La page de Marcel Faure - Poésies de Janvier 2026
- Ginette Flora Amouma

- il y a 18 heures
- 4 min de lecture

Je n’ai de bleu que le ciel
Et ses grands horizons
Qui ouvrent sur l’espace
Et mes yeux se dégrafent
Pour suivre à perdre haleine
Un oiseau de passage
Je n’ai de bleu que le ciel
Qui pâlit sous la lune
Pour chevaucher mes rêves
Et je suis amoureux
D’un Pierrot ébahi
Admirant Colombine
Je n’ai de bleu que le ciel
Qui parfois se mélange
Aux eaux de l’océan
Et je me fais bateau
Pour baigner ma voilure
Dans l’azur de ses flots
**
Giroflées sur un mur
Tes yeux ensoleillés
Tes mains prêtes à sévir
Mais le vase attendra
Tu gommes ton désir
En détournant ton regard
À d’autres le plaisir
D’une belle rencontre
En longeant le mur
L’aubade d’un enfant
Pour sa belle maman
En fera son bouquet
**
Je t’attendrai
Je t’attendrai toujours sur le quai d’une gare
Qui bourdonne de cris d’odeurs et de départs
Tous ces oiseaux pressés qui ne vont nulle part
Avec aux fenêtres des ballets de mouchoirs
Je t’attendrai encore à l’arrêt de ce bus
Quand tu venais le soir pressée de me rejoindre
Pour une nuit d’amour ou un baiser rapide
Dans le temps vert de nos jeunes années
Je t’attendrai tous mes membres tremblants
Espérant que demain tu seras toujours là
Je ne verrai que toi comblant ma solitude
Plus forte que mes peurs et mes incertitudes
Je t’attendrai très loin bien au-delà des mers
Au bout des océans au fin fond des déserts
Dans des escales que seuls les vents connaissent
Où le destin cruel aurait pu t’emmurer
Je t’attendrai allongé sur le marbre
Où ta photo sourit et j’embrasse ton nom
Je t’attendrai longtemps car le temps sera long
Avant de te rejoindre ma mie mon adorée
Je t’attendrai ici ailleurs partout
Dans les ports les gares les villes
Parmi les marins les cheminots les gens
Qui pourraient me donner des nouvelles
Je t’attendrai en espérant la faucheuse
Pour te rejoindre en des sphères inconnues
Tu seras là m’accueillant bras ouverts
Pour tenter d’autres vies et s’aimer à jamais

Enfin le jour se lève
À l’approche de l’aube
Je veille chair à vif
Au pied de la journée
Ce sont des chants d’oiseaux
Qui soulèvent l’aurore
D’une nuit étriquée
L’heure n’est plus au sommeil
Et le décor des champs
Révèle ses secrets
Une clarté vigoureuse
Entre par la fenêtre
Foin de la mélancolie
La douceur du bleu
Avive la campagne
D’une belle énergie
À moi chemins et prés
Vite mes vieux souliers
Pour oublier la nuit
**
Entre orages et canicule
L’été furieux découpe les jours
En four ou en douche
Drôle de saison
L’haleine brûlante des collines
Fume sous la pluie
On s’habille court
Espérant une bise fraiche
On récolte la violence d’une rafale
La nuit que des feux éclairent
Suffoque dans la fumée
Et brille de gyrophares
Dans l’air dur du matin
Un silence de plomb
Recherche des oiseaux
Où êtes-vous plages de rêve
Le feu s’approche du rivage
L’été vengeur chasse les vacanciers
**
Embuscade
Vent de septembre
Pelage roux des arbres
Qui agrippent leurs feuilles
L’ombre est plus sombre
Et s’étire et baille
Bientôt elle hibernera
Rien n’est joué
Le vert résiste encore
Au bord des chemins creux
L’automne en embuscade
Givre quelques matins
D’une blanche rosée
La vie se ralentit peu à peu
Vacances annoncées des plantes
Qui se replient dans leurs racines
**

Jean-Baptiste Folon
Devant le mur bleu du ciel
De petits hommes se démènent
Sur une affiche de Folon
Voltigeurs d’un rêve immense
Qui grimpent sur un arc-en-ciel
Ou s’échappant des villes tristes
Colombes humaines de la paix
Devant les îles du désert
Ou sur les mots qui lient les hommes
La lumière d’un espoir s’éclaire
À l’amitié bruissante
Qui bavarde au salon
Et transforme la maison
En une chanson douce
À la fraîcheur des bises
Qui portent le printemps
Dans le cœur des hommes
En toutes saisons
À toi qui récidives
Avec tes bras ouverts
Quand la vie me malmène
Un peu trop brusquement
Sous les ciels indécis
Ou sous les jours d’été
Ta présence fidèle
Rassure et réconforte
**
Le soleil s’accroche à la journée
Gestes doux de ses rayons
Qui caressent la peau des toits
Invitation à musarder
Dans l’attente de la nuit
Des couples s’enlacent
Qu’ils sont tendres les soirs d’automne
Dans la lumière mordorée
Quand la clarté s’estompe
Pavane de couleurs qui hésitent
Le ciel flambe sur l’horizon
Puis s’en va courser les étoiles
**
Douceur du soir
À contre couchant
Silhouette dans le soir
Presque une ombre
Dans la soie du crépuscule
Comme un flouté photographique
Je m’imprime en silence
Dans le bleu finissant
Je m’en vais bras ouverts
Cueillir des lunes
Le chant d’un ruisseau
Me suit à la trace
Dans le soir velouté
Suis-je bien réel
Ou fantôme égaré
Seul le vent le sait

Matière première
Pour construire un récit
D’abord une langue
Et dans cette langue
L’os
Consonnes plus ou moins dures
Plus ou moins rappeuses
Rocailles de R
Ossature des P
Pylônes, pieux
Ponts entre les lettres
Ciment des SS des CH
Chevrons clous, coins
Recoins métalliques
Voute des V
Pierres pierres pierres
T pour l’aplomb l’équerre
Revues de détail
Toutes prennent place
Dans le dictionnaire
Avec la moelle des voyelles
A d’amour et d’amitié
E ensemble et ensoleillé
I Intime et infini
O ouvert sur l’outremer
U d’union et d’univers
Y Pour rêver d’un lieu
Et d’L
Chaire si douce
Des LL des FF des SS
Qui se liguent s’affairent, se susurrent
Pendant que des intermittentes
Cherchent entre deux voyelles
A former syllabe
Pour de joyeuses escapades labiales
D’autres encore
Des Q pornographique
Pour des Négresses blondes
Des X gouleyant pour le Xérès
H vite avalé
Chacune a ses ivresses
Ses secrets ses folies
Jusqu’au Z si précieux pour nos zygomatiques
Quand le rire nous pousse au zénith de la joie
L’alphabet
Pièces détachées de la langue
Matière première du poème
Février 2026

Marcel Faure



De la belle poésie, que voila cher Marcel. Merci pour tant d'éclats à rêver encore...
Belle continuation et à bientôt vous lire.