La page du mélomane XXVI - "Vissi d'arte" , La Tosca de Puccini
- Ginette Flora Amouma

- 14 déc. 2025
- 4 min de lecture

Giacomo Puccini est un compositeur italien, né en 1858 à Lucques en Toscane et mort en 1924 à Bruxelles.
Il s’est attaché à rendre expressive la force émotive de la femme dans ses épanchements sentimentaux comme dans la puissance de sa détresse morale. A l’opéra, musique et écriture lyrique se confondent pour restituer un climat soutenu où le lyrisme du cœur éclate, où choisir d’être, dépasse les codes de l’éthique.
Puccini, fort de son attachement au mouvement vériste de son époque, qui consiste à s’approcher le plus près possible de la démonstration réaliste des sentiments, donne dans l’aria "Vissi d'arte" de l’Acte II de la Tosca, un exemple de sa connaissance des déchirements de l’âme féminine.

© PBS.org- la Tosca de Puccini
La Tosca
L’opéra en 3 actes a été créé en 1900 et représenté au théâtre Costenzi de Rome. Il s’inspire de la pièce d’un dramaturge français Victorien Sardou.
L’histoire débute dans un contexte politique. Rome jusqu’alors sous domination française, s’est vue reprise par le roi de Naples, aidé par les anglais. Une police secrète avec à sa tête le commissaire Scarpia, est chargée de faire la chasse aux conspirateurs et autres dissidents. Scarpia est un baron dénué de scrupules qui convoite Floria dite La Tosca, une cantatrice qui aime Mario Cavaradossi, un peintre resté en contact avec les anciens dirigeants de Rome dont l’ancien consul de la république romaine.
La Tosca se trouve au centre d’un nœud d’intrigues politiques et prise dans les affres d’un amour sincère qu’elle voue à Mario le peintre qu’elle ne peut voir que dans la pénombre d’une église où l’œil impassible d’un dieu qui observe l’humanité jette un autre sujet de méditation sur l’aria « vissi d’arte » qui se déploie comme une prière. Puccini y est sensible, c’est une des interrogations qui pèse sur ses compositions.
Mario accepte d’aider le consul à fuir Rome mais Scarpia use de tout un stratagème pour faire croire à la Tosca que Mario la trompe mais si Floria tient bon, elle ne peut supporter les cris de Mario qui est presque torturé sous ses yeux puis condamné à être exécuté. Scarpia lui propose un marché : il gracie Mario si elle accepte de passer une nuit en sa compagnie.
L’Acte 2
L’aria « Vissi d’arte » se situe à ce moment charnière où l’être humain est condamné à prendre une décision, à trouver une brèche par où s’enfuir.
Floria s’accorde un moment d’absolue révolte devant l’injustice de sa situation. C’est une scène que les sopranos interprètent selon les usages de l’époque. Il était coutumier de voir la soprano pliée au sol, presque couchée pour conjurer le sort et implorer la justice divine. Par la suite, les sopranos préfèrent rester assises ou appuyées à un élément du décor. Maria Callas chante debout, les mains jointes et levées vers une hypothétique grâce transcendante.
La concupiscence de Scarpia révulse Floria qui, acculée, choisit de commettre un crime en tuant Scarpia pour éviter de tomber dans un crime plus avilissant, celui de trahir Mario. Elle a eu le temps d’obtenir de Scarpia une ordonnance de libération du prisonnier et un sauf- conduit permettant aux deux jeunes gens de s’enfuir et de quitter Rome.
L’Acte 3 sur les remparts du château Saint -Ange est un morceau d’anthologie.
Mario chante la douloureuse aria « E lucevan le stelle » « où il évoque les moments passés avec Floria.
Les deux jeunes gens se retrouvent lorsque Floria vient le mettre au courant des événements à venir, de la grâce obtenue pour lui et le rôle qu’il devra jouer mais au moment de l’exécution, les balles ne sont pas chargées à blanc et Mario s’effondre. Floria découvre la trahison de Scarpia et se jette du haut des remparts du château quand la police vient l’arrêter pour meurtre sur Scarpia.
Toute l’intrigue est étroitement liée aux intérêts politiques, à l’assouvissement de pulsions hideuses, aux convoitises et aux trahisons dans lesquels les personnages sont entraînés et tout le drame résulte de l’instant où ils décident eux-mêmes comment y mettre fin.
L’aria « Vissi d’art » de l’Acte 2 est un cran d’arrêt, le moment figé où l’action prend des accents existentiels.
J'ai vécu d'art, j'ai vécu d'amour,
Je n'ai jamais fait de mal à âme qui vive !
Par une main cachée, j'ai soulagé
Toutes les misères que j'ai rencontrées.
Toujours avec une foi sincère
Ma prière est allée vers le saint tabernacle.
Toujours avec une foi sincère
J’ai offert des fleurs à l'autel.
En ce temps de douleur pourquoi, pourquoi
Seigneur, pourquoi m'en récompenses-tu ainsi ?
J'ai offert des joyaux pour le manteau de la Madone,
Et offert mon chant aux étoiles, au ciel,
Qui en resplendissaient, encore plus beaux.
En ce temps de douleur pourquoi, pourquoi
Seigneur, ah, pourquoi m'en récompenses-tu ainsi ?
(Vissi d'arte - Acte 2 - La Tosca de Puccini )
On se demande souvent en quoi consiste le genre opératique. C’est le lieu où en libérant les émotions par le chant, le questionnement de l’univers semble être porté par un ostensoir élevé à l’immensité silencieuse.
Puccini laisse pour cela une voix féminine s’exprimer avec cette détresse qui confine à la ligne mélodique empruntée à la prière, à l’incantation, à la psalmodie.
En cela, il rejoint l’universel.
Ginette Flora
Décembre 2025



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