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La page de Marcel Faure - Poésies de Mai 2026



Dans le sillon du poème

Quelques graines de rêves

Ciel d’été

 

Les arbres tutoient le ciel

Rêvent-ils de s’envoler

Leurs feuilles tremblent

 

L’immensité bleue

Chavire sur l’horizon

Réveille un monde d’étoiles

 

Parmi les fils des comètes

Une forme se dessine

Un œil énorme et vif

 

Égrillard il regarde

Les racines empêtrées

Dans la glaise terrestre

 

reflux de l’aube

Qu’apaise la rosée

Les arbres se reposent

 

Puis la sève s’élance

Redressant les troncs

Pour une marée verte

 

**


Terre promise

 

Ils viennent d’où nous venons

Nous sommes leur terre promise

Cette terre promise

Nous l’avons privatisée

C’est notre pays

Nous en avons chassé les premiers habitants

Des néandertaliens presque hommes

Qui se cachent parfois dans nos gènes

Métis inconscients

Notre sang terre promise

 

Prisonniers comme eux de l’âge du matérialisme

Comme eux nous devrons partir

Vers l’âge futur

Issus du grand mélange

Loin de l’obscurantisme qui fut notre lot

Serons-nous enfin Homme



Entre deux couches d’air

L’ombre du monde

Où dorment les oiseaux

Chaud dedans et les ailes

S’ouvrent et se ferment

Dans un vol songe

 

L’extase du silence

Et l’on peut se fondre

Dans l’infini courant

Des vies qui dansent

Contre vents et marées

 

L’instant se renverse

L’angle d’un mot s’égare

Un galet se dit zut

Bientôt je serai sable

 

Vibration de l’éther

Et tout recommence

Entre deux couches d’air

Des hommes se reposent

Avant d’être poussière

 

Au-dessous des nuages

La ville a disparu

Les tours matinales

Surnagent

Leurs fenêtres s’éclatent

À prendre le soleil

Les iles de béton

Trop lestées de misère

Ne prendront pas le large

Voyageurs de l’instant

Sur la frise du jour

Oubliez votre montre

Dans ce nœud de lumière

 

**


Ce qu’il faut savoir

Je ne le sais pas

Ton nom si familier

Parfois m’échappe

Hydromel sirupeux

Les mots se mélangent

Collent à la langue

Mais glissent trop vite

 

Se ressembler n’est pas suffisant

Il faut se vivre ensemble

Se cocooner dans un même nid

Plonger dans les mêmes eaux troubles

Se fritter avec les difficultés

Brailler sa peur brailler sa joie

Ensemble

En aucun cas se rassasier

Aller venir avec les vagues

Virer avec les vents

Les mots qui disent ne disent plus rien

Qu’un chuchotement à mon oreille

Ton nom retrouvé au coin de mon poème

Lloydia

Ton nom qui flirte avec les neiges éternelles

Entre les pierres ensoleillées des sommets

La possible victoire du végétal sur la roche

Ton nom paysage au-dessus des nuages

Si frêle en bouche que je le perds encore

Pourtant à cœur de peau

Entrelacés entre mes doigts

Quelques pétales blancs

Sur la diapo jaunie

Surmontant le désordre de mes jours

Enfin te revoilà

Lloydia

 

**


Ma ville sauvage

 

Vive les fentes et les brisures

Oxalis en bas du mur

Entre les pierres Rue des murailles

La vie s’insinue dans les impasses

Là où la ville abandonne

Son obsession de propreté

La mauvaise herbe a la vie dure

À chaque plante son jardin

 

Des graines opportunes

S’accrochent et stupéfient

Le promeneur ébahi

Ici un Sèneçon là une pervenche

Pariétaire au coin d’un escalier

Déclinaison discrète de pleine campagne

Qui aime les balafres les blessures

La ville craque et c’est tant mieux

Chicorée bleue et mille-feuille

Coquelicot cherche champ de blé

Chaque fissure porte son lot

Au désespoir des cantonniers

Plaisirs d’insecte inattendus

 

 

Ciel de novembre

Équivoque des saisons

En cassant sa routine

L’air se prend pour mai

Et le ciel se retourne

Pour montrer tout son bleu

 

Accrochées aux branches

Des feuilles patientent

Se complaisant de vert

En attendant le roux

 

Sur un fil indolent

Des oiseaux se prélassent

Oublieux de l’hiver

Qui viendra tout gâcher

 

Pacotille du soir

Un avion traîne-queue

Lance sa trajectoire

Par-dessus l’horizon

 

Un vent mauvais

Muselle les collines

Il fait novembre

Et dans les cimetières

Il gèle sur les chrysanthèmes

Gris ferme de la pluie

 

**


Giani  Esposito « le clown »

 

Nécessité du poème

Qui vous prend par surprise

Au gré d’un mot

Coloriste d’intérieur

L’âme s’habille

En colporteur

Sur la scène arc en ciel

Un montreur de mots

Fait son show

Nécessité de dire

Son meilleur spectateur

Lui ressemble beaucoup

 

**

 

Ménage

 

Pièges à poussière

Et chiffon tournoyant

Tout change de place

Se raccroche ailleurs

Énergie de ménage

Tout déménage

Mais rien ne disparaît

Panique sous les lits

Le troupeau se disperse

Passe sur le tapis

Chaussettes ramasse miettes

Faudra tout nettoyer

Douche de la tête aux pieds

 

**


Le voilà bien ton spleen

 

Je te ramène dans mes rimes

Qui n’en sont pas mais je m’en fous

Je suis un pêcheur de hasard

Tu es ma muse de passage

 

Dans mes filets je t’ai saisie

Encore frétillante de lune

Tombée de ma nuit en plein jour

Et je t’arrime à ma détresse

 

Ton ombre pourtant m’a échappée

Elle te suivait comme un bon chien

Elle s’est égarée dans la brume

T’abandonnant à mon chagrin

 

J’ai la marée au fond du cœur

Mais sans la mer ça fait bizarre

Et dans la gorge ce goût de sel

Qui gerce mes lèvres et mon âme

 

Je serai ton chien si tu veux

Un chien discret presque un fantôme

Mais sans les chaines qui raclent

Les vieux greniers de la mémoire

 

J’ai retrouvé au fond d’un verre

Des étoiles pour t’allumer

Un vieux pull pour te réchauffer

Allez viens on va s’aimer

 

Je t’aimerai à peau battante

Jouant ma symphonie d’amant

Le temps d’une portée de mots

Le temps d’un rêve sablier

 

J’ai des espoirs qui se réveillent

Quand ma muse passe et se perd

Dans les pages d’un dictionnaire

Emportant un peu de mon spleen

 

**

 

Ma ville m’habite

Son sang noir coule en moi

 

Gras sous mes ongles

La poussière de charbon

 

Mes poumons de pierre

Recrachent des crassiers

 

Les soirs de match

Ma gorge rugit vert

 

Cette ville du dedans

Ressemble à mes racines

 

J’adresse aux arbres

Ma prière gueule noire

 

Plantée dans mon cœur

La campagne perdue

 

Passées les collines

L’air se fait plus léger

 

S’enfuir serait possible

Mais mon sang se révolte

 

Et si je vibre encore

Au passé de ma ville

 

Je suis de ce pays

Et ma ville m’habite

 

Marcel Faure

Juin 2026

1 commentaire


viviane parseghian
il y a 10 heures

lire et puis relire Marcel, c'est cadeau tout le temps "L’instant se renverse

L’angle d’un mot s’égare

Un galet se dit zut

Bientôt je serai sable" ....Merci en grand ❤️

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