui et il y a l’homme dans la vie de tous les jours, l’homme quotidien qu’on ne peut comprendre que si on est dans la peau de cet être étrange qui devait vivre avec ses phobies, ses allergies, ses craintes, ses manies  et cette double identité qu’il a très tôt assumé. Se sachant porteur d’un être difficile à gérer, il décide de le suivre. C’est ainsi que Glenn Gould et son double intérieur ne font plus qu’un et Gould savait qu’il devait transgresser les conventions, les codes établis, les obstacles majeurs pour survivre à sa deuxième peau.

Au bout d’une dizaine d’années de 1954 à 1964, il s’est efforcé d’aller vers le public, sans y parvenir, aggravant ses problèmes d’adaptation dans un espace où il ne se sent pas à l’aise. La vie de son autre lui-même l’épuise au sens où il se sent de plus en plus hagard et méfiant. Un jour, il craque et il déclare à son entourage, ses producteurs et ses agents de communication qu’il ne peut pas être le pantin d’une articulation médiatique.

 Il contourne le problème et choisit de sortir du cycle de la notoriété.


Les années au studio d’enregistrement


Les années 1970 sont celles où il se lance dans des recherches pour améliorer ses enregistrements. Il produit des disques et des documents ainsi que des films.  Il écrit également.  Il entame une brève carrière de  direction d’orchestre.

Mais en 1982, après un accident vasculaire cérébral dû à un caillot dans le cerveau, il meurt à l’hôpital de Toronto.

Il est inhumé  auprès de  ses parents au cimetière de la ville de Toronto qu’il n’avait jamais voulu quitter.   

C’est un destin qui interpelle.

Vivre avec ce que l’on est, ce que l’on porte parce qu’on reçoit des gènes qui nous relient à d’autres vécus et contre lesquels on se bat pour faire émerger sa propre identité pour finalement comme Glenn Gould ne rencontrer qu’une forme de solitude autrement plus rigide et plus exigeante qui ne trouve sa sérénité que dans la mort.

 Ginette Flora



  Mai 2026

4 commentaires


viviane parseghian
26 mai

super! Merci Ginette, j'adore !❤️

J'aime
Ginette
27 mai
En réponse à

Il est tellement atypique que chaque fois je reviens vers lui pour m'immerger dans son univers et prendre une profonde inspiration. Chacun de nous a un peu de Glenn Gould en lui !

J'aime

Indubitablement, un pianiste d'exception dont le style innovant aura su marquer profondément le monde de la musique ! Merci de nous en avoir livré quelques notes, Chère Ginette ! 🎹🎶

Modifié
J'aime
Ginette
22 mai
En réponse à

Merci pour cet avis du pianiste que tu es , cher Fred.

🎼 😊

Modifié
J'aime
bottom of page