Maria Malibran, une cantatrice de feu
- Ginette Flora Amouma

- il y a 6 jours
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© images mémoires d’encre.com
Une destinée extraordinaire. Comment en parler quand on a d’elle aucun enregistrement ? Elle a vécu toute sa vie par le chant et pour le chant lyrique. La reine de l’opéra romantique, la révolution romantique, la diva au roman puissant dans une vie si brève titrent les ouvrages qui parleront d’elle en termes dithyrambiques.
Car elle meurt à 28 ans d’une chute de cheval, une insouciance qu’elle ne soigne pas comme il le faudrait et elle meurt d’un caillot au cerveau.
On a déjà peine à suivre sa jeune et brève vie, ses expatriations, ses tournées tant elle a rempli sa vie d’une importante galerie de prestations et d’engagements. Tout ce qu’elle touche brille aussitôt, c’est elle qui veille à résoudre ses problèmes quotidiens sans jamais perdre son objectif qui est de jouer les plus grands rôles de l’opéra.
Elle les tiendra, tous les rôles tragiques, au prix d’un travail inlassable, exigeant, inflexible, s’astreignant à exercer sa voix pendant des heures chaque jour.
Sa voix, elle l’élèvera jusqu’à cette tessiture ultime où l’artiste peut dire qu’il atteint l’apogée de son art, elle, la soprano colorature. C’est un type vocal dont la puissance permet d’atteindre les aigus, de tenir des vocalises et de faire vibrer des trilles. Cette tessiture est remarquable dans les rôles romantiques, ce qui fait dire à sa sœur Pauline Viardot : « Elle savait pleurer en chantant. »
Maria acceptera les rôles les plus difficiles, elle est Desdémone dans Otello de Rossini, elle est Rosine dans le barbier de Séville de Rossini. Elle tient un rôle dans le Roméo et Juliette de Zingarelli. Elle joue dans Norma de Bellini, dans Sémiramis de Rossini, elle joue dans les œuvres de Mercadante, dans le Don Giovanni de Mozart et les autres que les théâtres lui proposent et qu’elle ne refuse pas, travaillant chaque jour à échauffer sa voix sans relâche.
Maria Garcia
C’est une artiste lyrique française. Elle est née en mars 1808 à Paris et décédée à Manchester en septembre 1836. C’est la fille du ténor Manuel Garcia et de la chanteuse soprano Joaquina Sitchez, tous deux d’origine espagnole.
Ses parents se déplacent beaucoup en raison de leurs contrats et sont souvent ballotés dans les remous de la vie politique d’alors. Leurs enfants reçoivent une éducation musicale très élaborée et Maria et son frère, tous deux férus de musique sont soumis aux desiderata de leur père qui impose un régime particulier pour qu’ils puissent s’acquérir une belle voix. En 1816, Manuel Garcia ouvre une école de chant et exhorte Maria à mener une vie spartiate. Maria en souffrira d’autant qu’elle a un caractère porté à la rébellion. Cependant cette formation apportera ses fruits. La voix de Maria se façonne, un timbre se distingue, une voix se révèle.
En 1825, elle a 17 ans, on lui confie un rôle dans le Roméo et Juliette de Zingarelli puis elle joue Desdémone, son plus grand rôle dans l’opéra Otello de Gioachino Rossini.

© Maria dans le rôle de Desdémone
Elle chante Rosine du Barbier de Séville de Rossini et la somnambule de Bellini. Ce sont ses premiers essais sur scène et le public s’émerveille. Une chanteuse est née.
Encouragée par l’accueil enthousiaste du public, la troupe décide de jouer à New York et la famille s’expatrie. Maria aime se retrouver en scène et se sentant appréciée, elle rejoue son rôle de Rosine dans le barbier de Séville.
Elle a de nombreux admirateurs, elle est courtisée mais son père veille à ce qu’une affaire sentimentale ne vienne pas distraire Maria de ses objectifs premiers.
C’était sans compter sur l’impétuosité de Maria qui, toujours très remontée contre son père, cherche à s’en libérer par les liens du mariage et quand Eugène Malibran la demande en mariage, elle accepte. Il a 50 ans, elle en a 18 et les parents se résignent.
Maria Malibran
Le couple s’installe à New York. Maria s’occupe de créer une troupe et de se produire pour renflouer les finances du ménage. La vie domestique devient intenable, Eugène fait faillite et Maria souhaite travailler. Le chant, la scène lui manquent. Elle quitte Malibran et rentre en France.
C’est le retour à Paris en 1828.
Elle donne des concerts, le public reconnaît son talent. Elle fréquente le salon de son amie et croise les gens de lettres de l’époque : George Sand, Balzac, Rossini, Mérimée …
Elle interprète les grands rôles de l’opéra romantique. Son succès est si grand à l’opéra de Paris qu’on lui fait un pont d’or mais elle refuse et préfère jouer au théâtre italien.
Elle chante dans Sémiramis, Otello, Roméo et Juliette…
Puis commence pour elle le temps des tournées européennes. Elle entame une procédure de séparation d’avec son mari Malibran et décide de fonder sa propre entreprise théâtrale. Elle réussit à redresser les finances d’un théâtre, le restaure, lui redonne de la classe et le fait baptiser du nom de Théâtre Malibran.
Maria de Bériot
Elle rencontre Charles de Bériot, un violoniste belge avec qui elle s’installe en attendant de régulariser sa situation maritale. L’enfant qu’elle met au monde deviendra un pianiste et le professeur de Maurice Ravel.
Le couple se fixe à Bruxelles. Elle continue ses tournées et mène une vie de déplacements et de séjours. Son loisir est de monter à cheval tous les matins. Au cours de l’une de ses promenades matinales, elle fait une chute de cheval et par souci de ne pas faillir à ses engagements, elle renonce à se faire examiner profondément. Les séquelles seront lourdes. Au cours d’une tournée, elle tombe dans le coma et décède des suites de cet accident. Bériot lui construit un mausolée. Les hommages sont nombreux, son jeune âge, son dynamisme, son incroyable énergie ont impressionné beaucoup de personnes qui durant les obsèques l’accompagnèrent jusqu’à sa dernière demeure. Elle laisse un beau souvenir et ses admirateurs dont Alfred de Musset et Lamartine lui dédient des poésies qui évoquent l’admiration qu’elle suscitait. Sur sa tombe, sont gravés les vers de Lamartine :
Beauté, génie, amour furent son nom de femme
Ecrits dans son regard, dans son cœur, dans sa voix
Sous trois formes au ciel appartenait cette âme
Pleurez, terre ! Et vous cieux, accueillez-la trois fois !
Maria Garcia de Bériot
C’était aussi une compositrice. Sous le nom de Garcia de Bériot, elle a publié des romances :
Belle, viens à moi ! Nocturne à 2 voix égales de Mme Marceline Desbordes Valmore.
Chagrin d’amour
Le prisonnier
Une destinée si atypique ne pouvait qu’inspirer cinéastes, artistes lyriques, auteurs et autres personnalités de la scène lyrique. Cecilia Bartoli lui consacre un spectacle en 2008 pour le bicentenaire de sa naissance : Maria – La révolution romantique.
Sans enregistrement de cette voix, il est difficile d’apprécier. Restent les avis des critiques musicaux qui disent que le contexte n’était pas le même et qu’on jugeait les qualités vocales avec les critères d’alors sur les prouesses des vocalises et des trilles travaillés comme ornementation.
Elle devient la Malibran, celle qui a porté avec passion la tessiture colorature.
Quand on écoute cette scène de la Cenerentola de Rossini où Maria a joué le rôle de Cendrillon, on se dit que sa voix devait être aussi fluide, légère et aérienne que celle de la chanteuse lyrique Maria Cebotari qui a repris son rôle.
Ginette Flora
Janvier 2026




Un grand merci , chère Ginette, pour cette magnifique découverte dans le domaine des cantatrices que je connais si peu, voire pas du tout. Belle journée 🌞
Quand bien même une mort prématurée, Maria Malibran a su briller et s'imposer dans bien des domaines ! D’ailleurs, je reste impressionné, toujours, par ces personnes au destin tragique, qui malgré leur courte vie, ont marqué leur époque de manière profonde et indélébile ! Merci pour cette découverte et ce partage, Chère Ginette ! Belle journée à toi ! ^^
Encore une belle envolée avec Toi, merci de me faire découvrir tant d'univers incroyables et bravo pour ce portrait d'une artiste en grand !❤️