Knud Viktor, le peintre sonore du Luberon
- Ginette Flora Amouma

- il y a 2 jours
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© www.radiofrance.fr hommage à Knud Viktor
C’est un artiste peintre plasticien, photographe et compositeur d’art sonore, inclassable car il capte un paysage et son espace habité à partir des sons, des bruits, des voix que lancent la nature elle-même à travers sa faune, sa flore et le passage des habitués qui font vivre une terre. Celle-ci s’identifie ainsi par des bruits, des sons délivrés soit par des insectes soit par les pierres. Le minéral se rappelle par ses crevasses, les bruits de roche qui s’écartent. L’aquatique a ses propres symphonies et l’eau fait de son ruissèlement une bande sonore que Viktor cherche à reprendre pour en isoler la note qui peint le paysage ambiant.
La musique de Knud Viktor
C’est à Copenhague au Danemark qu’il naît en 1924 et meurt en 2013. Il est formé à l’école des Beaux Arts de Copenhague en 1956. Il quitte ensuite son pays natal et s’installe dans le Luberon au sud de la France. Il découvre la lumière, les roches, les montagnes, les collines, les herbes, tout ce que les peintres et compositeurs ont trouvé mais Viktor s’attache à entendre les sons, à reproduire les bruits de la nature et peut passer des heures à écouter chanter un grillon. Ce travail d’écoute l’amène à voir autrement le paysage de l’arrière pays niçois. Il s’approprie une terre en suivant les pas d’un cheval ahanant sur les sols et il les fusionne aux cris du paysan qui fait de son labour un chant, celui de la terre. Les cigales cymbalisent, les grillons stridulent, ce sont des concerts produits par les vivants de la nature.
La musique que le peintre rapporte de ses recherches en campagne, sont des vibrations sonores. C’est un travail sur la nature et ses virtualités inhérentes aux particularismes d’un passage. Il faut savoir que la musique qu’il restitue est à l’écart de ce que la musique propose habituellement.
Le Luberon
Il s’installe dans le Luberon dans une bergerie qu’on lui a offert. Il y emménage son atelier et les instruments dont il dispose lui permettent de récupérer tous les sons de la nature. Il lui arrive d’inventer des instruments, des créations sonores qui accompagnent ses microphones pour mieux se retrouver au plus près, à la source des bruits émis. Tout a une portée musicale qui lui permet de pouvoir représenter un cycle de vie. La naissance d’un légume par exemple asperge ou poireau, a une grande importance pour lui. Il enregistre les eaux, les échos, lui qui vit entre pierre et mer. La Durance, la plus importante rivière de Provence, passe et glisse et laisse cette vois susurrante que Viktor écoute inlassablement.
On pourrait presque croire qu’il met de la poésie dans son étude qui ne se veut pas seulement botanique mais aussi scénique et symphonique. Comme dans un orchestre où chaque instrument a son mode opératoire, la nature a ses instruments pour libérer ce concert de voix qui définit la posture d’une nature influencée par la lumière qui se verse jusque dans les fourrés.
Voici un mode descriptif tout à fait singulier qui rassemble toutes les virtualités de la terre pour en peindre un tableau plus complet.

© Peinture de Knud Viktor, peinture à l’huile (association Allô la terre )
vidéo eau Knud Viktor
Il décide ainsi de présenter ses travaux au cours d’émissions radiophoniques et télévisées. Il participe à des festivals pour mieux appliquer son approche de la nature et il répond à des commandes :
Il compose un festival sonore qui accompagne la visite d’une mine d’argent, le site géologique « Les mines d’argent des Rois Francs » où l’on entend la pierre se présenter, rouler, éclater, se rompre, craqueler … C’est une innovation dans le domaine de l’exploration des terres parce que la composition musicale est celle de la nature elle-même.
S’agit-il d’un nouveau courant de l’art contemporain ? Car Viktor se défend d’être un compositeur. Il se dit peintre sonore en révélant les compositions musicales que la nature libère elle-même.
La symphonie du Luberon ( années 1970 )
C’est son chef d’œuvre, sa pièce maîtresse. C’est une longue suite de sons qu’on entend à travers un cheminement dans les terres.
Depuis 2009 jusqu’en 2013, il se rend dans les régions de France et à l’étranger pour parler de son œuvre. Et c’est en 2013 qu’il est renversé par une voiture et meurt des suites de l’accident à Copenhague.
Il a mené une vie humble, une vie d’ermite, de poète contemplatif et préféré rester à la lisière du monde pour écouter la pierre qui parle, le bruit de l’eau qui coule, la cigale qui cymbalise, l’insecte qui crie, la fleur qui éclot, le légume qui chaque jour émerge, se lève et offre sa radieuse générosité.
Il s’est entièrement consacré à son art. Quand il recueille les sons, c’est pour lui l’appel d’une fête. Son travail est de les organiser et d’en faire une bande sonore. Il célèbre un chant non pas par des notes musicales mais en révélant les notes que la terre elle-même prodigue et compose selon une création harmonieuse. Il agence au besoin ce qu’il enregistre pour faire écouter la voix de la terre et parvient à remarquer que chaque élément naturel gère son harmonique, ses balises qui sont ajustés aux mouvements de la nature des voix ambiantes. Elle nous est adressée car nous faisons partie de l’harmonie du monde.
Oser suivre les pas de la nature
Ce faisant, Viktor a pu constater que la nature se tait dès qu’elle se sent menacée. Il y a des bruits qu’on n’entend plus. Les chercheurs disent que les bruits eux-mêmes peuvent disparaître.
Or Viktor nous donne la peinture de la Provence profonde et c’est comme si on entendait les mots de Giono :
« La Provence dissimule ses mystères derrière leur évidence. Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière. »
La musique de la rivière, l’érosion des roches, les cris des paysans ( et en cela Viktor photographie le cri du paysan qui conduit son cheval dans les champs ), les chants des oiseaux, les cris des insectes jusqu’aux libellules. La Provence sans les cigales ne sera plus la Provence. Il y a aussi la Provence côté rocaille, pierre, bruyère et terre.
vidéo du "petit duc"
« C’est extraordinaire parce qu’on entend que la cigale cesse de chanter au moment où vont passer les nuages. Un petit nuage passe et tout commence à boiter. Le rythme est cassé. C’est une découverte inattendue : au fond la lumière se transformait en son. »
( erudit .org- KnudViktorethopoète- Julie Michel -2025 )
En ce qui le concerne, il se définit comme un artiste qui fait de la peinture. Car il chemine comme un peintre et non comme un compositeur.
« Je traite les sons que je capte comme un peintre traite les couleurs. Les trois sons caractéristiques des ambiances méditerranéennes sont le son du hibou, le son de la cigale, le son du grillon. » (1979 )
Viktor ajoute qu’il y a ensuite le son de l’eau sur les cailloux. L’influence de l’eau sur le corps a également son importance. La participation de deux corps, celui de l’humain et celui de l’aquatique génère une perception, celle de l’immersion dans la nature. Puis la voix paysanne qui s’accorde avec la voix de l’espace du village humain est une forme d’intelligence. La voix, c’est une forme d’art devenue pierre, eau, végétal, tout ce qui appartient à un village. Une langue orale naît ainsi à travers les sons et les gestes familiers et qui s’accorde avec des modes et des reliefs d’un paysage. Les sons sont adaptés à un milieu.
Synthèse du son du Luberon
Le montage des sons révèle la musicalité du monde perçu et capté.
« J’ai entendu comment toutes les sonorités de la nature cherchaient à entrer dans la même harmonie. Il y a un équilibre qui donne sens et là, c’est une musique en soi. J’ai enregistré un engoulevent qui chantait sur un certain rythme et en même temps, il y a un grillon. Les deux sortes de son entraient dans une symbiose qui coupait le souffle. »
(varier , 2008)
Par l’art d’observer, Viktor démontre que les sons dans la nature sont fondés sur une harmonie par la résonance d’un son pour chaque espèce. Le travail de Viktor est de restituer l’acoustique de plusieurs milieux dotés d’un langage sonore possédant une voix comme la peinture d’un milieu naturel.
Ses publications :
Sous le label l’oiseau musicien, Viktor a enregistré 2 vinyles
Images (1) et Ambiances (2)
et en 1970 – Symphonie du Luberon, son chef d’œuvre.
Parallèlement, il fait des installations sonores, des créations acoustiques d’univers pour des expositions qui sont une mine de renseignements sur un sujet qu’il commente à travers des courts métrages et des vidéos complètes et des documentaires viennent également appuyer ses recherches en milieu naturel.

© proantic.com Knud Viktor. (1960) tableau abstrait où l’atmosphère se modifie comme sous l’insistance d’un son, sorte d’écho à son œuvre sonore de la perception des vibrations.
Les critiques ont qualifié le tableau de captation lyrique de l’eau.
Ginette Flora

Juillet 2026



Merci, chère Ginette, pour le voyage sensoriel de cet atriste que je découvre grâce à toi : une bouffée de nature que j'apprécie particulièrement... dans mon appartement au 16ème étage des Lilas (quelques rares "sorties" pour faire des courses de bonne heure...)
Toutes mes amitiés🧊🥤🧊🥤 !
Cet artiste visionnaire et atypique ne peut que remporter tous mes suffrages ! M'est avis, que tu le savais déjà, Chère Ginette ! Knud Viktor transcende les arts visuels pour inventer une véritable « peinture sonore » de la nature. En enregistrant l'imperceptible, du chant des insectes aux murmures du Luberon, il donne voix et vie à son œuvre ! Que j'aime cette sensibilité-là ! C'est l'hommage magistral et poétique d'un avant-gardiste qui assurément, nous réapprend à écouter le monde ! Merci pour cette belle découverte ! De te souhaiter, une agréable journée ! ^^