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La page de Marcel Faure - Poésies de Janvier 2026


Je n’ai de bleu que le ciel

Et ses grands horizons

Qui ouvrent sur l’espace

 

Et mes yeux se dégrafent

Pour suivre à perdre haleine

Un oiseau de passage

 

Je n’ai de bleu que le ciel

Qui pâlit sous la lune

Pour chevaucher mes rêves

 

Et je suis amoureux

D’un Pierrot ébahi

Admirant Colombine

 

Je n’ai de bleu que le ciel

Qui parfois se mélange

Aux eaux de l’océan

 

Et je me fais bateau

Pour baigner ma voilure

Dans l’azur de ses flots

 

**

 

Giroflées sur un mur

Tes yeux ensoleillés

Tes mains prêtes à sévir

 

Mais le vase attendra

Tu gommes ton désir

En détournant ton regard

 

À d’autres le plaisir

D’une belle rencontre

En longeant le mur

 

L’aubade d’un enfant

Pour sa belle maman

En fera son bouquet


**

 

Je t’attendrai

 

Je t’attendrai toujours sur le quai d’une gare

Qui bourdonne de cris d’odeurs et de départs

Tous ces oiseaux pressés qui ne vont nulle part

Avec aux fenêtres des ballets de mouchoirs

 

Je t’attendrai encore à l’arrêt de ce bus

Quand tu venais le soir pressée de me rejoindre

Pour une nuit d’amour ou un baiser rapide

Dans le temps vert de nos jeunes années

 

Je t’attendrai tous mes membres tremblants

Espérant que demain tu seras toujours là

Je ne verrai que toi comblant ma solitude

Plus forte que mes peurs et mes incertitudes

 

Je t’attendrai très loin bien au-delà des mers

Au bout des océans au fin fond des déserts

Dans des escales que seuls les vents connaissent

Où le destin cruel aurait pu t’emmurer

 

Je t’attendrai allongé sur le marbre

Où ta photo sourit et j’embrasse ton nom

Je t’attendrai longtemps car le temps sera long

Avant de te rejoindre ma mie mon adorée

 

Je t’attendrai ici ailleurs partout

Dans les ports les gares les villes

Parmi les marins les cheminots les gens

Qui pourraient me donner des nouvelles

 

Je t’attendrai en espérant la faucheuse

Pour te rejoindre en des sphères inconnues

Tu seras là m’accueillant bras ouverts

Pour tenter d’autres vies et s’aimer à jamais

 


 

 Enfin le jour se lève

 

À l’approche de l’aube

Je veille chair à vif

Au pied de la journée

 

Ce sont des chants d’oiseaux

Qui soulèvent l’aurore

D’une nuit étriquée

 

L’heure n’est plus au sommeil

Et le décor des champs

Révèle ses secrets

 

Une clarté vigoureuse

Entre par la fenêtre

Foin de la mélancolie

 

La douceur du bleu

Avive la campagne

D’une belle énergie

 

À moi chemins et prés

Vite mes vieux souliers

Pour oublier la nuit

 

**

 

Entre orages et canicule

L’été furieux découpe les jours

En four ou en douche

 

Drôle de saison

L’haleine brûlante des collines

Fume sous la pluie

 

On s’habille court

Espérant une bise fraiche

On récolte la violence d’une rafale

 

La nuit que des feux éclairent

Suffoque dans la fumée

Et brille de gyrophares

 

Dans l’air dur du matin

Un silence de plomb

Recherche des oiseaux

 

Où êtes-vous plages de rêve

Le feu s’approche du rivage

L’été vengeur chasse les vacanciers

 

**

 

Embuscade

 

Vent de septembre

Pelage roux des arbres

Qui agrippent leurs feuilles

 

L’ombre est plus sombre

Et s’étire et baille

Bientôt elle hibernera

 

Rien n’est joué

Le vert résiste encore

Au bord des chemins creux

 

L’automne en embuscade

Givre quelques matins

D’une blanche rosée

 

La vie se ralentit peu à peu

Vacances annoncées des plantes

Qui se replient dans leurs racines

 

**


 

Jean-Baptiste Folon

 

Devant le mur bleu du ciel

De petits hommes se démènent

Sur une affiche de Folon

 

Voltigeurs d’un rêve immense

Qui grimpent sur un arc-en-ciel

Ou s’échappant des villes tristes

Colombes humaines de la paix

 

Devant les îles du désert

Ou sur les mots qui lient les hommes

La lumière d’un espoir s’éclaire

 


 

À l’amitié bruissante

Qui bavarde au salon

Et transforme la maison

En une chanson douce

 

À la fraîcheur des bises

Qui portent le printemps

Dans le cœur des hommes

En toutes saisons

 

À toi qui récidives

Avec tes bras ouverts

Quand la vie me malmène

Un peu trop brusquement

 

Sous les ciels indécis

Ou sous les jours d’été

Ta présence fidèle

Rassure et réconforte

 

**

 

Le soleil s’accroche à la journée

Gestes doux de ses rayons

Qui caressent la peau des toits

 

Invitation à musarder

Dans l’attente de la nuit

Des couples s’enlacent

 

Qu’ils sont tendres les soirs d’automne

Dans la lumière mordorée

Quand la clarté s’estompe

 

Pavane de couleurs qui hésitent

Le ciel flambe sur l’horizon

Puis s’en va courser les étoiles

 

**

 

Douceur du soir

 

À contre couchant

Silhouette dans le soir

Presque une ombre

 

Dans la soie du crépuscule

Comme un flouté photographique

Je m’imprime en silence

 

Dans le bleu finissant

Je m’en vais bras ouverts

Cueillir des lunes

 

Le chant d’un ruisseau

Me suit à la trace

Dans le soir velouté

 

Suis-je bien réel

Ou fantôme égaré

Seul le vent le sait

 

 


Matière première

 

Pour construire un récit

D’abord une langue

Et dans cette langue

L’os

Consonnes plus ou moins dures

Plus ou moins rappeuses

Rocailles de R

Ossature des P

Pylônes, pieux

Ponts entre les lettres

Ciment des SS des CH

Chevrons clous, coins

Recoins métalliques

Voute des V

Pierres pierres pierres

T pour l’aplomb l’équerre

 

Revues de détail

Toutes prennent place

Dans le dictionnaire

Avec la moelle des voyelles

A d’amour et d’amitié

E ensemble et ensoleillé

I Intime et infini

O ouvert sur l’outremer

U d’union et d’univers

Y Pour rêver d’un lieu

 

Et d’L

Chaire si douce

Des LL des FF des SS

Qui se liguent s’affairent, se susurrent

Pendant que des intermittentes

Cherchent entre deux voyelles

A former syllabe

Pour de joyeuses escapades labiales

 

D’autres encore

Des Q pornographique

Pour des Négresses blondes

Des X gouleyant pour le Xérès

H vite avalé

Chacune a ses ivresses

Ses secrets ses folies

Jusqu’au Z si précieux pour nos zygomatiques

Quand le rire nous pousse au zénith de la joie

 

L’alphabet

Pièces détachées de la langue

Matière première du poème

 

Février 2026

Marcel Faure

 

1 commentaire


Nicole Loth
Nicole Loth
il y a 2 heures

De la belle poésie, que voila cher Marcel. Merci pour tant d'éclats à rêver encore...

Belle continuation et à bientôt vous lire.

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