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Makhali Phâl, un chant de paix



Le portrait (lien artimageblog4over.com) est réalisé par Ram Rischmann, un peintre d’origine alsacienne, installé en Provence, mort en l’an 2000. Il peint des portraits mélancoliques, mettant un point d’honneur à faire figurer dans le regard une expressivité  émotionnelle  du sujet.   

Makhali Phâl est une poétesse et une romancière française. De son vrai nom, elle s’appelle  Nelly-Pierrette Guesde née en  1908 à Phnom Penh et elle décède en nov. 1965 à Pau, dans  les Pyrénées atlantiques.

De mère cambodgienne et de père français, elle passe la petite enfance dans la maison familiale entourée par la famille de sa mère qui  l’élève dans la tradition bouddhique.

Quand elle atteint l'âge de 7 ans, son père, un administrateur colonial, secrétaire de la résidence supérieure de France,  décide de la mettre en pension pour qu’elle reçoive une éducation catholique. Puis il l’envoie à Pau, dans le sud-ouest de la France, où vivent ses parents. Nelly est élevée par ses grands-parents paternels sans jamais avoir eu l’occasion de retourner au Cambodge ni de pratiquer la langue de ses origines.

De cette période où elle grandit à Pau, on ne sait rien.


Sa vie à Paris


 C’est à Paris qu’elle se lance dans la littérature.

Quand elle a 20 ans, elle s’installe à Paris et publie un recueil de lithographies (1933) intitulé Cambodge où elle relate son attachement pour l’histoire du peuple khmer car dit-elle, ses ancêtres sont khmers.  Cambodge, c’est son enfance plongée dans la culture khmère et bouddhique.

Le chant de paix (1937) est un long poème en trois chants. Ce  livre est son emblème. Elle fait figure du plus grand poète bouddhique de notre temps  car elle restitue la voix du peuple khmer. C’est son deuxième ouvrage où l’auteure aborde le thème de la double culture. Elle livre un itinéraire emprunté par  deux esprits confrontés à son vécu.

 

« Ô Europe, Ô Asie

Tristes sœurs jumelles, où allez-vous ? »


Ces deux ouvrages sont salués par la presse et les écrivains  de son temps comme Paul Claudel, Léopold Sedar Senghor en font un hommage élogieux.

 

L’écriture de Makhali Phâl


Son pseudonyme renvoie au bruit que fait la charrue de la déesse Kali de la mythologie hindoue. C’est sous le pseudonyme de Makhali Phâl qu’elle publie dès lors ses romans.

En 1942, « La favorite de 10 ans  ou la jeune concubine » fait parler d’elle. C’est la narration de la rencontre entre deux cultures. Les thèmes de l’héritage culturel, de la patrie, de la civilisation y sont abordés avec inquiétude.

C’est cette démarche qui  place l’auteur aux abords d’une pensée où elle relève les dangers du  métissage. Son univers s’impose dans une quête incessante de l’être trempé dans deux cultures et qui  voit les deux rives d’un lac comme la terre d’un exil.

Son écriture essaie de rendre les sonorités des gongs, les répétitions d’un rythme psalmodique, l’acharnement à retrouver les intonations de la langue maternelle qu’elle conserve dans son souvenir comme celle de la voix de sa mère.

D’elle, ou de son enfance, on ne sait rien. Ce sont ses livres qui en livrent quelques parcelles :


En 1944, c’est Narayana ou celui qui se meut sur les eaux.  L’ouvrage reçoit le prix Lange de l’Académie française.


Puis viennent Le festin des vautours (1946), Le roi d’Angkor(1952), Mémoires de Cléopâtre (1956 ), L’Asie en flammes (1965 ).


Elle décède en 1965. « L’égyptien et moi » et « Cléopâtre » , ses deux derniers livres sont publiés à titre posthume en 1979.


Ses romans témoignent d’une connaissance profonde de la civilisation khmère. Son écriture sensuelle, musicale et mystique la place dans le mouvement littéraire symboliste de son époque.

Education bouddhiste, éducation catholique, deux esprits qui se rejoignent dans sa thématique. Son œuvre révèle la rencontre de deux cultures.  Les énergies de l’une et de l’autre, les intimes émotions soulevées par les inévitables questionnements de deux subconscients ont donné à tout un peuple déraciné d’y voir ses propres reflets.  

 Si le succès initial a permis de visiter l’écriture de Makhali Phâl, les années passant, la curiosité s’émousse. Ses derniers livres n’ont été publiés qu’à titre posthume.


 La civilisation khmère


 Khmer veut dire cambodgien, descendant de l’empire Angkor  c'est-à-dire du Cambodge impérial. Makhali s’épanche sur un pan de son histoire qu’elle a  à peine connue, un pays si vite quitté, jamais retrouvé mais jamais renié.

 Elle développe les images qui stigmatisent la culture khmère, celle des temples, des rituels, de la gestuelle d’une musique ancienne pour théâtre et ballet. Les arts visuels et artisanaux transmettent un vécu et c’est ce vécu qui est fixé dans son ADN  mental, un génome qu’elle ne peut extraire.

C’est ce qui explique qu’elle ne peut en réchapper, elle est née khmer par sa mère  et cette fibre, la voix de la mère par delà les distances  ne cesse de la hanter.

Car on ne sait rien  d’elle  et les mots qu’elle grave deviennent précieux, c’est eux qui la connaissent le mieux.

Cambodge signifie pays issu de l’union de Kambu, un prince indien avec une princesse indigène Mera. Khmer vient de Kambu et Mera – Kh-Mer.

Les khmers et les cambodgiens sont un même et unique peuple. Si khmer indique les origines, Cambodge cristallise l’état et l’origine.

 Les termes dérivés au sens impropre faits sur les attributions de couleur du mot « khmer » et des significations qui leur sont accolées, sont des fautes de compréhension et meurtrissent en  désolant souvent la communauté khmer cambodgienne issue de la diaspora.

« Mon cœur tranquille glorifie mon peuple. Moi, fille de khmers, Je bondis comme un gaur hautain et libre à la tête de son troupeau, Comme un grand gaur royal qui a entendu, sous les lianes de la jungle, l'appel du Bouddha, Et qui s'offre à lui avec toute sa harde. Je repousse les morts Et je chante aujourd'hui les vivants Parce qu'ils sont devenus aussi grands que les morts, Je chante aujourd'hui la Vie.
Un peuple qui n'a pour armée Que sa Pensée et sa Foi ! Oui, c'est un peuple qui n'est en vérité qu'une âme. Un tout petit peuple très pauvre et très doux, La pauvreté même et la douceur sur Terre, Un petit peuple généreux et confiant, Blessé, à travers les siècles, par les yeux obliques de ses voisins, En vérité, un petit peuple très simple et très humble. » [Le  chant de la paix, 1937 – Makhali Phâl ]

© Le figaro.fr- Angkor

 Ginette Flora

 Février 2026

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