La page de Marcel Faure Poésies Septembre 2023
- Ginette Flora Amouma

- 15 oct. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 janv. 2025
Un nuage secoue ses gouttes
Un vieil arbre s'ébroue
Insouciante du temps
L'eau fabrique sa route
Goutte après goutte
La roche devra céder
Ah tu veux me combattre
De tes barrages hautains
Qui donc es-tu
Toi qui crois m'arrêter
À travers toi je passe
Homme de chair et d'eau
Je suis partout chez moi
Et je suis ta mémoire
Je vais parmi les siècles
Et si je m'évapore
J'irai sur la rosée
Recueillir ses louanges
**
Désespoir du jardinier
Ô voleurs admirables
Qui d'un coup d'aile pillez
Les fruits de mon jardin
Ma main courante à l'éternel
Sera sans suite j'en suis certain
Vous reviendrez glaner ici
L'épouvantail vous indiffère
Et mes cris à toute volée
Vous écartent pour un perchoir
Dans le cyprès vous me narguez
Rotant des trilles de bien-être
Chiant aussi quelques noyaux
Adieu mes plus belles cerises
Itou mes graines de salade
Merci pour les petits commerçants
Votre impatience grandissante
Pour mes raisins bientôt mûrs
Nourrit ma vindicte et mes hurles
Pies pigeons gais moqueurs
Razzieurs constants de mon labeur
Ne restent que mes yeux pour pleurer
**
Graffiti
Sur le mur du lycée
Lettres à une inconnue
Une pêche à la ligne
Un je t'aime à la volée
Pour un prénom courant
Combien de cœurs qui battent
Et cet amour courant d'air
Déclame comme un poème
Qui flotte pour un regard
Le prénom se lézarde
Marie-Lou a grandi
A-t-elle lu son message
Jeune homme au graffiti
Dans la coulée des jours
Vous a-t-elle retrouvé
**
Un dernier pour la route
Les mots sont lourds
Quand je t'écris
Ils me font froid aux doigts
J'ai perdu la souplesse de ton nom
Les ombres suent tristement
Mon ami tu me manques
T'ai-je dit que je t'aimais
Nous étions trop pudiques
Je passe devant le cimetière
Pourtant je n'entre pas
Peut-être seras-tu là
Sur la place à m'attendre
Ce dernier pour la route
Il nous faut bien le boire
Je posterai ma lettre
Sans avoir mis d'adresse
**
M
Feuilles d'arbre
Envol d'oiseaux
Dérive des rêves
Mes lignes posent un fil
Un M mille-pattes
Se sèche au soleil
À hauteur d'œil
Des enfants en couleur
Dessinent l'avenir
Un silence me parle
M cocon de soie
S'évade en chenille
Des papillons s'allument
Encore confidentielles
Des promesses se lient
Il est midi il est minuit
M s'emmêle à F
Et signe Marcel Faure
**
Ciel de plomb
Pendus dans la nuit
Des réverbères avides
Avalent des étoiles
Des chats perdus
Cavalent entre deux ombres
Le ciel ne promet rien
Sur le pas de la porte
Des rires en suspens
Hésitent à éclater
Et le bonheur qui rôde
N'est plus que son fantôme
Quand hurlent les sirènes
Tout s'éteint tout se tait
On espère que la mort
Ira se perdre ailleurs
Quelque part en Ukraine
C'est une nuit sans fin
Qui crève sous les bombes
**
Au fond de soi
Le silence des profondeurs
Fait perdre la boussole
Comment meubler ce vide
L'amitié bien sûr
Et l'amour
Le cœur se met à battre
Emplit tout l'espace
Et comble les abysses
**
Hydromel
Vol de poète sur champs de syllabes
Pollen de lettres
Abeille solitaire qui fait son miel
Rayons de soleil
Mise en bocal dans un recueil
Sur les étals
L'or d'une langue
Bouclier contre la morosité
Sans reine sans falbalas
Dans la ruche des mots
Juste un poème
À s'en lécher les yeux
**
Baiser tranquille
Sur ton front endormi
Habillé de prairies
Pour sceller tes rêves
Par la fenêtre
Un lierre me surveille
Sur la petite table
Un vase de porcelaine
Des fleurs silencieuses
Bercent ton sommeil
Discrètement mes lèvres
Murmurent ton nom
**
Ciel mourant
Pleurant sur le printemps
Noyé sous des larmes
Rictus de l'horizon
Cherchant un voyageur
Égaré sous la pluie
C'est un jour d'eau
Même les escargots
Cherchent un abri
Silhouette rouillée
Tu rêves d'un parapluie
Et d'une main secourable
Avis de tempête
Tes amours sombrent
Quand frappent les éclairs
Habillé de brumes
Sous l'averse mordante
Tu pleures sans fin
**
Temps de glace
Ma vie sans toi
Sera un long hiver
La pluie s'acharnera
À noyer ma détresse
Dans les eaux de la Loire
Desséchées dans un vase
Les fleurs que tu aimais
Me brûleront le cœur
Quand ta main invisible
Tournera mes pages
Saurais-je encore sourire
La pesanteur des jours
Rouillera le silence
Déjà j'ai froid
J'achèterai pour toi
Un bouquet d'immortelles
Pour me parler d'ailleurs
**
Spectacle des saisons
Sons et lumières
Odeurs en sus
Tu ouvres ta fenêtre
Tu t'installes au jardin
Où tu chausses tes groles
Les surprises du jour
S'offrent sans détour
C'est gratuit
Parade des saisons
Leur métier de lumière*
À l'affiche des poèmes
* René Char
**
Qui a fait cuire l'été
Ma viande croûte sur un mur
Foutu tout est brûlé
Voitures avions bateaux
Tous les moyens sont bons
Qui a craqué l'allumette
Les bois qui flambent
Avec ma caravane
Moi je n'y suis pour rien
Encore heureux que
L'on m'ait remboursé
J'avais rien fait moi
Enfin quelques croisières
Des baptêmes en hélicoptère
Ma voiture pour aller pisser
Presque rien quoi
Ce sont les autres
Il faut les condamner
**
La balade du coquelicot
Impertinence du coquelicot
Qui déborde des champs
Sous la matraque du soleil
Sa candeur calicot
Habille une grève
D'un drapeau de colère
Et sur ta robe amie
C'est le vent qui frémit
À chacun de tes pas
Jusqu'à ton cœur parfois
Qui sous la balle éclate
Fidèle il est là
**
Après la pluie
L'herbe comblée
Brille de tous ses verts
*

Marcel Faure
Septembre 2023




Comme j'aime ton écriture Marcel ... de la magie chaque fois ! Merci à toi ...l'hydromel est là et quelle douceur alors
💓
"Dans la ruche des mots
Juste un poème
À s'en lécher les yeux"