La page du mélomane XXIX- "Concerto pour la nuit de Noël "d'Arcangelo Corelli
- Ginette Flora Amouma

- 22 déc. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 29 déc. 2025


Arcangelo Corelli est un compositeur italien (né en 1653 à Fusignano et mort en 1713 à Rome). C’est un compositeur violoniste et chef d’orchestre de la période baroque.
Il s’est appliqué à composer des sonates et des concertos et des sonates en trio. Ce sont les trois genres qui dominent dans son répertoire.
Son concerto grosso pour la nuit de Noël, particulièrement connu pour les derniers mouvements de la finale, l’allegro et la pastorale ad libitum évoque l’adoration des bergers dans un cadre bucolique où la nature avec les accroches de son petit peuple, admirablement traduits par les violons, offre une écoute prégnante et recueillie. Ce passage a été plusieurs fois arrangé, repris et redécouvert par les musiciens des décennies suivantes.
Encore une fois, le baroque n’a pas fini de nous surprendre.
Corelli jouissait d’une grande réputation de son vivant pour l’aura qu’il exerça sur ses contemporains. Il était un exemple à suivre. J.S. Bach s’est inspiré de lui pour écrire ses concertos brandebourgeois.
Si Corelli excellait au violon, il ne cherchait pas à en être un virtuose. Il composait ses pièces avec minutie et se spécialisait dans le genre du concerto grosso.
Il est représentatif du style baroque italien où l’ornementation ( l’art d’amplifier la ligne mélodique ) tient une grande place. C’est un style dynamique, allègre qui alterne avec des tonalités plus lentes et plus intimistes. De ce fait, des biographes constatent que Corelli est l’initiateur d’une technique moderne du violon.
Il est nommé violoniste en l’église St Louis des français à Rome où il réside le plus souvent. Il est ensuite nommé maître de musique. De puissants mécènes qui lui vouent une admiration sincère lui commandent des pièces musicales dont le Concerto grosso pour la nuit de Noël. Il compose essentiellement pour le violon et pour un orchestre à cordes.
Sous leur égide, il mène une vie rangée, son seul souci étant de perfectionner sa technicité instrumentale. Bach et Couperin s’inspirent de lui.
Il est le père du concerto grosso, développant un genre peu usité et qui obtiendra la faveur des plus grands musiciens.
Les concertos sont souvent accompagnés d'un mouvement final qui rappelle les airs joués par les bergers avec leurs flûtes et leurs cornemuses.
C'est en souvenir de ces pâtres de Bethleem que les bergers faisaient de la musique et chantaient en descendant les rues des villes d'Italie. Les compositeurs de la période baroque composaient des pastorales pour leur rendre hommage. La mélodie est particulière, propre à cette musique qui suit le rythme berçant de la mélodie sicilienne.
Le concerto grosso pour la nuit de Noël
C’est un concerto qui rassemble 3 solistes et un orchestre de 2 violons, un alto, un violoncelle et une basse continue, qui dialoguent avec un orchestre à cordes dont l’effectif varie et a pour but de renforcer les interventions des trois solistes. Il a été composé en 1690. C’est l’œuvre la plus célèbre du compositeur.
Video : https://youtu.be/y6p9_cqR_Yg
C’est un concerto composé de six mouvements. Des mouvements brefs alternent avec des passages virtuoses, un adagio apporte une liaison dans le clair obscur de l’œuvre.
Le concerto laisse la musique parler du mystère de Noël. Dans l’étable sombre, il y a une lueur qui s’est arrêtée sur les visages. On entend le chant des anges et une pastorale paisible rappelle l’adoration des bergers venus voir la naissance de l’enfant.
Le dernier mouvement Allegro exprime la joie éprouvée à la vue de l’enfant. Dénuement mais richesse d’une présence incarnée. La pastorale renforce le sentiment éprouvé. Elle évoque un hymne à la nature, à son âme bucolique, à ses bienfaits champêtres.
Etude du concerto grosso de Corelli
Pour profiter de ce Concerto Grosso, il faut comprendre le cheminement de la narration qui nous est contée à travers la musique. Corelli nous présente trois tableaux du mystère de Noël.
Lisons d'abord le conte qui fait apparaître les différentes scènes puis écoutons le concerto après avoir assimilé les trois tableaux qui se déroulent sous les notes :
1er tableau :
Les bergers sont dans leur champ et un ange leur apparaît.
Ce sont les mouvements "vivace et grave "
L'ange apparaît aux bergers et leur dit qu'un enfant est né.
Ensuite, c'est le tempo allegro qui s'installe car les bergers, impatients et pressés d'arriver, se rendent à la crèche, le coeur rempli d'une sidération peu commune.
C'est un allegro de violoncelle qui marque la joie.
2ème tableau :
La crèche nous est montrée sans les bergers et les anges, la crèche, c'est à dire la pièce où se vit le moment intime. L'enfant avec ses parents, seuls devant l'évènement: un adagio lent et pénétrant s'amorce car ils contemplent émerveillés l'accomplissement d'un évènement annoncé et cela les plonge dans un silence solitaire et silencieux.
Devant la grandeur de l'évènement, l'adagio reprend ses droits en distillant l'adoration saisie des bergers qui arrivent puis c'est un allegro car les pasteurs et les pâtres sont les premiers adorateurs de l'enfant.
3ème tableau :
Les anges et les chœurs du ciel entonnent leur allégresse.
Mouvement vivace : c'est la ronde des anges au-dessus de la crèche ( " Le peintre Fra Angelico le représente dans un de ses tableaux " )
Le tempo allegro est la scène des anges et des bergers invitant les fidèles à la joie :
"Les anges dans nos campagnes ont entonné l'hymne des cieux "
La pastorale, c'est le bercement amoureux du divin enfant, c'est la révélation d'un mystère qui apparaît dans la nuit d'où la délicatesse de la musique finale :
" Tout est harmonie , pureté ... les parties sont si clairement disposées que la critique ne peut y entrer... L'effet est total, donné par un grand orchestre "
apprécie l'historien de la musique, Charles Burney.
Trois cents ans de musique nous séparent de Corelli.
Ce concerto nous invite à retrouver l'émotion qu'a suscitée cette musique quand elle a été interprétée pour la première fois. C'est une œuvre de l'époque baroque, une œuvre qui a conservé toute son étrange grâce.
C'est le mystère de Noël en musique.
Ce concerto fait partie d'une tradition. L'écouter, c'est aussi aimer passer Noël en découvrant ce divin morceau, le comprendre après en avoir lu les explicatifs, le réécouter, le raconter et l'imaginer car elle nous livre l'autre veillée de Noël, la dernière.
© l'abbé Guy Castelain FSSPX " Le concerto pour la nuit de Noël d'Arcangelo Corelli, extrait de la revue "le sel de la terre n°87, hiver 2013- 2014"
Le concerto grosso influence toute la musique européenne du 18ème siècle, Vivaldi et Haendel eux aussi deviennent des références pour la musique classique.
La musique baroque, c’est un peu les sources que l’on remonte pour s’immerger dans les premiers balbutiements.
Et cette pastorale si douce, si humble est un regard sur l’humanité.

© www. rts ch - musique classique de noel
Ginette Flora
Décembre 2025



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