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La page de Marcel Faure - Poésies de Février 2026


Défier l’été

 

Sa chaleur étouffante

Et son air de faux paradis

Où l’on irait tout nu

Dans l’impertinente beauté

D’un premier matin

 

Défier l’été

Ses couleurs crues

Qui vous arrachent la peau

Et vous taclent dans l’ombre

Où un rapace tentateur

Vous offre une glace

Contre menue monnaie

 

Voilà

Contraint et forcé

Vous venez d’inventer

Le péché de gourmandise

Pendant que le serpent à sornettes

Arnaque une nouvelle proie

 

Et Dieu dans tout ça

Dieu succombe

Et déguste un sorbet …

Aux pommes

 

**

 

Des chevaux dans les yeux

Filent à travers champs

J’en ai le mors aux dents

 

Qui me tient prisonnière

Personne ne me contraint

C’est dans ma pauvre tête

 

Le contrôleur c’est moi

Je n’ai pas pris de billet

Je suis piégée par mes peurs

 

Vivre dehors vite fort

Chevaux aux vents coquins

Et cheveux dénoués

 

Pas de serrure pas de clé

Juste pousser la porte

Ah le temps des roulottes

 

Ma mémoire grignote

Mon peu de volonté

Parfois aussi je radote

 

Ma jeunesse cavalière

A décroché du train

Je roule vers la fin

 

**


Wagons

 

Un train

Peut en cacher

Un autre

 

J’étais enfant

Fils de cheminot

Et l’esprit innocent

 

Défendu de se pencher

Par la fenêtre

On pourrait voir

La réalité

 

Et les wagons

Marchandises voyageurs charbons

Rythmaient les bras de mon père

Garde barrière

 

Les convois

En avait-il vu

Y en avait-ils ici

Pays de mines

Noir de fatigue

 

Sur les quais les contrôleurs

Avaient des fusils

Circulez

Il n’y a rien à voir

 

Mes pensées d’aujourd’hui

Raccrochées au passé

Savent et pleurent

 

Tous les jours

À la gare du Clapier

Des trains circulent

Avec nos malheurs quotidiens

Biens dérisoires

 

Mon père est mort

Il y a bien longtemps

Et ses mains manivelles

Moulinent ma mémoire

 

À la maison

Au fond d’un tiroir

Un livre sur le Struthof

Écrit par un lointain cousin

Qui avait pris un jour

Le train du retour

 

**

 

 

Lavées de rosée

Les plantes se réveillent

Propres pour le soleil

 

 

 

**

 

Lignes sur un mur

Reprisant les pierres

Couleurs posées pour le regard

Ou pour de la musique

Y planter des notes

Pour faire vibrer un chant

Dans le gris de nos villes

 

Artistes ménestrels

Jouez de vos pochoirs

De vos bombes de couleurs

Chantez les herbes folles

Les jardins et les hommes

La symphonie des jours lointains

Se rêve aujourd’hui

 

Si fragile

Le rêveur pose sa vie

Au bord de son âme

Il maquille ses peines

Et les offrent au vent

Quand elles arrivent ici

Décapées par la pluie

Lavées par la lumière

Un autre rêveur

Prie le ciel

Pour tant de beauté

Épousseter les hommes

La nature de ce vent

Me surprend et m’émeut

 

**

 

Pierres blondes

Gorgées de soleil

Parfois habillées de vert

Vignes vierges

Que l’automne embrase

Murs que des fleurs courtisent

Ruelles étroites

Où l’ombre fait son nid

Village de ma mémoire

Où te caches-tu

 

**

 

La pluie chasse les badauds

Heures rares et précieuses

Où la ville se lave et respire

 

Dans le silence martelé

Des hommes au bord du ciel

S’appliquent à ne rien dire

 

Le trottoir dilue des lumières

La clarté s’affaisse et tremble

Le bleu se réfugie dans tes yeux

 

S’allonger dans la chambre assombrie

Et la braise des corps

Ranime le soleil

 

Des oiseaux squattent une flaque

La ville reposée s’ébroue

Et clame de tous ses commerces

 

**

 

Rides bleues de ses yeux

Lumières douces des vagues

La mer

 

Et l’air en s’étirant révèle

Un ciel d’été qui se disperse

Languide

 

Elle soupire d’amour

Et ses lèvres s’entrouvrent

Pour un baiser

 

**

 

Silhouettes assises

Dans l’attente de vivre

Reprenant leur souffle

 

La vie cadeau du ciel

Faut-il bien préciser

Que ce n’est pas pour tous

 

Dans la queue administrative

Ils attendent une éclaircie

Juste un coup de tampon

 

Alors ils se lèvent

Trébuchent piétinent

Dieu vient d’ouvrir le guichet

 

Humble fonctionnaire

Je hurle vos papiers

Et je tamponne à tout-va

**

Pécheur de temps

Il jette son filet de mots

Dans le courant du vent

 

Une absence qui s’effacerait

Une envolée de jupons

Une robe se matérialise

 

Bleu jaune rouge

Quelques couleurs primaires

Le filet se fait lourd

 

Soudain il hésite

Perturber le réel

N’est-il pas dangereux

 

Pourtant ça frétille là-dedans

À la gomme il coupe le fil

No kill l’avenir

 

Et levant les yeux il rêve

C’est sans danger un rêve

Qui coule au fil du temps


Je suis un harceleur poétique

 

J’veux du ciel de la mer

Et des marées

J’veux des arbres

Bien plantés sur leur tronc

J’veux du soleil et d’la pluie

Juste ce qu’il faut pour la terre

J’veux manger sain

J’veux manger bio

Mais j’peux pas c’est trop cher

J’veux pas d’sexe

Mais d’l’amour

Je te veux toi mon amour

Mais si tu veux

 

Des inventaires à la Prévert

J’en veux en long et en travers

J’veux d’la nuit et des étoiles

Qui brillent jusqu’au fond des lacs

J’veux des ruisseaux et des rivières

J’veux des histoires

Des fées des contes et des sorcières

Et même des princes mais pas trop fiers

J’veux des saisons claires

Des printemps cerisier

Des étés champ de blé

Des automnes châtaigne

Et d’la neige en hiver

J’veux boire aux fontaines

Sans craindre d’y mourir

J’veux du vrai du sincère

Qui ne soit pas glacé sur du papier

J’veux juste essuyer les larmes

Que la vie arrache aux enfants

J’veux d’la poésie

Qui hurle contre les guerres

De celle qui pétrit mon cœur

De p’tits bonheurs de douceur

J’veux écrire avec tes yeux

Mes lampadaires de nuits noires

Et tant pis si c’est déjà fait

Dans la langue de Voltaire

Ou dans celle des griots

Et j’me fou que c’soit beau

J’veux pas enrober la misère

Dans du poème à rimes et raisons

Je te veux toi

Vivant

Dans chaque mot que j’écris

Je te veux briquet

Étincelle et flamme

 

**

 

Visage envolé

Qui sème des plumes

Comment vous suivre

Je sélectionne les plus belles

 

Je serai ce fil sur l’horizon

Essoufflée vous viendrez vous poser

Recomposant votre parure

Vous m’offrirez un sourire

 

Serai-je assez raisonnable

Pour ne pas vouloir plus

Mais déjà vous planez

À mille lieues de moi

 

**

 

Le poisson rouge tourne

En rond dans son bocal

Il rêve de rivières

Et de mondes liquides

Son Everest à lui

Est au fond des abysses

Et son bon de sortie

La bonde de l’évier


Marcel Faure

Mars 2026

 

1 commentaire


viviane parseghian
il y a 14 minutes

Toujours un cadeau de lecture , un moment de poésie à rêver ...❤️Merci...

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