La page de Marcel Faure - Septembre 2026

Il faut écrire
Il faut écrire dans la fatigue de la nuit qui pèse, et que l’on envoie promener d’un mot, léger
Il faut écrire dans l’angoisse d’un jour qui tombe, avec un crépuscule que l’on soulève doucement, pour raviver l’horizon
Il faut écrire il faut écrire quand l’aube flirte avec le chant d’une mésange, pour se frotter au jour qui vient.
Il faut écrire il faut écrire au jour le jour des fadaises ou des mots d’amour, pour s’assurer d’être vivant.
Il faut écrire sans posture, tout nu à faire le guet, pour se souvenir de la mer, des marins, ou d’un pétale de rose.
Il faut écrire pour tous et pour personne, un peu pour soi aussi, puis s’effacer pour faire place aux possibles.
**

Minneapolis
Centre-ville vertical
Rien n’est laissé aux arbres
Des vitrines crachent en continu
Leurs couleurs criardes
Des pubs carnivores
Dévorent un burger
Un crieur s’égosille
À vendre du papier
Tout est immense
S’engouffrer dans ce lieu
C’est perdre ses racines
Des hommes armoires-à-glace
Surveillent les passants
Et comme tout est jeu
Si vous êtes noir
Ou seulement légèrement basané
Vous perdrez des points
Voir plus
Si la chance n’est pas avec vous
Et parfois il y a ce miracle
Qui rassemble une foule
Pour vous sauver
**
Devant leur télé
Ils croient
Ils communient à la bière
Dieux est rond et les cages carrées
Des anges virevoltants
Courent comme des enfants
Après un ballon
Le gardien du paradis
Saute esquive plonge
Sa chanson de gestes
Ordonne organise
Et parfois désespère
Aujourd’hui ses mains sont percées
Trois fois crucifié
Visages sur un album
Les héros ont vieilli
Les sportifs en chambre
Ont pris de la bedaine
Leur femme aux commandes
Ils font profil bas
Finis les plateaux télé
**
Je vais souvent comme ça
D’un poème à l’autre
Des portes s’ouvrent
Des jours se lèvent
Parfois tout est flou
Parfois la lumière est si pure
Que l’aube brille comme un diamant
Ma richesse s’éclaire
D’un brin d’herbe
D’un ciel immense
À marcher dans les songes
L’enfance n’est jamais loin
Un champ de fleurs
Un ballon rouge
Un doudou éculé
Des bisous à la pelle
La douce odeur de maman
Silhouettes qui reprennent vie
La soupe sur un coin de trottoir
Une partie de billes
À chacun son panthéon
Un nounours une poupée
Une dinette un minuscule miroir
Reflets de l’insouciance
Même la misère était belle
À faire briller ses chaussures
Le dimanche avant la messe
Et puis ne restent que les mots
Mais chacun cache un soleil
**
Décombres
Terrain vague éclectique
Sous le bleu électrique
Des villes se perdent
Entre des ecchymoses
Architectures effondrées
Ferrailles tendues de rouille
Fenêtres aux yeux vides
Où le ciel se brise
Élan vers la lumière
Des herbes résistantes
Coup de poing de la vie
Réclament le soleil
Le vert montre son nez
Déchire le béton
Salive déjà jusqu’aux racines
En quête de chlorophylle
Il faut montrer sa tige
Offrir ses feuilles tendres
Épanouir ses fleurs
Pour faire la nique aux hommes
**
Mosaïque du vivant
Secouée trop fort
Rien de bon
À mi-chemin des déserts
Des sabliers s’inversent
Des songes se remplissent
Doucement le monde
Je vous parle de soleil
Et de douceur printanière
Mes incantations minuscules
Se perdent dans la fureur
Mon JE n’est pas atomique
Rien de bon
Mais les vagues d’amour
Font les grandes rivières
Intensité de l’instant
Où revient la colombe
Après le déluge

Quand on marche
Ce qui avance
Ce n’est pas le paysage
Et ce qui reste
C’est un peu de soi
Ce qui prend la pluie
Sois bien sûr
Il faut bien tremper
Pour s’attendrir
Ce qui arrive
Avec plein de courbatures
Dans un nouveau présent
Un soi tout neuf
Qui prend la place
Que l’on croyait perdue
Et nous voilà
Prêts à fondre
Avec tout ce qu’on avait en nous
Offert sans condition
Pour le meilleur de la vie
Nos jambes ont repris le pouvoir
Pour faire battre le cœur
Un peu plus vite.
**
Le ciel répare une lune émoussée
Et toi mon âme qui te répare
Quand tes pensées dérapent
Vers des contrées perdues
L’enchantement d’un poème
Éclaire ce mur aveugle
Où mes yeux se cognent
J’ai des bleus indélébiles
L’essentiel pourtant
C’est ton sourire joyeux
Ce pont guilleret
Entre nos vies
Et puis tu passes
J’accroche un autre regard
Qui parle autrement
Je m’évade
Où sont-ils ces orages
Je les croyais mauvais
Mais cette pluie qui danse
A l’odeur du printemps
Mes bleus ont des reflets d’azur
Mon âme cicatrice
S’abandonne à l’oubli
Au soleil des jonquilles
**
Sève au bout des doigts
J’ai le printemps brûlant
Repentir d’hiver
Mon nez coule à flots
Et le premier pollen
Entretient mes narines
Un soleil versatile
Bouscule mes jambes
J’irai éternuer
Sous les premiers bourgeons
Ma peau adolescente
Sera à l’unisson
Danse mon corps danse
En souvenir de tes vingt ans
Fraction de seconde
À la croisée de l’inconscient
Naviguer à l’aveugle
L’eau matricielle
Entre les pages du vide
L’énergie sidérale
Le bonheur libéré
Roule pour tout le monde
Compter les cris de joie
La carte des possibles
Déambule en riant
Inversant les courants
Né du jour
Me voilà sur le ring
À esquiver les guerres
Je sèche mes ailes
Il y a tant d’îles à vivre
Tant d’amours à combler
Des terres inachevées
Demandent avidement
Des mains pour les pétrir
**
J’accumule les regards les visages
Les sourires les mains tendues
Les jambes qui voyagent
Les gestes qui saluent
Les mots doux les rires
Les paroles qui chantent
Les corps qui dansent
Et dans le dénuement
Qui me tord les entrailles
Ma mémoire se gonfle s’élargit
Ma mémoire si riche de vous

Marcel Faure

Octobre 2026




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