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La page de Marcel Faure - Poésies d'Avril 2026



Flânerie

 

L’inattendu au bout du bus

Parfois la Loire est là

Quelques pas suffisent

On est à Grangent

On est au Pertuiset

Quelques kilomètres à pied

Pour relier les deux

En suivant le chemin de fer

Première ligne française

 

Des merveilles botaniques

Lis martagon

Asarine couchée

Asplénium du forez

Arbres aux tronc tourmentés

Topographie de rocs et de tunnels

Peuple de pêcheurs et de promeneurs

Châteaux perchés de l’autre rive

Faire l’expérience des quatre saisons

 

Par le halage tout proche

Les jambes se prennent à rêver de Nantes

S’échapper par les sentiers qui grimpent

Sainté ville verte ne doit plus rien au foot

Ici la nature vous rattrape

Vous engloutit

Se perdre entre deux terminus

Quelle expérience


**

Tous les matins je salue

Le temps qui passe

À califourchon sur le jour

J’avance avec lui

 

Rien ne m’échappe

Des mille sensations

Qui grésillent en moi

 

Minuscules secondes

Allez-y plus doucement

Je monte à cru

 

**

 

Je ne serai jamais un vieux beau

Déjà que jeune j’étais laid

Alors

Je ne vous jouerai pas du pipeau

Ni du violon ni du piano

J’aurais bien aimé

Mais bon

 

Je n’ai jamais mis de vernis

Ni de crème ni de faux cils

Un peu de pommade sur mes boutons

Ou d’arnica sur mes bobos

C’est sûr

Ma peau se ride sans angoisse

De ressembler à vieux crouton

Je fais mon âge que voulez-vous

Loin des soucis de perfection

Ça oui

 

Je me souviens par petits bouts

J’ai des oublis,

J’ai des trous

J’ai des absences

J’ai des soucis de page blanche

Mais l’émotion toujours à vif

Viens toujours me secourir

De quelques mots au stylo noir

Pour recouvrir mes cheveux blancs

J’écris


Des jours aux paupières lourdes

Les rues filent vers des impasses

Et toi homme sans ciel

Traînant tes godasses sur les trottoirs

Tu promènes ta nostalgie sous la pluie

Tu ne vois rien qu’un jour d’automne

Aux « sanglots longs » disait machin

Dans les poésies oubliées de ton enfance

 

Sur les murs interdits tu rêves d’écrire

Même sous peine d’amendes

J’ai mal partout surtout à l’âme

Avec des yeux mauvais

Tu scrutes ta solitude

Tu te dévisages comme une porte fermée

Dont tu ignores le code

Scotché dans ta misère de bas d’échelle

Tu ne sais pas qu’écrire

Est une porte ouverte sur l’infini

Lance tes filets et ramène plein ciel

Une poignée d’étoiles

Pourtant ce qui est sûr dans un coin de ta tête

Ils sont bien là les « violons » qui pourraient

Bercer ton cœur comme ils bercent le mien

 

**

Ciel tatoué d’étoiles

Palette échevelée

Pour égayer la nuit

 

**

 

Mots d’amour oubliés

Englués dans un lit

Sans accords au féminin

 

Une ombre au pas lourd

Murmure des regrets

Des si j’avais su

 

La grammaire des larmes

Déploie son arrosoir

Dans la chambre esseulée

 

Poète offre ta consolante

Et d’un mouchoir de mots

Donne une seconde chance

 

**

 

D’un pas tranquille

Déguster la matinée

Rien ne presse

 

Croiser un lièvre

Toujours pressé lui

De déguerpir

 

Un arbre prend la pause

Le temps que je le clique

Pour la photo

 

Ce n’est pas un temps

À mettre un escargot dehors

Il fait trop beau

 

**


T’aimer

 

Quitter les mots

Pour un bain de lune

Épeler les ombres

En réveiller l’écho

Qui creuse nos mémoires

S’affirmer nu

Pour un premier matin

Et t’aimer

Avant même ta naissance

Naître de ta côte

Ou plus naturellement

T’aimer à l’instant du premier cri

Et plus tard encore

Évidemment

 

**

 

La nuit me berce

 

Nuit en fleur

Feu d’artifice d’étoiles filantes

Qui filent trop vite

 

Liesse estivale

Ivresses de lune rousse

Mer blanche et lactée

 

Sur ma peau blanche

Ronde des moustiques

L’étang s’invite à la fête

 

Entre deux big-bangs

Le ciel se plisse

Et je suis toujours là

 

Figures célestes

Les gémeaux me protègent

Je me blottis contre la terre

 

**


Les dames du lac

Cherchent au fond des eaux

Le vert fauve des arbres

 

Calendrier de brumes

Il est rare d’y croiser

L’étoile du berger

 

Agrippées à leurs contes

Elles espèrent des enfants

Pour tromper leur ennui

 

Il fait givre longtemps

Parfois même il fait glace

Les enfants sont au chaud

 

Il reviendra le temps

D’un été canne à pêche

Attention hameçons

 

**


Piégée par les vitraux

La lumière sacrée

Peste contre les dieux

 

Regardez comme elles frémissent

Les statues de pierre

 

**

Ciel cassé

Nos rêves brisés

Ne savent plus où regarder

 

Il nous reste quelques sourires

Et quelques mots tristes

Pour décrire ce qui n’est plus

 

Dans le fouillis des restes

Parfois un arc en ciel

Ouvre une brèche

 

Il est bien là le ciel

Intact et si proche

Nous ne savons plus regarder

 

À chercher des paradis

Dans le bleu des télés

Nous oublions de vivre

 

La conspiration des imbéciles

Mâche de grands mots vides

Pour nous décérébrer

 

Nous tournons à vide

Et tout s’éparpille

Le temps de retrouver notre âme

 

Nous sommes le bouquet

D’une idée oubliée

Qu’il est doux de s’aimer

 

**


Saisir l’étoffe des hommes

 

Mystère des mots

Que le poète piège

Ébloui d’encre

 

Marées diffuses

Qui gonflent sa poitrine

Et meublent ses rêves

 

Le temps s’installe sans filer

Et grave le papier

D’instants inoubliables

 

Aller plus loin que soi

Dans les replis du monde

Saisir l’étoffe des hommes

 

La main plus légère

Vient de vider son sac

Des inconnus s’ébrouent

 

Hommes du quotidien

Qui parlent sur un banc

Et des mots se murmurent

 

Tisser des fils

D’un langage commun

Composé de pain et d’air

 

Pas de discours

Juste le soir qui tombe

Sur des mots arc-en-ciel

 

Des hommes défroissés

Danseront sous la lune

Frères en firmament

 

**

 

Poète halluciné

Assoiffé d'innocence

Écris l'aube première

………….

Écris l'enfant que tu étais

L'enfant que tu seras

Dans l'homme d'aujourd'hui



Marcel Faure

Mai 2026

 

1 commentaire


viviane parseghian
il y a 7 jours

Un cadeau ... toujours ! Merci tellement ❤️

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