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La page du mélomane XXXI - Samvel Yervinyan ou la caravane d’ombres


© visit Erevan.com samvel yervinyan


On ne dira pas encore qui il est, on écoute sa confession. Les barrières tombent, la musique nous mène ailleurs. Sur le visage de l’homme, se précipite un langage, les phrases trébuchent sur les sillons marqués par les vécus intraduisibles, les cordes vibrent et se les approprient.

C’est l’archet qui recompose les épisodes de la confession, prononce les vœux qui délivrent, nourrissent  la faim et la soif de celui qui s’est enfermé.

Le cœur déborde dès les premiers frottements. Le visage se détend et se penche sur le bois qui recueille le minéral et le vital, le végétal et le récital, tout ce qui est enfoui.  C’est  une cascade qui ne peut plus se retenir, retombe en dévalant sur les terres que les doigts retrouvent sans se contenir. Le visage s’est affaissé sur la vaste profondeur du temps retrouvé.    

Les mâchoires se crispent, c’est maintenant le violon qui tient le visage entre ses cordes. La dernière vibration de la confession va-t-elle se livrer à l’archet qui devient le confident, le voleur du vent, l’appel d’un ami qui a fui, le sacrement qui unit l’homme à l’étoile ?




Samvel Yervinyan est né le 25 janvier 1966 à Erevan, la capitale de l’Arménie. Il est violoniste et compositeur. Il est issu d’une famille de violonistes et de musiciens. Père et grand-père ont laissé en lui des marques indélébiles. Il commence ses études de musique à l’école de musique puis les poursuit au Conservatoire de musique. Chaque jalon qu’il pose dans son parcours est couronné de prix, de diplômes, de distinctions. Ses professeurs voient en lui un brillant musicien et l’encourage à continuer. Samvel Yervinyan passe un doctorat de musique classique en interprétant aux examens les grands classiques, Bach, Mozart, Paganini  et les mélodies tziganes de Pablo de Sarasate, un violoniste espagnol.

Quand il joue le Storm ( Tempête) de Vivaldi, on est sidéré. C’est un virtuose. Vivaldi ne disparaît pas, Vivaldi semble surgir tant on est emporté par la vivacité, l’impétuosité de l’interprétation. Vivaldi n’est pas tombé dans les ravins du temps. Y-a-t-il une mort ? L’homme se joue de ce temps brisé net par l’âge ou le destin. L’homme poète ou l’homme musicien pénètre le temps et le revitalise. Vivaldi est-il revenu ? Tous les instruments à cordes réussissent à exprimer la tornade émotionnelle.   


Storm de Vivaldi




My Yerevan

© peinture de Raff Boyadjian, artiste arménien

 

A partir de son nom Yervinyan et de sa terre natale Erevan, il se compose un néologisme pour situer sa musique, son  inspiration, ses racines. C’est My Yerevan.   

Il se produit dès lors à nombre de concerts dans toutes les salles internationales. Ses tournées mondiales font de lui le chantre de la nostalgie, le yérevan, l’étranger où la part du rêve n’y est pas bannie.

Le violon semble dire : Ecoute-moi, écoute-moi encore. C’est aussi fort que si le cœur débordait.  

D’où viennent les faïences ruisselantes, de quelles falaises s’effondrent-elles ? L’homme gravit les émotions. Souviens-toi du Dle Yaman quand les monts Arafat ouvrent leur blancheur et font miroiter les rayons d’un astre. L’homme s’affaire sur son archet, les doigts de Yervinyan ont une vibrante ardeur sur les cordes comme si le langage musical gisait  déjà dans nos âmes et qu’il fallait juste le découvrir.


My yerevan




L’homme y parle de son rêve, il ferme les yeux. Il dit tout ce que l’on transporte, tout ce qui nous encombre  et tout ce qui nous tourmente. C’est ce que le violon ramène avec la gravité qui touche les glaciers. Juste une fois, laissons-nous dire que ce langage nous réconcilie avec ce que nous croyons de bonté, avec ce que nous versons d’amour dans le sidérant voyage de la mélancolie.

La main sur l’archet, la main sur le corps du violon, durant un instant tout se fige,  où trouver semblable sensualité ? Celle qui touche sans mourir, celle qui sait sans se trahir.

Toutes les cascades se fracassent dans les gouffres. L’homme ne peut oublier qu’il vient d’une terre, l’unique, qui paraît être la même pour tous et qui pourtant résonne pour un seul être.

Porter l’Arménie, jouer son vibrato, entendre sa voix, c’est écouter le concert du cœur. Tout est dans le visage de l’homme qui s’attache à son violon. Des déserts, des solitudes,  les cordes du violon s’en emparent. Lui aussi a besoin de sable, d’eau et du vent qui gémit. Car l’homme joue le gémissement quand ses doigts sont capturés par les abîmes des cordes.


Nostalgie



 L’étranger


 Dans le répertoire de Yervinyan, la pièce l’étranger a une place particulière. Elle a  une résonance mystique. Le sujet est inspiré d’un poème épique du poète syrien Abou Al Alaa Al Maari  de l’époque médiévale. (973-1057) qui a de la vie une vision pessimiste. Ses poèmes philosophiques sont nourris d’une grande tristesse.

Le poète arménien Avetik Issahakian (1875-1957) s’est inspiré de lui et a écrit un ouvrage sur le poète syrien, devenant un peu son ambassadeur.   

Yervinyan  violonise le thème qui est abordé en laissant son inspiration se rendre dans les dunes, là où serpentent les caravanes  d’ombres.

 

 Le monde est une caravane d’ombres.

Ce que nous aimons passe

Ce que nous bâtissons s’écroule 

Seule la vérité, amère et éternelle, marche à mes côtés

Comme un ami fidèle.

( poème dont s'est inspiré Yervinyan pour composer l’étranger )


l’étranger



 Ginette Flora

 Janvier 2026




2 commentaires


Nicole Loth
Nicole Loth
il y a 7 heures

Superbe découverte Ginette avec le son du violon de Yervinyan qui nous emportes.

Comme sa composition de l'étranger. De la douceur en ces temps de grands fracas !

Merci ma douce amie pour tes partages toujours très culturels. J'adore !

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Ginette Flora Amouma
Ginette Flora Amouma
il y a 6 heures
En réponse à

Ces échanges que nous faisons dans le salon au son de la musique, en admirant les peintures, en lisant des poésies et des récits, oui j'adore ce que nous devenons et ce que grâce à vous, devient le salon toujours dans la recherche du beau et de la découverte.

Merci ma chère Nicole.

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