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La page du mélomane XXVII- Le dies irae du Requiem de Giuseppe Verdi

Dernière mise à jour : 29 déc. 2025

© university musical society.org- Verdi


Le requiem de Verdi est  une composition  connue sous le nom de Messa da requiem. 

Giuseppe Verdi est un compositeur Italien. Il est né en 1813 à Rencole et il est mort en 1901 à Milan. Vers la fin de sa vie, Verdi compose en 1874 la messe du requiem en mémoire de son ami, l’homme de lettres italien Alessandro Manzoni, mort au combat  dans la bataille du Risorgimento, engagé pour l’unification de l’Italie.

Le requiem de Verdi se présente comme une messe de requiem qui reprend la structure de la messe pour les défunts, célébrée dans le rite chrétien lors des funérailles.

C’est une prière adressée aux âmes des défunts. Il dure 90 minutes et se déroule  différemment selon des rites particuliers à différentes confessions, propres à l’église anglicane  et à l’église  orthodoxe.

La messe des défunts dans les textes catholiques ne comporte ni l’incipit ni le credo  ni le gloria ni l’Alléluia.

Le déroulement d’une messe liturgique ayant subi plusieurs changements, on ne reprend plus l’incipit où sont prononcés les mots suivants :


 "Donne-leur le repos éternel, Seigneur, et que la lumière éternelle les illumine ! »


Le requiem comprend deux parties, la première partie introduisant le Kyrie suivi d’une séquence  de  9 numéros dont le premier est le dies irae. La deuxième partie du requiem est composée d’un Offertoire, d’un Sanctus, d’un Agnus dei, de la Communion et du Libéra me.

Le requiem est déjà considéré comme un terrible opéra sonore grondant de toutes ses percussions. Le requiem utilise des tonalités puissantes et des tonalités plus apaisées et confiantes. Le contraste entre les sonorités furieuses et apocalyptiques avec d’autres tonalités plus ondoyantes fait l’originalité de cet opéra aux accents religieux. Fortement ancré dans le texte biblique, il en porte les graines de démesure, de la volonté,  de la puissance, de l’intention marquée  d’exister dans un fort contexte de mort.


 Le dies irae





Le dies irae se situe au début de la première partie dans la séquence Dies irae  qui comprend une dizaine de mouvements appelés numéros.

Les chefs d’orchestre, de Léonard Bernstein à Nézet-Seguin, Claudio Abbado et Von Karajan en passant par bien d’autres, ont rendu plus spectaculaire cette partition musicale.  Ils se sont tous livrés à une gestuelle  fantasmagorique, effrénée, ils ont lancé la déflagration et comme elle ne comporte aucune introduction, elle nous saisit sur le vif. La peur, la crainte, l‘effroi éclatent, portés par tous les instruments de l’orchestre. Les timbales, les bois, les vents entrent  furieusement, accompagnés par un chœur qui met en garde contre cette colère divine et le public galvanisé a pu  mesurer combien la pièce peut contenir de fureur et de rage.  C’est la quintessence d’une voix exaltée, tonitruante que Verdi compose et jamais après lui aucun autre compositeur n’a pu retenir cette puissance musicale ni laisser à chaque fois que Le jour de colère, le dies irae est écouté,  le même impact sur l’esprit.

L’entrée en matière est violente, infernale, ne laisse pas de place à l’hésitation, l’effet de surprise et de sidération reste entier. Les coups frappés sur les timbales sont autant de coups de feu jusqu’à ce que les voix s’éteignent, les corps se relâchent. C’est le calme avant la tempête.  Puis les trompettes résonnent pour annoncer le jugement dernier et la crainte reprend possession des esprits. 

C’est un chant grégorien mis en forme au XIIème siècle, aucun mot n’a été ôté ni déplacé. L’écriture musicale est attribuée à un frère franciscain du XIIIème siècle, frère Thomas de Celano (1200-1260). Le texte de Celano serait lui-même inspiré d’un texte plus ancien. C’est ensuite que ce texte appelé séquence c’est à dire prose a été intégré à la messe des funérailles.

La composition musicale de Giuseppe Verdi offre une dimension magistrale qui ne se répétera pas après Verdi.

Mozart,  Verdi, Dvorak en ont fait une compostions musicale, strictu sensu, sans rien modifier du texte initial, en latin, qui est centré sur le thème de la colère de dieu, de son jugement. Il insuffle la crainte, les paroles sont éclairantes :


Jour de colère, jour fameux,

Qui réduira le monde en cendres

Selon les oracles de David et de la Sibylle

Quelle terreur s’emparera  de nous

Quand le juge viendra pour délivrer

Son impitoyable sentence.


C’est la partie la plus dramatique du requiem dominé par le célèbre motif des quatre accords en sol mineur fortissimo avec l’intervention du chœur qui accentue la déclamation d’une fin de monde  annoncée.  




Le dies irae est porté par deux thèmes : celui de la mort présentée comme une finalité à craindre  car un jugement ne fera entrer que les justes dans le royaume divin. Le thème est effrayant,  la musique de Verdi par le travail de tous les instruments de l’orchestre en fait vivre le paroxysme par un passage monumental de  ce que peut signifier  la fin du monde.

L’autre thème est celui du doute et de la faiblesse des humains :


«  Quelle protection vais-je implorer quand le juste est à peine sûr ? C’est pour  moi que tu es venu, ne me perds pas en ce jour-là. »


Ce second thème sera davantage étudié par ceux qui préféreront s’éloigner de la sentence biblique pour s’approcher de la  clémence de Jésus et de son message de paix et de pardon  comme Gabriel Fauré qui reprend le dies irae dans son requiem et ne retient pas l’idée de la crainte.

 Mais la mort rôde.


Le dies irae de nos jours


Le dies irae dans sa  version actuelle date du XIIIème siècle. Il a été chanté pendant des siècles dans la messe du requiem.

De nos jours, elle n’est pas obligatoire depuis sa refonte suite au Concile Vatican II en 1969 où la séquence du dies irae disparaît car l’église souhaite s’éloigner des textes qui suscitent l’effroi en mettant davantage l’accent sur  le message chrétien qui repose sur la foi, l’espoir et l’existence d’un autre monde.

Petit à petit, le dies irae se libère des connotations religieuses, ce qui laisse le champ libre à la culture populaire de parler de la mort sans s’appuyer sur des textes anciens.


Si Jozef Haydn, le compositeur autrichien ( la fin 18ème siècle) évoque la mort, ce sont  les compositeurs  de la période romantique qui s’emparent du propos, ce sont pratiquement leurs atours, leur thème de prédilection. De Franz Liszt à Saint-Saëns, de Moussorgski à Mahler, les danses macabres font leur apparition.

Au 20ème siècle, Rachmaninov ( L’île des morts ) et Stravinski « Cantique » s’y intéressent.

Eugène Ysaye compose sa sonate pour violon seul n°2 - Obsession.

 Dans le domaine de la chanson, Jacques Brel invite le thème « La mort » dans ses chansons ainsi que  Hubert-Félix Thiefaine dans sa chanson 22 mai. 

Le cinéma s’en empare, les arts nouveaux comme les documentaires, les  jeux vidéos.


Le  dies irae est l’héritage d’une culture qui s’est interrogée sur le devenir humain.

C’est une communication qui s’est engagée entre Dieu et l’homme et qui perdure autrement sans que jamais ne cesse le langage qui lui est propre.

Les arts font toujours référence au dies irae pour peu qu’on en reconnaisse les accords. Quelques notes, il suffit de quelques notes du dies irae pour que l’esprit et la conscience  se rendent compte que le thème de la mort est intemporel. 

Ginette Flora

Décembre 2025        

2 commentaires


Nicole Loth
Nicole Loth
18 déc. 2025

J'aime beaucoup ce requiem de Guiseppe Verdi, les voix nous emportes vers des sommets.

Merci pour ce superbe partage très chère Ginette. Belle soirée.

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Avec les fêtes qui viennent, c'est bien de réécouter les oratorios, les concertos sacrés et autres chants d'espoir et de paix .

Le genre sacré convient à ce moment simple et recueilli qui s'approche.

Belle soirée à toi, Nicole .

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