La page de Marcel Faure - Poésies de Juillet 2026

Soleil bruyant
Jactance des villes
Le jour sonne fort
Invoquer le silence
Revient à crier dans le désert
Les oreilles sont des plaies
Où s’engouffre le vacarme
L’homme urbain devient sourd
Le ciel s’agite
Vent sauvage
Pluie soudaine
Quelle est douce la chanson de l’eau
L’asphalte s’attendrit
N’est plus que chuintement
Le versant volubile des hommes
S’est mis à l’abri
J’aime les silences musicaux
Qui martèlent les rues
**
Querelle de mémoire
Quels chemins familiers
Mes jambes ont emprunté
Pierraille ou mousse
Sable ou chaussée esquissée
Sentes à peine tracées
Brouhaha des feuilles
Oiseaux jacassant
Silences hachés de ciel
Gloire de mes jambes
Qui remuent immobiles
Et qui salivent de plaisirs
Mes chaussures accrochées
Contemplent le bonhomme
Fouillant ses vieilles cartes
**
Flâneur des livres
Tu respires les parfums
Des étalages exotiques
Dans ta chambre
Tu voyages si vite
Tes lunettes pour horizon
Ton visage s’éclipse
Le temps d’un mot
Que ton esprit palpe
La loi implicite du récit
Magique se révèle
Te sauve du quotidien
Rien de pénible
A gravir l’histoire
Jusqu’à son dénouement
**
Troupeau des jours
J’écris en gris
Cherchant l’improbable
Sur mon clavier atone
Coup de soleil
Tu passes souriante
Ce sourire me chavire
Je l’accroche à ma page
En dézinguant le gris
Douceur des jours heureux
Où le bonheur se pose
Sur la branche d’un vers
Et je déclame
Pour qui veut bien l’entendre
La beauté de tes yeux

Couleurs à vif
Qui me grattent les sens
Tout vibre
La nature me chavire
De ses mille nuances
Je vois
Mais je reste aveugle
Tant de choses m’échappent
**
Suspendu à mes yeux
Un ciel d’étoiles
Brûle mes rêves
Un blues échappé
D’une gorge râpeuse
Construit sa légende
Tempo lent d’une nuit
Proche d’un solstice
Une rue clignote
Un diable hilare
Dans sa niche de pierre
Déclame du Prévert
Petite monnaie d’étoiles
Dans une flaque perdue
Que mon pied disperse
Je n’ai plus de paupières
Pour protéger mes rêves
De l’appel du large
**
La nuit déshabillée
S’endort à l’aurore
Sur un lit de rosée
Secrets humides
La nuit s’évapore
Invisible au jour
Elle voyage incognito
Vers d’autres hémisphères

J’ai pris mes chemins sous ma plume
Je marche à mots légers
Sur les routes de l’âme
Souvenirs migrateurs
Mes oiseaux de passage
Qui parfois me nourrissent
En tous sens mes mots
Se heurtent au quotidien
Ce vent frais de la vie
Et le cœur s’accélère
La route se précise
Je marche page à page
Oh ces pistes noires
Sous la main qui les trace
Me surprennent et m’emportent
**
Balade ballade
Ivresse des vents
Je marche dans les quatre saisons
Soif des jours
Et des explosions de couleurs
Mauve des crépuscules
Dans l’intimité de l’automne
Où les arbres s’inquiètent
En perdant leurs feuilles
L’hiver souvent hésite
Entre le blanc et le gris
Et s’éclate à Noël
Dans des rouges pépères
L’éclat trop bleu de l’été
Résonne sur la mer
Touche des parasols
Sur les corps alanguis
Quand les fleurs se bousculent
Pour envahir les prés
C’est le printemps qui passe
En réveillant les verts
Mon âme en poésie
Me balade souvent
Sans fatiguer mes jambes
Qui portent trop d’années
**
Oiseaux endormis
Qui rêvent de ciel bleu
Dans le creux d’un vieux tronc
Quelle danse quelle extase
Vos ailes se déplient
L’air frémit et vos plumes
Doucement se soulèvent
Dans la langue des hommes
Mes songes sont étranges
Et je vole sans bruit
Jusqu’au creux de votre arbre
Veiller sur votre nid
**
Avant-poème
Un rêve en ordre de marche
Une peau au goût d’été
Un frisson d’ile vierge
Un soupçon d’arc-en-ciel
Une odeur de forêt
La musique d’une promesse
Un murmure en couleur
Une lumière câline
Une conscience aiguisée
La vie à pleines dents
Des hommes multicolores
Une arche de Noé
Un espoir insensé
Un horizon immense
Un jour sans caniveaux
Et des enfants rieurs
**

Lovée dans le soleil
Une ombre oubliée
S’étrangle de lumière
Corps fantôme
Odeurs de cendres
Incendie coup de poignard
Il était beau son mec
Son abondante chevelure
Sa taille de géant
Dominant les saisons
Affamé de soleil
Il défiait la foudre
Son futur vénérable
Gâché par l’allumette
Et le vent inconscient
Une ombre résistante
Montre sa silhouette
Mémoire de sa splendeur
**
La nuit veille
Des bruits creusent le silence
Pour boire tranquille
La lune retient des nuages
Au gré des arbres
Des ombres s’éparpillent
Marcher sous les étoiles
Le corps absout de la vie
Étoiles filantes
Des mots fluides m’accompagnent
Rituel de mes jambes
Elles savent le chemin par cœur
Au passage je me déleste
J’archive des souvenirs
Bien cachés sous des rochers
Ils attendront tranquillement
Plus léger je progresse
Vers l’ampleur de la lumière

Marcel Faure
Août 2026




Magnifique voyage ... toujours ! Merci Marcel, merci Ginette
"Dans la langue des hommes
Mes songes sont étranges
Et je vole sans bruit
Jusqu’au creux de votre arbre
Veiller sur votre nid" Comme c'est beau !❤️