Valérie de Sarrieu, l’âme des champs
- Ginette Flora Amouma

- il y a 2 jours
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© galerie de la barbacane- contrejour matinal – Valérie de Sarrieu
« Au départ, je marche et je m’inspire du paysage. »
Pour Valérie, il faut entrer dans le lieu, sentir si on est reçu, cela peut-être un simple chant d’oiseau qui coupe le silence et lance l’appel. Une lumière s’allume dans son âme et va répondre à l’âme de l’instant qui s’est montré.
Tout est à restituer ensuite sur une toile de la façon la plus juste, elle travaille à la peinture tempera qui veine d’opacité le champ qui s’éclaire lentement. On est frappé par le manège agile des ocres qui surmontent les frissons des herbes qui s’interrogent. Après avoir traversé des mottes de terre brune, des pentes et des plaines qui ne rendront pas si vite leurs lainages mauves et pourpres, au loin, le ciel annonce qu’il n’a pas fini de se lever.
L’aquarelle est transparente, la peinture tempera est opaque car les pigments ont du blanc qui en se diluant dans la substance ajoutée laissent un clair obscur. Valérie s’attache à rendre la beauté discrète presque timide des paysages qui l’ont inspirée.
De l’Aubrac à l’Aveyron, en trébuchant dans le Minervois de l’Hérault, elle marche avec son carnet de croquis, elle note la lumière qui se déplace, elle entre dans le renflement de l’air qui perd son souffle sans faire de bruit. Ses tableaux font du vert blême un espace qui se déplie pour fondre sur un beige gainé d’ombres comme s’il fallait traverser toutes les gammes de joie simple et pouvoir arriver dans ce creux de rose tendre où la couleur se liquéfie quand les premiers attroupements d’arbres apparaissent.

©- artistics.com- vallons gersois- valérie de sarrieu
Et dans cette tranquille somnolence d’un jour qui émerge, l’artiste peintre voit son pinceau prendre le duvet du lent réveil sur le paysage.
Valérie de Sarrieu
Valérie de Sarrieu est une artiste peintre française, née en 1958 et vivant auprès des Pyrénées Atlantiques. Elle travaille à Toulouse où elle a fait toutes ses études d’arts, aux Beaux Arts de Toulouse, qu’elle a complétées par des formations auprès de Robert Thon, peintre français et professeur d’arts plastiques et par des stages d’observation auprès de Maurice Mélat, peintre et musicien de l’école de Toulouse.
Une étrange émotion m’a abordée lorsque j’ai vu l’arbre, celui avec une branche morte, celui seul sur la plaine, celui sombre et effrayant sans doute mais mystérieux car autour de son tronc circule une tout autre confidence. L’artiste peintre l’a-t-elle ressentie ? C’est sur motif qu’elle travaille. Elle note le murmure, elle sait déjà que sa peinture va prendre l’arbre noir comme motif. L’arbre dans l’espace plat comme un vigile, elle pressent le choix des couleurs qui rendront au mieux l’éternité d’un végétal dans l’unique approche qu’elle fait avec lui et qui véhicule la sienne d’émotion.
Cet alliage du classique avec la touche personnelle de son âme vibrante et tombée dans la création, c’est le propos de sa peinture.
C’est ainsi qu’elle avance dans l’espace de son art. Elle privilégie un motif, pour elle, ce sera avant tout l’arbre, le motif principal de son écoute de la nature.
De ses randonnées aux confins des Pyrénées atlantiques, elle rapporte les vibrations entendues de son ami l’arbre. Elle choisit un vert jade qui ne s’achève pas dans l’émeraude foncé des bouquets d’arbres. L’arbre, lui, est un gardien solitaire, c’est l’arbre-pèlerin dit Claude Barrère au retour d’une exposition en 2011.


© artistics.com-palmiers et caroubiers
© branche morte- valérie de sarrieu
Que monte la sève sèche de l’hiver
Aux doigts écartelés
Drainant l’écriture
(Claude Barrère – 2010)
Les arbres qu’elle peint sont couverts d’une patine qu’elle mélange à la couleur de la terre. Les peluches de feuilles ouatées semblent en recevoir une chaude étreinte, une filandreuse toile laisse le feuillage s’y abandonner.
C’est aussi l’amour de son village que l’artiste transmet. Elle part séjourner dans différentes régions de la France pour y capter la lumière, celle qui lentement se profile, se dessine pour dévoiler un ciel aux reflets jaspés car certains paysages la fascinent comme l’Aubrac, l’Aveyron, le Gard, la Haute Garonne.

© artistics.com - plaine de Montlaur (Occitanie)
Au pied des Pyrénées
Diplomée en histoire de l’art, elle s’inspire des peintres classiques pour faire porter la brume des âges anciens sur les motifs de ses paysages.
L’arbre dans les champs est comme un habitant qui y vit depuis longtemps, arbre des espaces vacants qu’il nourrit de son regard aimé, seul mais n’ignorant pas que les plaines ont besoin d’être contemplées.
Valérie de Sarrieu a beaucoup randonné avec son carnet de notes et son chevalet. Elle peint comme à l’époque de Monet, assise sur un tabouret en pleine nature, son chevalet planté dans l’herbe rase et son coffret de tubes et de pinceaux à même le sol. Elle s’arrête quand elle aperçoit un être qui renvoie une intime résonance, elle entend et comprend. Elle décide de séjourner un moment auprès de lui dans un village dont elle prendra le nom dans ses peintures, elle capte la lumière et le feulement des espaces car c’est en survolant le silence d’un coup d’aile que l’oiseau lui transmet un appel. C’est en voyant un arbre solitaire dans un champ qu’elle comprend le soupir qui s’enroule autour de sa rude écorce. C’est L’Aubrac, c’est l’Aveyron, c’est l’Aude qui lui transmettent des signaux.
Au pied des Pyrénées quand elle revient chez elle, c’est repue et comblée qu’elle regarde trembler le désir de la terre.

© artistics.com - trois cerisiers
Ginette Flora
Janvier 2026




Trop beau, une belle découverte encore et que tu sais si bien nous conter ! "Et dans cette tranquille somnolence d’un jour qui émerge, l’artiste peintre voit son pinceau prendre le duvet du lent réveil sur le paysage."...tellement fort ...merci, Ginette ❤️