Sophie de Bardonnèche, le violon baroque
- Ginette Flora Amouma

- 7 déc. 2025
- 6 min de lecture

Elle se passionne pour la musique baroque, cette jeune artiste violoniste qui sort de la Schola Cantorum de Paris ( un établissement privé d’enseignement supérieur de musique classique ) après avoir obtenu un master en études musicales classiques option le violon baroque.
Mais d’où lui vient cette passion pour l’univers musical baroque et pour son genre emblématique qui est la sonate en trio pour musique de chambre ?
Qu'est ce qu'un violon baroque ?
Il est possible que l’instrument soit né en Italie dans les villes réputées pour leur artisanat en lutheries. Il découle d’instruments anciens comme le lyra da braccio et le rebec médiéval qui sont de petits instruments pratiques pour être transportés. C’est un instrument qui accompagne bien une danse, il s’est ainsi développé à partir de ses qualités propices à maintenir le manche sur un bras.
Le violon baroque est travaillé dans le bois d’érable moucheté pour son fond de caisse particulièrement tandis que le sommet est un tourbillon, une volute sculptée comme un visage d’animal ou d'humain. Elle fait partie de la tête de l’instrument. Chevilles, cordes et chevalet n’ont pas la même forme que le violon d’aujourd’hui.
La vraie différence avec le modèle ancien devenu très rare, c’est que la mentonnière est absente car elle n’a été inventée qu’en 1830. Les cordes sont en boyau nu (de nos jours en métal). Le son rendu est donc différent.
La forme de l’archet archaïque du 18ème siècle rappelle un arc. Au début du 18ème siècle, on invente la vis qui permet de tendre les crins de l’archet. François-Xavier Tourte a inventé le modèle actuel en perfectionnant l’archet et en créant une forme qui permet d’égaliser les crins sur toute la longueur de l’archet.
Comment fonctionne un violon ? Les crins de l’archet frottent sur une corde en boyau. Ce frottement va donner un son. Le violon baroque est difficile à jouer à cause de l’absence de la mentonnière Il ne se tient pas comme un violon moderne.
Sophie de Bardonnèche joue un violon Antonius Hieronymus Amati de 1596, prêté par la fondation Jumpstart Junior Sparey collection.
Sophie étudie les compositeurs baroques, Vivaldi, Corelli et Monteverdi. Les violonistes anglais baroques William Brade et le compositeur Henry Purcell qui composa des sonates pour violon. William Brade et John Blow pour l’Angleterre et pour la France, Jean-Baptiste Lully ouvrent un répertoire qui lui révèle que si certains noms sont connus, d’autres sommeillent.
Son œuvre personnelle se veut investigatrice et elle repère les noms oubliés, leur redonne de la lumière en les interprétant pour les sortir de l’ombre.
Inconnus certes, certains le sont comme Mrs Philarmonica dont on ne sait rien sauf qu’elle a laissé des œuvres que Sophie exhume avec la jubilation de celui qui a trouvé un trésor.
Elle produit des concerts, elle fait partie des orchestres de chambre et intègre les grands ensembles baroques comme les Arts Florissants.
Son intérêt pour la musique baroque mûrit et se réactive au contact de ce qu’elle découvre. Elle souhaite extraire la musique baroque de son opacité et placer au-devant de la scène de superbes inconnus.
Son regard se pose de plus en plus loin. Elle décide d’étudier les plus oubliés de l’histoire de la musique baroque.
Le Consort
En 2015, elle est membre fondateur de la musique de chambre Le Consort.
Avec ses partenaires, Justin Taylor au clavecin orgue, Louise Pierrard à la viole de gambe, Hanna Salzenstein au violoncelle et Théotime Langlois de Swarte au violon, elle crée l’ensemble baroque Le Consort.
Son répertoire s’attache à la structure de la sonate en trio baroque :
2 violons, un clavecin-orgue et une basse d’archet. En 2025, l’ensemble fête ses 10 ans d’existence.
Le Consort enregistre ses interprétations et surtout met un point d'honneur à faire vivre avec cœur les compositeurs discrets de la période baroque.
Sophie et son ensemble parcourent le monde et se produisent dans les grandes salles des capitales. Avec ses partenaires, elle met sa sensibilité et la pratique de l’instrument au service d’un souhait : que d’autres voix aussi sensibles et profondes soient entendues.
Ses enregistrements et ses albums
Elle publie avec son ensemble Le Consort :
« Specchio veneziano » consacré aux sonates en trio de Vivaldi et de Giovanni Battista Réali, tous deux vénitiens de naissance, l’un très connu et l’autre inconnu. Tous deux ont un point commun : ils ont composé des sonates en trio.
C’est une situation étonnante, un cas d’école, que relève le Consort qui ne peut s’empêcher d’étudier le contraste saisissant de deux destins qui se positionnent entre la vie d’un autre violoniste italien Corelli dont l’œuvre La Follia n’échappe ni à Vivaldi ni à Réali.
Le specchio veneziano est une suite de variations qui explorent des thèmes éclatants de joie avec des passages plus retenus mais ici, la jeunesse est partout dans la musique, chez les exécutants et dans les tonalités enjouées délivrées par les sonates. Il y a une unité dans l’interprétation des sonates des deux compositeurs au delà de leur passage dans la vie matérielle comme si leur musique ne pouvait que se placer par-dessus toutes les contingences. Ils retombent tous deux dans le monde plat des réalités quand l’un, Réali, meurt sans laisser de traces et l’autre, Vivaldi, meurt dans la solitude.
En 2024, c’est la publication d’un album solo « Destinées ».
L’opus est le résultat d’un souhait personnel de faire entendre les compositrices de ce temple baroque. L’album révèle des musiciennes baroques, destinées cachées que Sophie s'enthousiasme à présenter lors de son concert en novembre 2024 à la Philharmonie de Paris.
Elisabeth Jacquet de la Guerre ; Mme Papavoine ; Melle Laurant ; Mlle Charlotte de Menetou ; Madame Talon ; Madame la Chaussée.
Melle Guesdon de Presles ; Melle Duval ; Marie-Christine Fumeron ; Mrs Philarmonica.
On découvre avec surprise la destinée de Mrs Philarmonica, une compositrice baroque anglaise dont on ne sait rien sinon qu’elle a composé des sonates pour violons, violoncelle et clavecin.
Mais qui est Mlle Guesdon de Presles ? Sophie nous la présente avec d'autres compositrices.
Marie-Christine Fumeron, Melle Duval, Charlotte de Menetou et Mme Papavoine dont l'œuvre se compose de cantabille, des cantates ou poèmes chantés.
2020-Le festival de la musique baroque anglaise
Le consort donne un concert O solitude avec la présence d’un contre-ténor Paul-Antoine Bénos Djian, chanteur lyrique. Une révélation dans le domaine musical, une chaleur intense dans la voix qui semble venir de très loin quand il interprète les arias qui retiennent l’attention. On était habitué à Alfred Deller. Nous entendons avec Bénos Djian une autre forme d’expressivité. C'est un festival de musique baroque anglaise où les mélodies les plus célèbres de Purcell sont remis à l'honneur :
My fairest Isle / Music for a while / Ô solitude.
D’autres compositeurs anglais sont visités par l’ensemble Le Consort .
John Blow, John Eccles, Niccola Matteis
Janvier 2019 : Concert avec la présence de la mezzo soprano Eva Zaïan
Le consort enregistre des voix baroques peu connues comme les cantates de Louis-Antoine Lefebvre ( Venez chère ombre),
Michel Pignolet de Montéclair, ( Prenons une route nouvelle ), Clérambault, Courbois, des airs jamais enregistrés.
avec la mezzo soprano Eva Zaïcik
Un concert est consacré à Corelli ( né en 1653 à Fusignano en Italie et mort à Rome ) et à Jean-François Dandrieu (né à Paris en 1682 et mort en 1738)
Sophie et ses interprétations
Le Consort apporte une nouvelle approche de la musique baroque en la révélant, en la dépoussiérant et en l'extirpant de son ancienneté.
Il y a bien des partitions dans les vieilles malles ouvertes avec curiosité ! Sophie et son ensemble mènent avec virtuosité et dynamisme l’héritage baroque en jouant sur toutes les pages d’un répertoire qui n’a rien perdu de sa vitalité première : Corelli, Vivaldi, Réali, Purcell, Couperin et Lully.
L’ensemble Le Consort se distingue particulièrement sur ce point, celui de faire un voyage vers l’inconnu. Dandrieu ? Lefèbvre ? Mrs Philarmonica ? Réali ? Ils sortent tous de l’oubli. Sophie de Bardonnèche leur donne une seconde vie.
L’ordre nouveau du Consort
Fort de ses expériences, le Consort tente de se diriger vers d’autres sentiers. Il s’écarte de la sonate en trio et accompagne des projets vocaux ou de concertos.
Concerti per una vita
Concerti per violoncelle
Le quattrostagioni avec le soliste Théotime Langlois de Swarte
Un album :
Teatro sant angelo avec un chant consacré à Vivaldi.
« Begin the song », répertoire de musique anglaise avec le contre-ténor Paul-Antoine Benos Djian.
Pour Sophie et son ensemble musical, l'aventure du baroque n'est pas achevée !
Sources : sophiedebardonneche.com
www. Leconsort.com
Lectures consultées : Articles du rédacteur Pierre-Damien Houville, de la revue des Arts et musique Muse Baroque
Une chronique de Ginette Flora
Décembre 2025




Belle découverte encore une fois, merci Ginette ... ❤️