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La page de Marcel Faure - Poésies Novembre 2025


Des chaussures racontent

Les chemins oubliés

Et tous les pas perdus

Que nul ne reverra

 

**

 

Chaleur blanche

L’air vibre

À prendre feu

 

Paillettes de poussière

Qui prennent vie

Dans l’éther saturé

 

Terres craquelées

Des insectes fébriles

Cherchent un point d’eau

 

Des prés couleur paille

Prêts à s’enflammer

Crissent sous les pas

 

Des hommes cherchent l’ombre

La lumière se tait

En attendant l’orage

 

La force effarée du soleil

Écartèle le bleu

De sa furie d’été

 

Dans la campagne vide

Les animaux se cachent

En espérant la nuit

 

**

 

 Goutte à goutte

L’encre sur la page

Dépose sa rosée

 

**

 

Il était une fois

 

Lande où roule le vent

Émotion des bruyères

Entre les ajoncs jaunes

 

Compagnon des fantômes

Un homme solitaire

Arpente les chemins

 

Il voit des elfes

Il voit des djinns

Petits peuples à légendes

 

Quand passe un chat botté

Il cueille son histoire

Pour nous en régaler

 

Il était une fois

Dira notre conteur

Nous pendus à ses lèvres

 

Le feu crépite

Et la nuit s’enflamme

De mille mots magiques

 

 **

 

 Farandole des heures

 

Dans un ciel théâtral

Farandole des heures

C’est le rythme qui compte

 

La précision des montres

Contre les hommes brouillons

Perturbés par les lunes

 

Dormir ne pas dormir

Face au temps qui passe

Quelle stature adopter

 

Gardien de chaque instant

Loin des pas de côté

Veille un ermite sage

 

Il se laisse porter

Sur le flot des secondes

Savourant le voyage

 

Aubes méditatives

Crépuscules apaisés

Les ans passent sans bruit

 

**

 

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Par petites rafales

Le vent ramasse l’été

 

Espérant un autre arbre

Des feuilles s’enfuient

 

J’engrange des vers soleil

Pour l’hiver à venir

 

Des hirondelles papotent

En attendant le grand départ

 

Entre la lune et le soleil

La terre tourne à l’amble

 

Quelques arbres proposent

Les premiers fruits d’automne

 

La pierre regorge encore

Des chaleurs estivales

 

Et je m’assieds tranquille

Pour clore la saison 

 

** 

  

Sauter l’hiver

 

Je marche dans les collines rousses

Feuilles trop cuites de l’automne

Mon regard s’ouvre à l’hiver

 

Les jours de plus en plus courts

Les nuages qui cachent les ombres

La vie suspendue aux frimas

 

J’aurai encore des sources

Dans des vallons perdus

Ma mémoire les ravive

 

À la neige nouvelle

Je serai déjà au printemps

Vibrant de tes cheveux au vent

 

Me voilà crevant d’envie

Pour les premières pâquerettes

Et l’hiver n’est pas encore là

 

**

 

Suspendue sur la crête

Une file de randonneurs

Traverse le ciel

 

**


Rentrée des classes

 

Arbres rouillés d’automne

L’âme de l’été s’envole

Un oiseleur siffle la migration

 

Malgré le soleil qui bluffe

Le froid matinal s’installe

La cloche de l’école a sonné

 

Des enfants batailleurs

Sèment le désordre

Sous le préau qui résonne

 

La couvée de l’année

Pleure et s’arrime

Aux jambes des adultes

 

Des rêves s’enfuient

Quand un maître ânonne

La liste des reclus

 

**


Je suis de mon enfance

Rez-de-chaussée de ma vie

Rue du Coin

Mais au milieu

Entre coiffeur et bistro

Le jour c’est figaro

La nuit pour les poivrots

Des Tino populaires

Qui jouent les Caruso

Mon galandage carton-pâte

J’entends tout

Je sens tout

Ma porte pissotière

Voit de drôles d’oiseaux

 

Eh Cardin encore une

Mon voisin d’Italie

Aime le bel canto

Alors que son neveu

Préfère la dentelle

Mais il a des oiseaux

Plus jaunes que soleil

J’ai hérité d’une cage

Et de deux beaux petits

Ma mère qui râle un peu

Mon père qui sourit

Ma journée fait cui-cui

En face rue des Deux Amis

Longe la gendarmerie

Un jour c’est sûr

Un camion en détresse

Viendra fondre sur nous

Se lamentait ma mère

D’amis je n’en avais

Un seul aurait suffi

J’ai traversé l’enfance

Sans m’ouvrir à la vie

Avec pour seul conseil

Demande au Père abbé

Mais il y avait la poésie

Qui dormait quelque part

 


 Mais il y a la poésie (Sylvia Plath)

Ventre des mots

Sucs intimes

Et doigts qui brûlent

 

Les yeux gorgés d’images

Brin d’herbe aux dents

Le grand opéra de la nature

Et les ruses de style

 

Balbutiement d’un oisillon

Braises d’un feu de bois

Premiers battements d’un cœur

Sur la peau noire du monde

 

La poésie n’oublie rien

Nos turpitudes et nos bombes

Cette violence rouge

Qui fait pleurer les mères

 

Toujours quelqu’un pour dire

L’effroi comme le beau

Dans le ventre des mots

Le meilleur et le pire

 

Oui il y a la poésie

Celle qui jette ses colombes

Plein ciel sur page blanche

Mes espoirs insensés

 

Le soleil en voile de mariée

Le rire d’une cascade

Le miracle des graines

Et l’aube chaque jour

 

**

 

j’ai quoi

Cent ans peut-être

La vie passe trop vite

 

Je froisse le jour

Entre les doigts de l’aube

Toujours aussi doux de t’aimer

 

Poser un baiser

Sur ton front endormi

Pour t’ouvrir les yeux

 

Jamais je n’ai dit toujours

Ce mot que le temps me souffle

Il nous accompagne depuis longtemps

 

La clarté te réveille

Dans l’air qui sent la campagne

Faire semblant d’avoir vingt ans

 

**

 

Deux couverts

 

Mes enfants si lointains

Je fais semblant de vous parler

Quand la table est mise

Je n’ose ajouter deux couverts

Peut-être viendrez-vous à l’improviste

Votre mère sourira comme jamais

Je bougonnerai

Z’auriez pu apporter du pain

Un vieux crouton fera l’affaire

Votre mère cuira des coquillettes

Sur la table du gruyère

Sel poivre sauce tomate

Chacun fera à son choix

Allez hop

Je rajoute deux couverts


La plume poétique de Marcel Faure

Décembre 2025

1 commentaire


viviane parseghian
09 déc. 2025

Marcel ... de la poésie en Grand ... merci, j'adore !❤️

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