La page de Marcel Faure - Poésies d'Avril 2026
- Ginette Flora Amouma

- 8 mai
- 4 min de lecture

Flânerie
L’inattendu au bout du bus
Parfois la Loire est là
Quelques pas suffisent
On est à Grangent
On est au Pertuiset
Quelques kilomètres à pied
Pour relier les deux
En suivant le chemin de fer
Première ligne française
Des merveilles botaniques
Lis martagon
Asarine couchée
Asplénium du forez
Arbres aux tronc tourmentés
Topographie de rocs et de tunnels
Peuple de pêcheurs et de promeneurs
Châteaux perchés de l’autre rive
Faire l’expérience des quatre saisons
Par le halage tout proche
Les jambes se prennent à rêver de Nantes
S’échapper par les sentiers qui grimpent
Sainté ville verte ne doit plus rien au foot
Ici la nature vous rattrape
Vous engloutit
Se perdre entre deux terminus
Quelle expérience
**
Tous les matins je salue
Le temps qui passe
À califourchon sur le jour
J’avance avec lui
Rien ne m’échappe
Des mille sensations
Qui grésillent en moi
Minuscules secondes
Allez-y plus doucement
Je monte à cru
**
Je ne serai jamais un vieux beau
Déjà que jeune j’étais laid
Alors
Je ne vous jouerai pas du pipeau
Ni du violon ni du piano
J’aurais bien aimé
Mais bon
Je n’ai jamais mis de vernis
Ni de crème ni de faux cils
Un peu de pommade sur mes boutons
Ou d’arnica sur mes bobos
C’est sûr
Ma peau se ride sans angoisse
De ressembler à vieux crouton
Je fais mon âge que voulez-vous
Loin des soucis de perfection
Ça oui
Je me souviens par petits bouts
J’ai des oublis,
J’ai des trous
J’ai des absences
J’ai des soucis de page blanche
Mais l’émotion toujours à vif
Viens toujours me secourir
De quelques mots au stylo noir
Pour recouvrir mes cheveux blancs
J’écris

Des jours aux paupières lourdes
Les rues filent vers des impasses
Et toi homme sans ciel
Traînant tes godasses sur les trottoirs
Tu promènes ta nostalgie sous la pluie
Tu ne vois rien qu’un jour d’automne
Aux « sanglots longs » disait machin
Dans les poésies oubliées de ton enfance
Sur les murs interdits tu rêves d’écrire
Même sous peine d’amendes
J’ai mal partout surtout à l’âme
Avec des yeux mauvais
Tu scrutes ta solitude
Tu te dévisages comme une porte fermée
Dont tu ignores le code
Scotché dans ta misère de bas d’échelle
Tu ne sais pas qu’écrire
Est une porte ouverte sur l’infini
Lance tes filets et ramène plein ciel
Une poignée d’étoiles
Pourtant ce qui est sûr dans un coin de ta tête
Ils sont bien là les « violons » qui pourraient
Bercer ton cœur comme ils bercent le mien
**

Ciel tatoué d’étoiles
Palette échevelée
Pour égayer la nuit
**
Mots d’amour oubliés
Englués dans un lit
Sans accords au féminin
Une ombre au pas lourd
Murmure des regrets
Des si j’avais su
La grammaire des larmes
Déploie son arrosoir
Dans la chambre esseulée
Poète offre ta consolante
Et d’un mouchoir de mots
Donne une seconde chance
**
D’un pas tranquille
Déguster la matinée
Rien ne presse
Croiser un lièvre
Toujours pressé lui
De déguerpir
Un arbre prend la pause
Le temps que je le clique
Pour la photo
Ce n’est pas un temps
À mettre un escargot dehors
Il fait trop beau
**
T’aimer
Quitter les mots
Pour un bain de lune
Épeler les ombres
En réveiller l’écho
Qui creuse nos mémoires
S’affirmer nu
Pour un premier matin
Et t’aimer
Avant même ta naissance
Naître de ta côte
Ou plus naturellement
T’aimer à l’instant du premier cri
Et plus tard encore
Évidemment
**
La nuit me berce
Nuit en fleur
Feu d’artifice d’étoiles filantes
Qui filent trop vite
Liesse estivale
Ivresses de lune rousse
Mer blanche et lactée
Sur ma peau blanche
Ronde des moustiques
L’étang s’invite à la fête
Entre deux big-bangs
Le ciel se plisse
Et je suis toujours là
Figures célestes
Les gémeaux me protègent
Je me blottis contre la terre
**

Les dames du lac
Cherchent au fond des eaux
Le vert fauve des arbres
Calendrier de brumes
Il est rare d’y croiser
L’étoile du berger
Agrippées à leurs contes
Elles espèrent des enfants
Pour tromper leur ennui
Il fait givre longtemps
Parfois même il fait glace
Les enfants sont au chaud
Il reviendra le temps
D’un été canne à pêche
Attention hameçons
**
Piégée par les vitraux
La lumière sacrée
Peste contre les dieux
Regardez comme elles frémissent
Les statues de pierre
**
Ciel cassé
Nos rêves brisés
Ne savent plus où regarder
Il nous reste quelques sourires
Et quelques mots tristes
Pour décrire ce qui n’est plus
Dans le fouillis des restes
Parfois un arc en ciel
Ouvre une brèche
Il est bien là le ciel
Intact et si proche
Nous ne savons plus regarder
À chercher des paradis
Dans le bleu des télés
Nous oublions de vivre
La conspiration des imbéciles
Mâche de grands mots vides
Pour nous décérébrer
Nous tournons à vide
Et tout s’éparpille
Le temps de retrouver notre âme
Nous sommes le bouquet
D’une idée oubliée
Qu’il est doux de s’aimer
**
Saisir l’étoffe des hommes
Mystère des mots
Que le poète piège
Ébloui d’encre
Marées diffuses
Qui gonflent sa poitrine
Et meublent ses rêves
Le temps s’installe sans filer
Et grave le papier
D’instants inoubliables
Aller plus loin que soi
Dans les replis du monde
Saisir l’étoffe des hommes
La main plus légère
Vient de vider son sac
Des inconnus s’ébrouent
Hommes du quotidien
Qui parlent sur un banc
Et des mots se murmurent
Tisser des fils
D’un langage commun
Composé de pain et d’air
Pas de discours
Juste le soir qui tombe
Sur des mots arc-en-ciel
Des hommes défroissés
Danseront sous la lune
Frères en firmament
**
Poète halluciné
Assoiffé d'innocence
Écris l'aube première
………….
Écris l'enfant que tu étais
L'enfant que tu seras
Dans l'homme d'aujourd'hui

Marcel Faure
Mai 2026



Un cadeau ... toujours ! Merci tellement ❤️