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La page de Marcel Faure Poésies Septembre 2023

Dernière mise à jour : 26 janv. 2025


Un nuage secoue ses gouttes

Un vieil arbre s'ébroue


Insouciante du temps

L'eau fabrique sa route


Goutte après goutte

La roche devra céder


Ah tu veux me combattre

De tes barrages hautains


Qui donc es-tu

Toi qui crois m'arrêter


À travers toi je passe

Homme de chair et d'eau


Je suis partout chez moi

Et je suis ta mémoire


Je vais parmi les siècles

Et si je m'évapore


J'irai sur la rosée

Recueillir ses louanges


**


Désespoir du jardinier


Ô voleurs admirables

Qui d'un coup d'aile pillez

Les fruits de mon jardin


Ma main courante à l'éternel

Sera sans suite j'en suis certain

Vous reviendrez glaner ici


L'épouvantail vous indiffère

Et mes cris à toute volée

Vous écartent pour un perchoir


Dans le cyprès vous me narguez

Rotant des trilles de bien-être

Chiant aussi quelques noyaux


Adieu mes plus belles cerises

Itou mes graines de salade

Merci pour les petits commerçants


Votre impatience grandissante

Pour mes raisins bientôt mûrs

Nourrit ma vindicte et mes hurles


Pies pigeons gais moqueurs

Razzieurs constants de mon labeur

Ne restent que mes yeux pour pleurer


**


Graffiti


Sur le mur du lycée

Lettres à une inconnue

Une pêche à la ligne


Un je t'aime à la volée

Pour un prénom courant

Combien de cœurs qui battent


Et cet amour courant d'air

Déclame comme un poème

Qui flotte pour un regard


Le prénom se lézarde

Marie-Lou a grandi

A-t-elle lu son message


Jeune homme au graffiti

Dans la coulée des jours

Vous a-t-elle retrouvé


**


Un dernier pour la route


Les mots sont lourds

Quand je t'écris


Ils me font froid aux doigts

J'ai perdu la souplesse de ton nom


Les ombres suent tristement

Mon ami tu me manques


T'ai-je dit que je t'aimais

Nous étions trop pudiques


Je passe devant le cimetière

Pourtant je n'entre pas


Peut-être seras-tu là

Sur la place à m'attendre


Ce dernier pour la route

Il nous faut bien le boire


Je posterai ma lettre

Sans avoir mis d'adresse


**


M


Feuilles d'arbre

Envol d'oiseaux

Dérive des rêves


Mes lignes posent un fil

Un M mille-pattes

Se sèche au soleil


À hauteur d'œil

Des enfants en couleur

Dessinent l'avenir


Un silence me parle

M cocon de soie

S'évade en chenille


Des papillons s'allument

Encore confidentielles

Des promesses se lient


Il est midi il est minuit

M s'emmêle à F

Et signe Marcel Faure


**


Ciel de plomb


Pendus dans la nuit

Des réverbères avides

Avalent des étoiles


Des chats perdus

Cavalent entre deux ombres

Le ciel ne promet rien


Sur le pas de la porte

Des rires en suspens

Hésitent à éclater


Et le bonheur qui rôde

N'est plus que son fantôme

Quand hurlent les sirènes


Tout s'éteint tout se tait

On espère que la mort

Ira se perdre ailleurs


Quelque part en Ukraine

C'est une nuit sans fin

Qui crève sous les bombes


**


Au fond de soi

Le silence des profondeurs

Fait perdre la boussole


Comment meubler ce vide

L'amitié bien sûr

Et l'amour


Le cœur se met à battre

Emplit tout l'espace

Et comble les abysses


**


Hydromel


Vol de poète sur champs de syllabes

Pollen de lettres

Abeille solitaire qui fait son miel

Rayons de soleil

Mise en bocal dans un recueil

Sur les étals

L'or d'une langue

Bouclier contre la morosité

Sans reine sans falbalas


Dans la ruche des mots

Juste un poème

À s'en lécher les yeux


**


Baiser tranquille

Sur ton front endormi


Habillé de prairies

Pour sceller tes rêves


Par la fenêtre

Un lierre me surveille


Sur la petite table

Un vase de porcelaine


Des fleurs silencieuses

Bercent ton sommeil


Discrètement mes lèvres

Murmurent ton nom


**


Ciel mourant

Pleurant sur le printemps

Noyé sous des larmes


Rictus de l'horizon

Cherchant un voyageur

Égaré sous la pluie


C'est un jour d'eau

Même les escargots

Cherchent un abri


Silhouette rouillée

Tu rêves d'un parapluie

Et d'une main secourable


Avis de tempête

Tes amours sombrent

Quand frappent les éclairs


Habillé de brumes

Sous l'averse mordante

Tu pleures sans fin


**


Temps de glace

Ma vie sans toi

Sera un long hiver


La pluie s'acharnera

À noyer ma détresse

Dans les eaux de la Loire


Desséchées dans un vase

Les fleurs que tu aimais

Me brûleront le cœur


Quand ta main invisible

Tournera mes pages

Saurais-je encore sourire


La pesanteur des jours

Rouillera le silence

Déjà j'ai froid


J'achèterai pour toi

Un bouquet d'immortelles

Pour me parler d'ailleurs


**

Spectacle des saisons

Sons et lumières

Odeurs en sus


Tu ouvres ta fenêtre

Tu t'installes au jardin

Où tu chausses tes groles


Les surprises du jour

S'offrent sans détour

C'est gratuit


Parade des saisons

Leur métier de lumière*

À l'affiche des poèmes


* René Char

**


Qui a fait cuire l'été

Ma viande croûte sur un mur

Foutu tout est brûlé


Voitures avions bateaux

Tous les moyens sont bons

Qui a craqué l'allumette


Les bois qui flambent

Avec ma caravane

Moi je n'y suis pour rien


Encore heureux que

L'on m'ait remboursé

J'avais rien fait moi


Enfin quelques croisières

Des baptêmes en hélicoptère

Ma voiture pour aller pisser


Presque rien quoi

Ce sont les autres

Il faut les condamner


**


La balade du coquelicot


Impertinence du coquelicot

Qui déborde des champs

Sous la matraque du soleil


Sa candeur calicot

Habille une grève

D'un drapeau de colère


Et sur ta robe amie

C'est le vent qui frémit

À chacun de tes pas


Jusqu'à ton cœur parfois

Qui sous la balle éclate

Fidèle il est là


**


Après la pluie

L'herbe comblée

Brille de tous ses verts


*


Marcel Faure

Septembre 2023

1 commentaire


Fournier Viviane
Fournier Viviane
16 oct. 2023

Comme j'aime ton écriture Marcel ... de la magie chaque fois ! Merci à toi ...l'hydromel est là et quelle douceur alors

💓

"Dans la ruche des mots


Juste un poème


À s'en lécher les yeux"

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