top of page

La page de Marcel Faure- Poésies de Juin 2026


Les p’tites dames

 

La p’tite dame parfois

Se prend pour Rimbaud

Ivre de mots

Sa langue invente des poèmes

 

La p’tite dame a de la chance

Elle a des amis perchés

Sur la branche d’un rêve

Ils prennent l’air du beau

En dégustant ses mots

 

Les mots de la p’tite dame

Posés sur une feuille

Au centre de sa table

Se mettent à fleurir

Et à sentir le ciel

Une belle odeur d’encre

 

La p’tite dame s’appelle Valérie

Si elle s’appelait Brigitte

Y aurait comme un problème

De taille si je puis dire

Mais plus facile pour elle

D’accrocher sur sa tige

Des brins de mimosa

 

Le silence a mordu une pomme

C’est interdit

Dieu pique une grosse colère

La p’tite dame rigole

Elle a piégé les interdits

Dans les replis d’un volcan

 

Le menu dans l’assiette

Tire grise mine

C’est normal

Le ventre plein d’images

La p’tite dame n’a pas faim

Brigitte la p’tite dame ou Valérie

M’embrouillent le cerveau

Submergent mes émotions

 

Je devrais arrêter de les lire

Tenter d’aimer Valéry

Exister dans les bras d’un Claudel

Mais je transpire en Marcel

Sous le lustre du soleil

Je nage jusqu’au bout de leurs pages

 

Je perds souvent les pédales

En mélangeant plusieurs recueils

Ma faim n’a pas de fin

 

À l’heure de l’apéritif

Je sors mes verres dépareillés

J’aiguise mes réparties

En vain

La p’tite dame s’offre le dernier mot

 

La p’tite dame connait Sainté

Sa rue Élise Gervais

Sa médiathèque et même

Henri Simon Faure

Ce grognard des mots

Qui cuvait dans les réserves

En remontant le temps

Je l’ai croisé

 

La poésie ça fait bizarre

C’est comme une vieille amie

Si elle me disait

Mon petit monsieur

Je crois que j’en serais heureux

 

**

 

Clameurs

 

Le soir prisonnière d’un écran

La ville béate s’époumone

Court après la baballe

Qui roule au bout de leurs yeux

 

Le coin du feu sous les platanes

Pétille de bière et de cris

Et de chants gras qu’on s’autorise

Pour éduquer de jeunes enfants

 

Les haines du jour se déplient

Les autres comme les siens

En prennent plein le maillot

Et volent les noms d’oiseau

 

La ville gueule de bois

Renâcle à rentrer chez soi

Klaxonne à qui perd gagne

Et rote et pisse au coin des rues

 

**

 

Dans un repli de Loire

Des oiseaux gueules d’amours

Se font le cou rond

Et d’un œil innocent

Louchent sur les passants

Qui défilent sous l’eau

 

Nous parlons peu

Des canards intrigués

Viennent mine de rien

Font mine effarouchée

Au moindre mouvement

Mais guettent le crouton

 

Coup de bec

L’air frétille d’écailles

Mille flèches sous l’eau

Qui cherchent près des rives

Un refuge précaire

Sous un drapé de saule

 

Le bestiaire aquatique

Caquette jacasse clapote

Petit commerce du vent

Qui rassemble la pluie

Nous partons

**

 

Sur le bord d’une feuille

Une goutte orpheline

Dans les pièges du vert

 

Son habitat précaire

Sur la langue d’un arbre

Chancelante prête à partir

 

Pas de bagage

Elle attend sagement

Le vent ou le soleil

 

C’est une idée de brume

Qui s’en va dans le ciel

Rejoindre les nuages

**

 

Il y a dans le ventre du ciel

L’ordre des mondes

Ou le désordre

 

Bestiaire des dieux sanglants

Remise de vieilles guerres

Et la mine confite des vivants

 

La grande braderie des idées mortes

Gonfle et s’enrage

Survivre dans un orage

 

Et les voilà les dieux

Bataillant sur la terre

Pour chercher leurs disciples

 

Et nous boules de billard

Sans trou où se cacher

Acteurs et victimes

 

À l’échéance des millénaires

Reprenant la rengaine

De sa mémoire fossile

Dira : je suis l’Unique

 

Ô peuples effondrés

Sortez le drapeau blanc

Nul Dieu, nulle idée, nul prophète

Ne vaudrait une guerre

 

N’engrossons plus le ciel

De nos sombres pulsions

 

**

 

 


Un rêve bien ordinaire

Coincé entre deux corvées

Qui rumine des mots

 

Un rêve flou

Presque endormi

Par le froid de la vie

 

Un rêve sans importance

Que rien ne retiendra

Dans le bruit quotidien

 

Un rêve qui se dissous

Il ne reste de lui

Qu’un tremblement de l’air

 

Stèle de mes rêves avortés

Confiée aux vents contraires

Ce léger tourbillon

 

Frisée d’une vague

Akènes en quête de terre

Oh mes rêves avortés

 

**

 

Quand le ciel parle

La chute des mots

A des allures d’orage

Et la mer se dissout

Dans l’horizon mauvais

Qui fait grise-mine

Mais l’homme ne croit plus

Au fracas des tempêtes

 

La pluie sait ce qu’elle fait

En gonflant les rivières

Et nous pleurant à flots

Nos larmes imbéciles

Nous recommencerons

À jouer les Dieux fous

 

**

 

Foule sur les quais

Arrivées départs

Qu’un coup de sifflet

Rassemble disperse

 

Tissage d’hommes

Toile mouvante

Que rameutent les fêtes

Errance programmée

 

Des villes se vident

D’autres débordent

Des corps en apnée

Cherchent leur souffle

 

Des je t’aime à la volée

Pourquoi partir au loin

Quand le bonheur reste à quai

Gare mouillée de pleurs

 

D’autres trains naguère

Des hommes partaient en fumée

Un train peut en cacher bien d’autres

Dans les zigzags de la mémoire

 

Mais pour l’heure rien de grave

Une fuite à la mer

Que le réel rattrape

À la fin des vacances

 

**

 

Sur un poème de Brigitte Bardou

 

Penché sur l’instant

Humer l’air du temps

Le jour qui racornit

L’hiver brouillé de brume

 

Col blanc des arbres

Par la fenêtre opaque

On ne voit rien des gens

Qui courent vers Noël

 

Le cœur cahincaha

Hésite à se lancer

Sur la piste des vents

Dans la volière des mots

 

Il faudrait dire

Mais tu le sais

Tout file entre les doigts

Alors on reste là

 

Au bord de l’insondable

On devine le bleu

Perdu sur l’horizon

Nourrir d’autres poèmes

 

**

Un mot de plus pour terminer :

« Écrire sur le motif est un plaisir

Nous dit James en sa broussaille de leu

Quelqu’un a-t-il jamais appelé James Sacré

Un jour

Mon petit monsieur ?

 

Valérie Rouzeau La petite dame

 

 Marcel Faure

Juillet 2026

bottom of page