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La page de Marcel Faure - Septembre 2026

il y a 17 heures
4 min de lecture

Il faut écrire

 

Il faut écrire dans la fatigue de la nuit qui pèse, et que l’on envoie promener d’un mot, léger

Il faut écrire dans l’angoisse d’un jour qui tombe, avec un crépuscule que l’on soulève doucement, pour raviver l’horizon

Il faut écrire il faut écrire quand l’aube flirte avec le chant d’une mésange, pour se frotter au jour qui vient.

Il faut écrire il faut écrire au jour le jour des fadaises ou des mots d’amour, pour s’assurer d’être vivant.

Il faut écrire sans posture, tout nu à faire le guet, pour se souvenir de la mer, des marins, ou d’un pétale de rose.

Il faut écrire pour tous et pour personne, un peu pour soi aussi, puis s’effacer pour faire place aux possibles.

 

**


Minneapolis

 

Centre-ville vertical

Rien n’est laissé aux arbres

 

Des vitrines crachent en continu

Leurs couleurs criardes

 

Des pubs carnivores

Dévorent un burger

 

Un crieur s’égosille

À vendre du papier

 

Tout est immense

 

S’engouffrer dans ce lieu

C’est perdre ses racines

 

Des hommes armoires-à-glace

Surveillent les passants

 

Et comme tout est jeu

Si vous êtes noir

Ou seulement légèrement basané

Vous perdrez des points

 

Voir plus

Si la chance n’est pas avec vous

 

Et parfois il y a ce miracle

Qui rassemble une foule

Pour vous sauver

 

**


Devant leur télé

Ils croient

Ils communient à la bière

Dieux est rond et les cages carrées

Des anges virevoltants

Courent comme des enfants

Après un ballon

 

Le gardien du paradis

Saute esquive plonge

Sa chanson de gestes

Ordonne organise

Et parfois désespère

Aujourd’hui ses mains sont percées

Trois fois crucifié

 

Visages sur un album

Les héros ont vieilli

Les sportifs en chambre

Ont pris de la bedaine

Leur femme aux commandes

Ils font profil bas

Finis les plateaux télé

 

**


Je vais souvent comme ça

D’un poème à l’autre

Des portes s’ouvrent

Des jours se lèvent

Parfois tout est flou

Parfois la lumière est si pure

Que l’aube brille comme un diamant

Ma richesse s’éclaire

D’un brin d’herbe

D’un ciel immense

 

À marcher dans les songes

L’enfance n’est jamais loin

Un champ de fleurs

Un ballon rouge

Un doudou éculé

Des bisous à la pelle

La douce odeur de maman

Silhouettes qui reprennent vie

La soupe sur un coin de trottoir

Une partie de billes

 

À chacun son panthéon

Un nounours une poupée

Une dinette un minuscule miroir

Reflets de l’insouciance

Même la misère était belle

À faire briller ses chaussures

Le dimanche avant la messe

 

Et puis ne restent que les mots

Mais chacun cache un soleil

 

**


Décombres

 

Terrain vague éclectique

Sous le bleu électrique

Des villes se perdent

Entre des ecchymoses

 

Architectures effondrées

Ferrailles tendues de rouille

Fenêtres aux yeux vides

Où le ciel se brise

 

Élan vers la lumière

Des herbes résistantes

Coup de poing de la vie

Réclament le soleil

 

Le vert montre son nez

Déchire le béton

Salive déjà jusqu’aux racines

En quête de chlorophylle

 

Il faut montrer sa tige

Offrir ses feuilles tendres

Épanouir ses fleurs

Pour faire la nique aux hommes


 **

Mosaïque du vivant

Secouée trop fort

Rien de bon

 

À mi-chemin des déserts

Des sabliers s’inversent

Des songes se remplissent

 

Doucement le monde

Je vous parle de soleil

Et de douceur printanière

 

Mes incantations minuscules

Se perdent dans la fureur

Mon JE n’est pas atomique

 

Rien de bon

Mais les vagues d’amour

Font les grandes rivières

 

Intensité de l’instant

Où revient la colombe

Après le déluge

 


Quand on marche

Ce qui avance

Ce n’est pas le paysage

Et ce qui reste

C’est un peu de soi

 

Ce qui prend la pluie

Sois bien sûr

Il faut bien tremper

Pour s’attendrir

 

Ce qui arrive

Avec plein de courbatures

Dans un nouveau présent

Un soi tout neuf

Qui prend la place

Que l’on croyait perdue

 

Et nous voilà

Prêts à fondre

Avec tout ce qu’on avait en nous

Offert sans condition

Pour le meilleur de la vie

Nos jambes ont repris le pouvoir

Pour faire battre le cœur

Un peu plus vite.

 

**

Le ciel répare une lune émoussée

Et toi mon âme qui te répare

Quand tes pensées dérapent

Vers des contrées perdues

 

L’enchantement d’un poème

Éclaire ce mur aveugle

Où mes yeux se cognent

J’ai des bleus indélébiles

 

L’essentiel pourtant

C’est ton sourire joyeux

Ce pont guilleret

Entre nos vies

 

Et puis tu passes

J’accroche un autre regard

Qui parle autrement

Je m’évade

 

Où sont-ils ces orages

Je les croyais mauvais

Mais cette pluie qui danse

A l’odeur du printemps

 

Mes bleus ont des reflets d’azur

Mon âme cicatrice

S’abandonne à l’oubli

Au soleil des jonquilles

 

**


Sève au bout des doigts

J’ai le printemps brûlant

 

Repentir d’hiver

Mon nez coule à flots

Et le premier pollen

Entretient mes narines

 

Un soleil versatile

Bouscule mes jambes

J’irai éternuer

Sous les premiers bourgeons

Ma peau adolescente

Sera à l’unisson

 

Danse mon corps danse

En souvenir de tes vingt ans

 


Fraction de seconde

À la croisée de l’inconscient

Naviguer à l’aveugle

 

L’eau matricielle

Entre les pages du vide

L’énergie sidérale

 

Le bonheur libéré

Roule pour tout le monde

Compter les cris de joie

 

La carte des possibles

Déambule en riant

Inversant les courants

 

Né du jour

Me voilà sur le ring

À esquiver les guerres

 

Je sèche mes ailes

Il y a tant d’îles à vivre

Tant d’amours à combler

 

Des terres inachevées

Demandent avidement

Des mains pour les pétrir

 

**

 

J’accumule les regards les visages

Les sourires les mains tendues

Les jambes qui voyagent

Les gestes qui saluent

Les mots doux les rires

Les paroles qui chantent

Les corps qui dansent

Et dans le dénuement

Qui me tord les entrailles

Ma mémoire se gonfle s’élargit

Ma mémoire si riche de vous



 

Marcel Faure

Octobre 2026

 

 
 
 

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