La page de Marcel Faure - Poésies de Février 2026
- Ginette Flora Amouma

- il y a 12 heures
- 5 min de lecture

Défier l’été
Sa chaleur étouffante
Et son air de faux paradis
Où l’on irait tout nu
Dans l’impertinente beauté
D’un premier matin
Défier l’été
Ses couleurs crues
Qui vous arrachent la peau
Et vous taclent dans l’ombre
Où un rapace tentateur
Vous offre une glace
Contre menue monnaie
Voilà
Contraint et forcé
Vous venez d’inventer
Le péché de gourmandise
Pendant que le serpent à sornettes
Arnaque une nouvelle proie
Et Dieu dans tout ça
Dieu succombe
Et déguste un sorbet …
Aux pommes
**
Des chevaux dans les yeux
Filent à travers champs
J’en ai le mors aux dents
Qui me tient prisonnière
Personne ne me contraint
C’est dans ma pauvre tête
Le contrôleur c’est moi
Je n’ai pas pris de billet
Je suis piégée par mes peurs
Vivre dehors vite fort
Chevaux aux vents coquins
Et cheveux dénoués
Pas de serrure pas de clé
Juste pousser la porte
Ah le temps des roulottes
Ma mémoire grignote
Mon peu de volonté
Parfois aussi je radote
Ma jeunesse cavalière
A décroché du train
Je roule vers la fin
**

Wagons
Un train
Peut en cacher
Un autre
J’étais enfant
Fils de cheminot
Et l’esprit innocent
Défendu de se pencher
Par la fenêtre
On pourrait voir
La réalité
Et les wagons
Marchandises voyageurs charbons
Rythmaient les bras de mon père
Garde barrière
Les convois
En avait-il vu
Y en avait-ils ici
Pays de mines
Noir de fatigue
Sur les quais les contrôleurs
Avaient des fusils
Circulez
Il n’y a rien à voir
Mes pensées d’aujourd’hui
Raccrochées au passé
Savent et pleurent
Tous les jours
À la gare du Clapier
Des trains circulent
Avec nos malheurs quotidiens
Biens dérisoires
Mon père est mort
Il y a bien longtemps
Et ses mains manivelles
Moulinent ma mémoire
À la maison
Au fond d’un tiroir
Un livre sur le Struthof
Écrit par un lointain cousin
Qui avait pris un jour
Le train du retour
**
Lavées de rosée
Les plantes se réveillent
Propres pour le soleil
**
Lignes sur un mur
Reprisant les pierres
Couleurs posées pour le regard
Ou pour de la musique
Y planter des notes
Pour faire vibrer un chant
Dans le gris de nos villes
Artistes ménestrels
Jouez de vos pochoirs
De vos bombes de couleurs
Chantez les herbes folles
Les jardins et les hommes
La symphonie des jours lointains
Se rêve aujourd’hui

Si fragile
Le rêveur pose sa vie
Au bord de son âme
Il maquille ses peines
Et les offrent au vent
Quand elles arrivent ici
Décapées par la pluie
Lavées par la lumière
Un autre rêveur
Prie le ciel
Pour tant de beauté
Épousseter les hommes
La nature de ce vent
Me surprend et m’émeut
**
Pierres blondes
Gorgées de soleil
Parfois habillées de vert
Vignes vierges
Que l’automne embrase
Murs que des fleurs courtisent
Ruelles étroites
Où l’ombre fait son nid
Village de ma mémoire
Où te caches-tu
**
La pluie chasse les badauds
Heures rares et précieuses
Où la ville se lave et respire
Dans le silence martelé
Des hommes au bord du ciel
S’appliquent à ne rien dire
Le trottoir dilue des lumières
La clarté s’affaisse et tremble
Le bleu se réfugie dans tes yeux
S’allonger dans la chambre assombrie
Et la braise des corps
Ranime le soleil
Des oiseaux squattent une flaque
La ville reposée s’ébroue
Et clame de tous ses commerces
**
Rides bleues de ses yeux
Lumières douces des vagues
La mer
Et l’air en s’étirant révèle
Un ciel d’été qui se disperse
Languide
Elle soupire d’amour
Et ses lèvres s’entrouvrent
Pour un baiser
**

Silhouettes assises
Dans l’attente de vivre
Reprenant leur souffle
La vie cadeau du ciel
Faut-il bien préciser
Que ce n’est pas pour tous
Dans la queue administrative
Ils attendent une éclaircie
Juste un coup de tampon
Alors ils se lèvent
Trébuchent piétinent
Dieu vient d’ouvrir le guichet
Humble fonctionnaire
Je hurle vos papiers
Et je tamponne à tout-va
**
Pécheur de temps
Il jette son filet de mots
Dans le courant du vent
Une absence qui s’effacerait
Une envolée de jupons
Une robe se matérialise
Bleu jaune rouge
Quelques couleurs primaires
Le filet se fait lourd
Soudain il hésite
Perturber le réel
N’est-il pas dangereux
Pourtant ça frétille là-dedans
À la gomme il coupe le fil
No kill l’avenir
Et levant les yeux il rêve
C’est sans danger un rêve
Qui coule au fil du temps
Je suis un harceleur poétique
J’veux du ciel de la mer
Et des marées
J’veux des arbres
Bien plantés sur leur tronc
J’veux du soleil et d’la pluie
Juste ce qu’il faut pour la terre
J’veux manger sain
J’veux manger bio
Mais j’peux pas c’est trop cher
J’veux pas d’sexe
Mais d’l’amour
Je te veux toi mon amour
Mais si tu veux
Des inventaires à la Prévert
J’en veux en long et en travers
J’veux d’la nuit et des étoiles
Qui brillent jusqu’au fond des lacs
J’veux des ruisseaux et des rivières
J’veux des histoires
Des fées des contes et des sorcières
Et même des princes mais pas trop fiers
J’veux des saisons claires
Des printemps cerisier
Des étés champ de blé
Des automnes châtaigne
Et d’la neige en hiver
J’veux boire aux fontaines
Sans craindre d’y mourir
J’veux du vrai du sincère
Qui ne soit pas glacé sur du papier
J’veux juste essuyer les larmes
Que la vie arrache aux enfants
J’veux d’la poésie
Qui hurle contre les guerres
De celle qui pétrit mon cœur
De p’tits bonheurs de douceur
J’veux écrire avec tes yeux
Mes lampadaires de nuits noires
Et tant pis si c’est déjà fait
Dans la langue de Voltaire
Ou dans celle des griots
Et j’me fou que c’soit beau
J’veux pas enrober la misère
Dans du poème à rimes et raisons
Je te veux toi
Vivant
Dans chaque mot que j’écris
Je te veux briquet
Étincelle et flamme
**
Visage envolé
Qui sème des plumes
Comment vous suivre
Je sélectionne les plus belles
Je serai ce fil sur l’horizon
Essoufflée vous viendrez vous poser
Recomposant votre parure
Vous m’offrirez un sourire
Serai-je assez raisonnable
Pour ne pas vouloir plus
Mais déjà vous planez
À mille lieues de moi
**
Le poisson rouge tourne
En rond dans son bocal
Il rêve de rivières
Et de mondes liquides
Son Everest à lui
Est au fond des abysses
Et son bon de sortie
La bonde de l’évier
Marcel Faure

Mars 2026



Toujours un cadeau de lecture , un moment de poésie à rêver ...❤️Merci...