La page de Marcel Faure - Poésies de Mai 2026
- Ginette Flora Amouma

- il y a 1 jour
- 4 min de lecture

Dans le sillon du poème
Quelques graines de rêves
Ciel d’été
Les arbres tutoient le ciel
Rêvent-ils de s’envoler
Leurs feuilles tremblent
L’immensité bleue
Chavire sur l’horizon
Réveille un monde d’étoiles
Parmi les fils des comètes
Une forme se dessine
Un œil énorme et vif
Égrillard il regarde
Les racines empêtrées
Dans la glaise terrestre
reflux de l’aube
Qu’apaise la rosée
Les arbres se reposent
Puis la sève s’élance
Redressant les troncs
Pour une marée verte
**
Terre promise
Ils viennent d’où nous venons
Nous sommes leur terre promise
Cette terre promise
Nous l’avons privatisée
C’est notre pays
Nous en avons chassé les premiers habitants
Des néandertaliens presque hommes
Qui se cachent parfois dans nos gènes
Métis inconscients
Notre sang terre promise
Prisonniers comme eux de l’âge du matérialisme
Comme eux nous devrons partir
Vers l’âge futur
Issus du grand mélange
Loin de l’obscurantisme qui fut notre lot
Serons-nous enfin Homme

Entre deux couches d’air
L’ombre du monde
Où dorment les oiseaux
Chaud dedans et les ailes
S’ouvrent et se ferment
Dans un vol songe
L’extase du silence
Et l’on peut se fondre
Dans l’infini courant
Des vies qui dansent
Contre vents et marées
L’instant se renverse
L’angle d’un mot s’égare
Un galet se dit zut
Bientôt je serai sable
Vibration de l’éther
Et tout recommence
Entre deux couches d’air
Des hommes se reposent
Avant d’être poussière
Au-dessous des nuages
La ville a disparu
Les tours matinales
Surnagent
Leurs fenêtres s’éclatent
À prendre le soleil
Les iles de béton
Trop lestées de misère
Ne prendront pas le large
Voyageurs de l’instant
Sur la frise du jour
Oubliez votre montre
Dans ce nœud de lumière
**
Ce qu’il faut savoir
Je ne le sais pas
Ton nom si familier
Parfois m’échappe
Hydromel sirupeux
Les mots se mélangent
Collent à la langue
Mais glissent trop vite
Se ressembler n’est pas suffisant
Il faut se vivre ensemble
Se cocooner dans un même nid
Plonger dans les mêmes eaux troubles
Se fritter avec les difficultés
Brailler sa peur brailler sa joie
Ensemble
En aucun cas se rassasier
Aller venir avec les vagues
Virer avec les vents
Les mots qui disent ne disent plus rien
Qu’un chuchotement à mon oreille
Ton nom retrouvé au coin de mon poème
Lloydia
Ton nom qui flirte avec les neiges éternelles
Entre les pierres ensoleillées des sommets
La possible victoire du végétal sur la roche
Ton nom paysage au-dessus des nuages
Si frêle en bouche que je le perds encore
Pourtant à cœur de peau
Entrelacés entre mes doigts
Quelques pétales blancs
Sur la diapo jaunie
Surmontant le désordre de mes jours
Enfin te revoilà
Lloydia
**
Ma ville sauvage
Vive les fentes et les brisures
Oxalis en bas du mur
Entre les pierres Rue des murailles
La vie s’insinue dans les impasses
Là où la ville abandonne
Son obsession de propreté
La mauvaise herbe a la vie dure
À chaque plante son jardin
Des graines opportunes
S’accrochent et stupéfient
Le promeneur ébahi
Ici un Sèneçon là une pervenche
Pariétaire au coin d’un escalier
Déclinaison discrète de pleine campagne
Qui aime les balafres les blessures
La ville craque et c’est tant mieux
Chicorée bleue et mille-feuille
Coquelicot cherche champ de blé
Chaque fissure porte son lot
Au désespoir des cantonniers
Plaisirs d’insecte inattendus

Ciel de novembre
Équivoque des saisons
En cassant sa routine
L’air se prend pour mai
Et le ciel se retourne
Pour montrer tout son bleu
Accrochées aux branches
Des feuilles patientent
Se complaisant de vert
En attendant le roux
Sur un fil indolent
Des oiseaux se prélassent
Oublieux de l’hiver
Qui viendra tout gâcher
Pacotille du soir
Un avion traîne-queue
Lance sa trajectoire
Par-dessus l’horizon
Un vent mauvais
Muselle les collines
Il fait novembre
Et dans les cimetières
Il gèle sur les chrysanthèmes
Gris ferme de la pluie
**
Giani Esposito « le clown »
Nécessité du poème
Qui vous prend par surprise
Au gré d’un mot
Coloriste d’intérieur
L’âme s’habille
En colporteur
Sur la scène arc en ciel
Un montreur de mots
Fait son show
Nécessité de dire
Son meilleur spectateur
Lui ressemble beaucoup
**
Ménage
Pièges à poussière
Et chiffon tournoyant
Tout change de place
Se raccroche ailleurs
Énergie de ménage
Tout déménage
Mais rien ne disparaît
Panique sous les lits
Le troupeau se disperse
Passe sur le tapis
Chaussettes ramasse miettes
Faudra tout nettoyer
Douche de la tête aux pieds
**

Le voilà bien ton spleen
Je te ramène dans mes rimes
Qui n’en sont pas mais je m’en fous
Je suis un pêcheur de hasard
Tu es ma muse de passage
Dans mes filets je t’ai saisie
Encore frétillante de lune
Tombée de ma nuit en plein jour
Et je t’arrime à ma détresse
Ton ombre pourtant m’a échappée
Elle te suivait comme un bon chien
Elle s’est égarée dans la brume
T’abandonnant à mon chagrin
J’ai la marée au fond du cœur
Mais sans la mer ça fait bizarre
Et dans la gorge ce goût de sel
Qui gerce mes lèvres et mon âme
Je serai ton chien si tu veux
Un chien discret presque un fantôme
Mais sans les chaines qui raclent
Les vieux greniers de la mémoire
J’ai retrouvé au fond d’un verre
Des étoiles pour t’allumer
Un vieux pull pour te réchauffer
Allez viens on va s’aimer
Je t’aimerai à peau battante
Jouant ma symphonie d’amant
Le temps d’une portée de mots
Le temps d’un rêve sablier
J’ai des espoirs qui se réveillent
Quand ma muse passe et se perd
Dans les pages d’un dictionnaire
Emportant un peu de mon spleen
**
Ma ville m’habite
Son sang noir coule en moi
Gras sous mes ongles
La poussière de charbon
Mes poumons de pierre
Recrachent des crassiers
Les soirs de match
Ma gorge rugit vert
Cette ville du dedans
Ressemble à mes racines
J’adresse aux arbres
Ma prière gueule noire
Plantée dans mon cœur
La campagne perdue
Passées les collines
L’air se fait plus léger
S’enfuir serait possible
Mais mon sang se révolte
Et si je vibre encore
Au passé de ma ville
Je suis de ce pays
Et ma ville m’habite
Marcel Faure

Juin 2026



lire et puis relire Marcel, c'est cadeau tout le temps "L’instant se renverse
L’angle d’un mot s’égare
Un galet se dit zut
Bientôt je serai sable" ....Merci en grand ❤️