La page de Marcel Faure- Poésies de Juin 2026
- Ginette Flora Amouma
- il y a 8 heures
- 4 min de lecture

Les p’tites dames
La p’tite dame parfois
Se prend pour Rimbaud
Ivre de mots
Sa langue invente des poèmes
La p’tite dame a de la chance
Elle a des amis perchés
Sur la branche d’un rêve
Ils prennent l’air du beau
En dégustant ses mots
Les mots de la p’tite dame
Posés sur une feuille
Au centre de sa table
Se mettent à fleurir
Et à sentir le ciel
Une belle odeur d’encre
La p’tite dame s’appelle Valérie
Si elle s’appelait Brigitte
Y aurait comme un problème
De taille si je puis dire
Mais plus facile pour elle
D’accrocher sur sa tige
Des brins de mimosa
Le silence a mordu une pomme
C’est interdit
Dieu pique une grosse colère
La p’tite dame rigole
Elle a piégé les interdits
Dans les replis d’un volcan
Le menu dans l’assiette
Tire grise mine
C’est normal
Le ventre plein d’images
La p’tite dame n’a pas faim
Brigitte la p’tite dame ou Valérie
M’embrouillent le cerveau
Submergent mes émotions
Je devrais arrêter de les lire
Tenter d’aimer Valéry
Exister dans les bras d’un Claudel
Mais je transpire en Marcel
Sous le lustre du soleil
Je nage jusqu’au bout de leurs pages
Je perds souvent les pédales
En mélangeant plusieurs recueils
Ma faim n’a pas de fin
À l’heure de l’apéritif
Je sors mes verres dépareillés
J’aiguise mes réparties
En vain
La p’tite dame s’offre le dernier mot
La p’tite dame connait Sainté
Sa rue Élise Gervais
Sa médiathèque et même
Henri Simon Faure
Ce grognard des mots
Qui cuvait dans les réserves
En remontant le temps
Je l’ai croisé
La poésie ça fait bizarre
C’est comme une vieille amie
Si elle me disait
Mon petit monsieur
Je crois que j’en serais heureux
**
Clameurs
Le soir prisonnière d’un écran
La ville béate s’époumone
Court après la baballe
Qui roule au bout de leurs yeux
Le coin du feu sous les platanes
Pétille de bière et de cris
Et de chants gras qu’on s’autorise
Pour éduquer de jeunes enfants
Les haines du jour se déplient
Les autres comme les siens
En prennent plein le maillot
Et volent les noms d’oiseau
La ville gueule de bois
Renâcle à rentrer chez soi
Klaxonne à qui perd gagne
Et rote et pisse au coin des rues
**

Dans un repli de Loire
Des oiseaux gueules d’amours
Se font le cou rond
Et d’un œil innocent
Louchent sur les passants
Qui défilent sous l’eau
Nous parlons peu
Des canards intrigués
Viennent mine de rien
Font mine effarouchée
Au moindre mouvement
Mais guettent le crouton
Coup de bec
L’air frétille d’écailles
Mille flèches sous l’eau
Qui cherchent près des rives
Un refuge précaire
Sous un drapé de saule
Le bestiaire aquatique
Caquette jacasse clapote
Petit commerce du vent
Qui rassemble la pluie
Nous partons
**
Sur le bord d’une feuille
Une goutte orpheline
Dans les pièges du vert
Son habitat précaire
Sur la langue d’un arbre
Chancelante prête à partir
Pas de bagage
Elle attend sagement
Le vent ou le soleil
C’est une idée de brume
Qui s’en va dans le ciel
Rejoindre les nuages
**
Il y a dans le ventre du ciel
L’ordre des mondes
Ou le désordre
Bestiaire des dieux sanglants
Remise de vieilles guerres
Et la mine confite des vivants
La grande braderie des idées mortes
Gonfle et s’enrage
Survivre dans un orage
Et les voilà les dieux
Bataillant sur la terre
Pour chercher leurs disciples
Et nous boules de billard
Sans trou où se cacher
Acteurs et victimes
À l’échéance des millénaires
Reprenant la rengaine
De sa mémoire fossile
Dira : je suis l’Unique
Ô peuples effondrés
Sortez le drapeau blanc
Nul Dieu, nulle idée, nul prophète
Ne vaudrait une guerre
N’engrossons plus le ciel
De nos sombres pulsions
**

Un rêve bien ordinaire
Coincé entre deux corvées
Qui rumine des mots
Un rêve flou
Presque endormi
Par le froid de la vie
Un rêve sans importance
Que rien ne retiendra
Dans le bruit quotidien
Un rêve qui se dissous
Il ne reste de lui
Qu’un tremblement de l’air
Stèle de mes rêves avortés
Confiée aux vents contraires
Ce léger tourbillon
Frisée d’une vague
Akènes en quête de terre
Oh mes rêves avortés
**
Quand le ciel parle
La chute des mots
A des allures d’orage
Et la mer se dissout
Dans l’horizon mauvais
Qui fait grise-mine
Mais l’homme ne croit plus
Au fracas des tempêtes
La pluie sait ce qu’elle fait
En gonflant les rivières
Et nous pleurant à flots
Nos larmes imbéciles
Nous recommencerons
À jouer les Dieux fous
**
Foule sur les quais
Arrivées départs
Qu’un coup de sifflet
Rassemble disperse
Tissage d’hommes
Toile mouvante
Que rameutent les fêtes
Errance programmée
Des villes se vident
D’autres débordent
Des corps en apnée
Cherchent leur souffle
Des je t’aime à la volée
Pourquoi partir au loin
Quand le bonheur reste à quai
Gare mouillée de pleurs
D’autres trains naguère
Des hommes partaient en fumée
Un train peut en cacher bien d’autres
Dans les zigzags de la mémoire
Mais pour l’heure rien de grave
Une fuite à la mer
Que le réel rattrape
À la fin des vacances
**

Sur un poème de Brigitte Bardou
Penché sur l’instant
Humer l’air du temps
Le jour qui racornit
L’hiver brouillé de brume
Col blanc des arbres
Par la fenêtre opaque
On ne voit rien des gens
Qui courent vers Noël
Le cœur cahincaha
Hésite à se lancer
Sur la piste des vents
Dans la volière des mots
Il faudrait dire
Mais tu le sais
Tout file entre les doigts
Alors on reste là
Au bord de l’insondable
On devine le bleu
Perdu sur l’horizon
Nourrir d’autres poèmes
**
Un mot de plus pour terminer :
« Écrire sur le motif est un plaisir
Nous dit James en sa broussaille de leu
Quelqu’un a-t-il jamais appelé James Sacré
Un jour
Mon petit monsieur ?
Valérie Rouzeau La petite dame
Marcel Faure

Juillet 2026