La page de Marcel Faure - Poésies Novembre 2025
- Ginette Flora Amouma

- 9 déc. 2025
- 4 min de lecture

Des chaussures racontent
Les chemins oubliés
Et tous les pas perdus
Que nul ne reverra
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Chaleur blanche
L’air vibre
À prendre feu
Paillettes de poussière
Qui prennent vie
Dans l’éther saturé
Terres craquelées
Des insectes fébriles
Cherchent un point d’eau
Des prés couleur paille
Prêts à s’enflammer
Crissent sous les pas
Des hommes cherchent l’ombre
La lumière se tait
En attendant l’orage
La force effarée du soleil
Écartèle le bleu
De sa furie d’été
Dans la campagne vide
Les animaux se cachent
En espérant la nuit
**
Goutte à goutte
L’encre sur la page
Dépose sa rosée
**
Il était une fois
Lande où roule le vent
Émotion des bruyères
Entre les ajoncs jaunes
Compagnon des fantômes
Un homme solitaire
Arpente les chemins
Il voit des elfes
Il voit des djinns
Petits peuples à légendes
Quand passe un chat botté
Il cueille son histoire
Pour nous en régaler
Il était une fois
Dira notre conteur
Nous pendus à ses lèvres
Le feu crépite
Et la nuit s’enflamme
De mille mots magiques
**

Farandole des heures
Dans un ciel théâtral
Farandole des heures
C’est le rythme qui compte
La précision des montres
Contre les hommes brouillons
Perturbés par les lunes
Dormir ne pas dormir
Face au temps qui passe
Quelle stature adopter
Gardien de chaque instant
Loin des pas de côté
Veille un ermite sage
Il se laisse porter
Sur le flot des secondes
Savourant le voyage
Aubes méditatives
Crépuscules apaisés
Les ans passent sans bruit
**
Tourner la page
Par petites rafales
Le vent ramasse l’été
Espérant un autre arbre
Des feuilles s’enfuient
J’engrange des vers soleil
Pour l’hiver à venir
Des hirondelles papotent
En attendant le grand départ
Entre la lune et le soleil
La terre tourne à l’amble
Quelques arbres proposent
Les premiers fruits d’automne
La pierre regorge encore
Des chaleurs estivales
Et je m’assieds tranquille
Pour clore la saison
**
Sauter l’hiver
Je marche dans les collines rousses
Feuilles trop cuites de l’automne
Mon regard s’ouvre à l’hiver
Les jours de plus en plus courts
Les nuages qui cachent les ombres
La vie suspendue aux frimas
J’aurai encore des sources
Dans des vallons perdus
Ma mémoire les ravive
À la neige nouvelle
Je serai déjà au printemps
Vibrant de tes cheveux au vent
Me voilà crevant d’envie
Pour les premières pâquerettes
Et l’hiver n’est pas encore là
**
Suspendue sur la crête
Une file de randonneurs
Traverse le ciel
**
Rentrée des classes
Arbres rouillés d’automne
L’âme de l’été s’envole
Un oiseleur siffle la migration
Malgré le soleil qui bluffe
Le froid matinal s’installe
La cloche de l’école a sonné
Des enfants batailleurs
Sèment le désordre
Sous le préau qui résonne
La couvée de l’année
Pleure et s’arrime
Aux jambes des adultes
Des rêves s’enfuient
Quand un maître ânonne
La liste des reclus
**
Je suis de mon enfance
Rez-de-chaussée de ma vie
Rue du Coin
Mais au milieu
Entre coiffeur et bistro
Le jour c’est figaro
La nuit pour les poivrots
Des Tino populaires
Qui jouent les Caruso
Mon galandage carton-pâte
J’entends tout
Je sens tout
Ma porte pissotière
Voit de drôles d’oiseaux
Eh Cardin encore une
Mon voisin d’Italie
Aime le bel canto
Alors que son neveu
Préfère la dentelle
Mais il a des oiseaux
Plus jaunes que soleil
J’ai hérité d’une cage
Et de deux beaux petits
Ma mère qui râle un peu
Mon père qui sourit
Ma journée fait cui-cui
En face rue des Deux Amis
Longe la gendarmerie
Un jour c’est sûr
Un camion en détresse
Viendra fondre sur nous
Se lamentait ma mère
D’amis je n’en avais
Un seul aurait suffi
J’ai traversé l’enfance
Sans m’ouvrir à la vie
Avec pour seul conseil
Demande au Père abbé
Mais il y avait la poésie
Qui dormait quelque part

Mais il y a la poésie (Sylvia Plath)
Ventre des mots
Sucs intimes
Et doigts qui brûlent
Les yeux gorgés d’images
Brin d’herbe aux dents
Le grand opéra de la nature
Et les ruses de style
Balbutiement d’un oisillon
Braises d’un feu de bois
Premiers battements d’un cœur
Sur la peau noire du monde
La poésie n’oublie rien
Nos turpitudes et nos bombes
Cette violence rouge
Qui fait pleurer les mères
Toujours quelqu’un pour dire
L’effroi comme le beau
Dans le ventre des mots
Le meilleur et le pire
Oui il y a la poésie
Celle qui jette ses colombes
Plein ciel sur page blanche
Mes espoirs insensés
Le soleil en voile de mariée
Le rire d’une cascade
Le miracle des graines
Et l’aube chaque jour
**
j’ai quoi
Cent ans peut-être
La vie passe trop vite
Entre les doigts de l’aube
Toujours aussi doux de t’aimer
Poser un baiser
Sur ton front endormi
Pour t’ouvrir les yeux
Jamais je n’ai dit toujours
Ce mot que le temps me souffle
Il nous accompagne depuis longtemps
La clarté te réveille
Dans l’air qui sent la campagne
Faire semblant d’avoir vingt ans
**
Deux couverts
Mes enfants si lointains
Je fais semblant de vous parler
Quand la table est mise
Je n’ose ajouter deux couverts
Peut-être viendrez-vous à l’improviste
Votre mère sourira comme jamais
Je bougonnerai
Z’auriez pu apporter du pain
Un vieux crouton fera l’affaire
Votre mère cuira des coquillettes
Sur la table du gruyère
Sel poivre sauce tomate
Chacun fera à son choix
Allez hop
Je rajoute deux couverts

La plume poétique de Marcel Faure
Décembre 2025




Marcel ... de la poésie en Grand ... merci, j'adore !❤️