La page du mélomane 36 - La légende du vaisseau fantôme, le "Der fliegende Holländer"
- Ginette Flora Amouma

- il y a 2 jours
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© Peinture de Roser JB- Jose Art Gallery, 1920 – le hollandais volant
La légende du hollandais volant
Elle prend naissance au XVIIème siècle où l’on parle d’un navire fantôme « The flying dutchman ». Il est rapporté qu’un navire et son équipage sont condamnés à naviguer pour toujours sans toucher terre. C’est le châtiment à purger, infligé par la justice divine pour avoir enfreint les lois et commis des actes de piraterie.
La légende lance ainsi le récit du plus célèbre des vaisseaux fantômes de la littérature marine. Un capitaine hollandais effectuant ses voyages en un temps considéré comme inimaginable fait courir des bruits chez les marins que le capitaine « vole sur l’eau », habité par des forces surnaturelles d’où son surnom : le hollandais volant, le der fliegende hollander. Le navire disparut un jour et ce fut le début de la légende du vaisseau et de son capitaine.
La légende s’enrichit quand on voit le navire apparaître puis disparaître. Plusieurs témoins attestent de la réalité de l’événement sans pouvoir le créditer au moyen de preuves autres que celles de visions reçues sous forme d’apparitions subites aussitôt disparues.
Des croyances superstitieuses se développèrent attribuant les tempêtes aux actions intempestives de la colère du diable et de ses acolytes qui pour se venger et punir les incrédules, faisaient apparaître le navire disparu lors de grosses tempêtes, ce qui causaient des émois et non des moindres puisque le roi d’Angleterre le futur George V lui-même fut le témoin de semblables visions au cours de l’un de ses voyages.
De la légende à la littérature
En 1832, un récit stigmatise la légende sous une forme littéraire. Il est consigné par écrit qu’un navire hollandais est pris dans une tempête et que le capitaine refuse de se mettre à l’abri malgré les exhortations de l’équipage à vouloir s’abriter dans une baie de la côte. Mais le capitaine, éméché et peu conscient de ses actes, refuse de se rendre à la raison. Il va jusqu’à défier les forces célestes de couler le navire. Une apparition surgit mais le capitaine l’inonde de jurons et essaie de l’abattre. L’apparition lui parle en lui disant qu’il est le mauvais esprit de la mer et que ceux qui l’approcheront périront.
Cette légende inspire moult écrivains. Le thème est repris et réécrit à l’aune de l’imagination de chacun.
Le poète Heinrich Heine en 1834, dans « Les Mémoires de Monsieur de Schnabelewopski » reprend le thème de l’errance du capitaine condamné à ne jamais mourir tant qu’il n’aura pas trouvé l’âme sœur destinée à le délivrer de la malédiction qui pèse sur lui.
Richard Wagner s’en saisit en 1843 et le transforme en un fastueux opéra. Il trouve le sujet qui va lui permettre de déclencher les thèmes chers à son théâtre : l’errance, la quête de l’amour absolu, le sacrifice, le don de soi et la rédemption grâce à l’amour d’une femme. Il crée ainsi son opéra : le vaisseau fantôme ( le der fliegende holländer).
Il existe ainsi de nombreuses autres versions de cette légende.
En 1839, l’auteur Frederick Marryat en fait un roman « The phantom ship » qui devient le texte phare de la littérature marine.
Ecrivains, poètes et compositeurs s’approprient le thème surnaturel et devenu mythique. Citons un poème de « La légende des siècles » de Victor Hugo où il est question du vaisseau fantôme.
Edgar Allan Poe évoque le thème dans son roman « Les aventures d’Arthur Gordon Pym » 1838.
Outre Richard Wagner, de nombreux musiciens ont exploité le thème, chacun à sa façon comme en 2010, le groupe Carach Angren qui chante « Death came through a phantom ship ». Un opéra de poche est réalisé en 2022, d’après l’opéra de Wagner. C’est dire l’impact suscité par le thème et le souci constant de le revisiter. C'est un thème vivace et tenace.
Et moi-même, j’ai composé un poème sur ce personnage ne trouvant jamais la mort, recherchant l’amour pour accéder à une éternité où ne s’étranglent ni la mort ni la vie.
Le vaisseau fantôme
Appuyé contre les mâts, il n'est plus humain.
Je ne verrai rien des guenilles lacérées
Des lambeaux de fureur, des haillons retirés
Le spectre tient ses os disloqués dans sa main.
Agrippé aux pénombres qu’il soulève et longe,
Il s’écorche et surgit des cales entrouvertes.
Les ponts jonchés de tendons, les sens en alerte
Le revenant exhibe son crâne qu'un songe
Laboure de hantises.
Toute la vérité saborde tes efforts,
Ta carcasse repliée t’abandonne au sort.
S’il n’y avait que l’Achéron à traverser,
Tu l’aurais fait sans redouter mais je restais,
Celle qu'on t'a promise.
Saurais-je, sans fuir, étreindre ton corps déchu ?
Trouverais-je la route que tu m’indiques
Guettant cet absolu vers lequel tu claudiques ?
Saurais-je embrasser les brumes qui t’assaillent,
Toi qui tortures la rage de tes entrailles ?
Ginette Flora
Mars 2026



Oh c'est très beau et ton poème, j'ai adoré ... merci, Ginette❤️