La page du mélomane 46 - Le lyrisme de Franz Schubert


Le trio en mi bémol majeur N°2 pour piano et cordes est une sonate pour musique de chambre qui est d’une ampleur unique. Elle dure près de 45 minutes.
C’est le 2ème mouvement du trio, qui dure moins de 10 minutes, qui a beaucoup contribué à le populariser. Même si on ne connaît pas cette œuvre, on l’a entendue tant elle a été reprise, arrangée et diffusée sur les ondes radiophoniques pour devenir une mélodie presque un chant qu’on se surprend à croire qu’il sourd de nos propres entrailles. La traduction expressive de la tristesse malgré des moments d’élévation vers un Eden plus clément, demeure au centre de la composition comme la marche d’un chant funèbre.
Le contexte est édifiant. Schubert a 30 ans, il se sait malade et mourant. Il puise en lui ses dernières forces pour composer cette sonate que le piano scande de façon implacable tandis que les cordes, violon et violoncelle, étirent leurs notes avec une expressivité lyrique bouleversante.
La composition est classique et retenue. Schubert y met un affect personnel venu de sa propre situation d’homme condamné par une maladie incurable et que les violons traduisent avec une sobriété et une profondeur lyrique que les compositeurs romantiques n’auront de cesse d’admirer.
Les formes du lyrisme de Schubert
La musique de Schubert (1797-1828) est la mélodie de l’âme, un chant intérieur. Le compositeur a utilisé ce qu’il avait en mains le piano et les cordes, pour le faire entendre.
Pour cela, il part du lied allemand, un poème traditionnel mis en musique et chanté pour une seule voix. Il en a pris l’intentionnalité pour opérer une seule fusion du texte, la voix et l’accompagnement au piano. Pour atteindre la poésie qui caractérise son propos, celui de la nostalgie, il compose avec une sensibilité qui retient les tympans au bord du vertige.
Cette ouverture de la sonate à un lyrisme total permet dès lors l’arrivée du romantisme et de ses compositeurs au lyrisme intimiste comme Schumann et Brahms.
Schubert fait une refonte des codes classiques qu’il secoue pour apporter une autre respiration combinée à une note de sauvagerie, ce soupçon d’intimité qui est comme un aveu de profonde conviction que la spontanéité atteint plus immédiatement l’humain et lui est plus proche.
Le piano trio N°2 est un trio en mi bémol majeur pour piano et cordes que le compositeur autrichien Franz Schubert a composé en 1827. C’est un compositeur autrichien né en 1797 et mort en 1828.
Il a porté ses œuvres à un tel degré de lyrisme que la tonalité de sa musique est appelée le lyrisme schubertien.
L’œuvre est composée de 4 mouvements :
-Allegro
Le premier mouvement débute avec vivacité, très abondant, pour très vite diminuer en vigueur et se placer en mode mineur. C’est dans ce jeu de contrastes où le tempo oscille de la clarté à la mélancolie que se positionne le cheminement de Schubert.
- Andante con moto
Le 2ème mouvement dure plus de 9 minutes et se module avec une lenteur brisée par des éclats d’émotion. Il a une portée élégiaque indéniable. Le chant n’est pas larmoyant. Il est maintenu par une sorte d’acceptation d’un sort évoqué en notes lentes et prégnantes.
-Scherzando allegro moderato
Le piano donne le ton dans ce 3ème mouvement et les violons suivent comme pour accompagner la pensée du compositeur.
-Allegro moderato.
La finale part sur différentes ambiances en formant des contrastes. C’est un rappel de la joie évoquée et de la douleur qui s’ensuit. Le 2ème mouvement est repris dans ce final mais avec des nuances d’expressivité, un procédé choisi pour exprimer les différentes variantes de la tristesse d’un drame personnel.
C’est une œuvre riche, d’une grande expressivité et tout en restant de facture classique, elle révèle une grande propension à une exigence avouée : celle de la douleur muette mais sublimée par la musique. L’œuvre frappe par les contrastes qui s’égrènent tout au long des 4 mouvements. Si le début expose la volonté de se réjouir et de sortir d’un état triste, la lente tristesse reprend le dessus pour se moduler différemment selon qu’on reste dans l’état mélancolique ou que l’on cherche à s’en détacher.
Ecouter Schubert, c’est voyager dans une dimension intimiste qui touche l’âme à son point le plus humain, le plus universel. Schubert cherche à intérioriser chaque thème pour enrichir et fixer chaque ligne mélodique. Le compositeur ne répète le thème qu’en le transformant. Sa musique est un nuancier de chaque émotion, une palette où les sons viennent dessiner les grandes fresques du cœur.
Les trios de Schubert sont une implosion, une descente dans les profondeurs de l’émotion. La musique de Schubert restitue un temps unique, celui de la traversée d’un chant mouluré par les échardes d’un sentiment.
De ce trio N°2 en mi bémol majeur D 929 opus 100, le compositeur allemand Robert Schumann en fait un commentaire poétique :
« Le trio de Schubert a traversé le monde musical comme une comète furieuse dans le ciel. »
Le trio N°2 devient un voyage sentimental, nostalgique où chacun se souvient de ce qu’il a traversé.
Cette œuvre est reprise dans les arts visuels, cinéma, télévision. Elle est aussi interprétée indépendamment de son poème symphonique.
En la plaçant vers la moitié de son film sur le destin de Barry Lyndon, Stanley Kubrick en fait sa musique phare.
Le film de Stanley Kubrick en 1975
Kubrick choisit la musique classique pour accompagner les passages émotionnels et dramatiques de son film sur Barry Lyndon.
Résumé de l'action du film :
En Irlande au XVIIIème siècle, Barry ambitionne de s’élever dans les hauts rangs de la société. Par son engagement dans l’armée, il parvient à côtoyer plusieurs personnages et parmi eux, un chevalier noceur de la cour européenne qui l’introduit dans les milieux où les titres et les possessions domaniales ont de l’importance. II épouse Lady Lyndon et commence pour lui une vie qui le mène à la déchéance. Il perd tout titres et fiefs et vie de famille.
Il s’exile et revient dans son Irlande natale après avoir mené une vie d’aventurier, d’en avoir été débouté et de finir dans la solitude avec comme seul trophée, une misérable pension octroyée par Lady Lyndon pour qu’il ne réapparaisse plus.
Pour accompagner ce trajet épique, Kubrick s’appuie sur plusieurs morceaux de musique classique. Le film est aussi un beau florilège musical.
Outre La sarabande de Haendel, il introduit Le piano trio N°2 de Schubert.
Le thème apparaît à la moitié du film qui marque la 2ème partie du récit quand, lassé de ses aventures picaresques, Barry décide de s’assagir dans une vie rangée mais repris par ses démons, il est lui-même l’acteur de sa chute.
Le piano trio illustre le désenchantement de Lady Lyndon, sa mélancolie, sa détresse à la mort de son fils et la solitude qui l’attend.
Le morceau de Schubert est donc utilisé pour des scènes dramatiques.
La musique du film Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick s’organise autour des pièces musicales de l’époque baroque comme celles de J.S.Bach, Vivaldi et Haendel et d’autres pièces dont la sonate romantique du piano trio n°2 de Franz Schubert.
Ginette Flora

Octobre 2026




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