La page de Colette Alice - Odette Pauvert
- Ginette Flora Amouma

- il y a 12 heures
- 4 min de lecture
Première femme à remporter le Prix de Rome
(1903-1966)
Odette en 1925


Autoportrait au foulard rouge - 1926
Du 11 octobre 2025 au 11 janvier 2026, le musée « La Piscine de Roubaix » a présenté des œuvres d’une artiste oubliée des années folles : Odette Pauvert :
« La peinture pour ambition au temps de l’Art Déco ».
Les premiers pas
Née en 1903 à Paris, dans le quartier des artistes de Montparnasse, Odette Pauvert a de qui tenir. Son père est copiste, peintre animalier et portraitiste et sa mère réalise des miniatures sur ivoire qui se vendent bien et assurent un revenu constant à la famille. En 1923, c’est dans le Finistère, où ses parents ont fait construire une maison face à la mer qu’Odette commence à peindre : des petits paysages, des portraits, mais aussi des scènes monumentales et des compositions ambitieuses dont on a hélas perdu la trace.
Traverser la vie une palette à la main, telle était l'ambition d'Odette mais, comme un certain nombre d'artistes femmes, elle sera injustement tombée dans les oubliettes de l'histoire de l'art. (Son avant-dernière exposition, celle que lui consacrera le musée Sainte-Croix de Poitiers, remonte à 1986).
En 1922, Odette réussit le concours d'entrée de l'école des Beaux-Arts. Les cours ne sont pas mixtes. Seul l'atelier du peintre Ferdinand Humbert (1842-1934) est autorisé à accueillir les artistes femmes.
Le grand Prix de Rome - 1925
En 1925, c'est un nu, La Légende de Saint-Ronan, qui vaut à Odette le Grand Prix de Rome. Ce tableau représente un ermite breton, invoquant le seigneur à genoux, deux bouledogues couchés à ses pieds.

La légende de Saint Ronan -1925
"Le jury a choisi parmi des œuvres anonymisées, sans savoir si le peintre était une femme ou un homme. Il n'y avait pas de sujet imposé. La seule consigne était de réaliser une figure nue ou drapée. », est-il alors précisé.
Le Grand Prix de Rome alors qu'elle n'a que 22 ans, lui ouvre les portes de la Villa Médicis où elle réside trois ans et demi. Sur une toile intitulée Promotion 1926-1927, Odette se représente avec ses camarades : le compositeur et chef d’orchestre Louis Fourestier (1892-1976), le sculpteur Évariste Jonchère (1892-1956) et l'architecte Alfred Audoul (1891-1963).

Grand prix de Rome - Promotion 1926-1927
Un autre tableau étonnant la montre avec toute sa famille qui séjournait fréquemment à la Villa Médicis. La référence aux maîtres du « Quattrocento » (1) saute aux yeux. Elle peint la Villa Médicis en arrière-plan et dessine son profil et celui de son père à la manière d'une médaille. Sa mère lui jette un regard en coin tandis que sa sœur, habillée comme au XVe siècle, nous fait signe.

L'atelier de l'artiste

Lorsqu’elle revient à Paris et s’installe dans son propre atelier de la Cité des fusains, l’influence du « Quattrocento » ne la quitte pas. L’artiste retranscrit alors l’air du temps des années 1930 dans de saisissants portraits de la scène artistique et de la mutation du paysage parisien.
Entre 1932 et 1933, elle prend part à la réalisation du décor de l’église du Saint-Esprit, dans le 12e arrondissement de Paris. « On l’imagine mal grimpant aux échafaudages et maniant le mortier avec ses mains délicates », s’étonne-t-on alors.

1932 - Odette Pauvert peignant une fresque sur le chantier de l’Église du Saint-Esprit (Paris 12éme)
De 1933 à 1934, Odette Pauvert devient pensionnaire de l'Académie de France de Madrid. Si la plupart des créations de cette période ont hélas disparu, il demeure une poignée de dessins au fusain et à la sanguine, témoignant notamment de la fascination de l’artiste pour les habitants des régions qu’elle visite.


Mariage et vie de famille
En 1937, Odette Pauvert épouse André Tissier, ingénieur et grand amateur d'art. Ils auront trois enfants en quatre ans. Sa vie familiale heureuse devient une nouvelle source d'inspiration. Elle peint de charmants bambins... mais aussi des femmes qui s'ennuient.
À l'approche de la Seconde Guerre mondiale, une inquiétude plane sur certains tableaux d'Odette Pauvert, comme sur cette toile intitulée La Veuve dans lequel sa fille Odile s'accroche au bras d'une nourrice endeuillée.


« La Veuve, peut-on lire dans un catalogue publié par les éditions Norma, signe un retour à la réalité, après l’enivrement des années romaines et les ambitions qu'elles ont vu naître ».
L'exposition présente néanmoins un grand tableau, Invocation à Notre-Dame-des-Flots, que l'artiste elle-même a donné au musée de Locronan en 1934. Dans la baie des Trépassés, un groupe de femmes implore la Vierge protectrice des marins. Le tableau mêle une scène naturaliste et une apparition mystique. Retrouvé en 2012 très endommagé, il a fait l'objet d'une importante restauration.
Le dernier tableau
Odette se referme sur la cellule familiale, ses œuvres sont de moins en moins exposées dans les Salons, de moins en moins commentées et elle ne reçoit pratiquement plus de commandes.
L'exposition s'achève sur son dernier tableau, La Jeune Pousse, une toile inachevée pleine de tendresse représentant sa belle-fille et sa petite fille.

Odette Pauvert décède des suites d’un AVC en 1966, à l’âge de 62 ans.
(1) Le Quattrocento : le XVe siècle en Italie. Période charnière de la Renaissance marquée par un renouveau artistique, culturel et scientifique.
Une chronique de Colette Alice

Mars 2026



Il eut été dommage qu'une artiste comme Odette Pauvert demeure dans l'oubli tant ses toiles sont source de beauté et d'inspiration ! Aussi, merci à toi de nous l'avoir présenté à travers son œuvre, Chère Alice ! De te souhaiter une agréable journée ! ^^