La page de Colette Alice, Portrait de Caroline Rémy dite Séverine
- Ginette Flora Amouma

- 15 oct. 2023
- 3 min de lecture

Séverine, en toute indépendance
Caroline Rémy
(1855-1929)

Séverine - Photo Nadar
Caroline Rémy, dite Séverine, l'avait prédit : on l'oublierait. Elle avait beau avoir été la journaliste la plus célèbre de la fin du XIXe siècle, la première femme à avoir dirigé un grand quotidien, son nom disparaîtrait des mémoires. "Journaliste, nous sommes pareils aux feuilles des arbres que le printemps voit naître et que l'hiver voit expirer... De quelle importance est cela si nous avons donné notre parcelle d'ombre, de fraîcheur et d'abri." Cette phrase humble et lyrique, Séverine l'a écrite dans Le Cri du peuple, le 7 octobre 1922, sept ans avant sa mort.
Née le 27 avril 1855, dans une famille de la petite bourgeoisie, Caroline Rémy, future Séverine, vit une enfance triste et solitaire. Mariée à 17 ans, sous la pression familiale, elle quitte très vite un mari brutal et retourne, enceinte, chez ses parents.
Elle devient ensuite la compagne d'Adrien Guébhard (1849-1923), un médecin, géologue et préhistorien, qu'elle épouse en 1885 quand le divorce est à nouveau autorisé. Elle rencontre Jules Vallès, (1832-1885) à Bruxelles en 1879. Cette rencontre change complètement le cours de sa vie, peu avant l'amnistie des Communards qui permet à ce dernier de rentrer en France. De retour à Paris, Séverine devient la collaboratrice de Jules Vallès au "Cri du Peuple" (journal fondé en 1871) et découvre à ses côtés le métier de journaliste en même temps que les convictions sociales qu'elle défendra toujours. A la mort de son "maître" en 1885, elle prend la direction du journal, devenant la première directrice de quotidien en France, jusqu'en 1888. Dans le dernier article intitulé "Adieu" qu'elle donne au "Cri du Peuple", elle écrit : "Ce que je vais faire maintenant, c'est l'école buissonnière de la Révolution. J'irai de droite ou de gauche, suivant les hasards de la vie ; défendant toujours les idées qui me sont chères, mais les défendant seule." Elle devient alors une journaliste célèbre, réputée en particulier pour ses reportages, une spécialité alors masculine. C'est ainsi qu'en 1887, elle se rend à l'Opéra Comique ravagé par un incendie et qu'en 1890, elle se rend dans une mine de charbon qui vient d'exploser à Saint-Étienne.

Séverine en tenue de mineur sur un site des mines de Saint-Étienne,
après un coup de grisou, le 31 juillet 1890 qui causa la mort de 120 mineurs

"Séverine debout, un poing sur la hanche"
Portrait de Nadar réalisé dans les années 1890.
En 1897, Séverine devient la collaboratrice de Marguerite Durand (1864-1936), fondatrice de "La Fronde", le premier quotidien féministe du monde entièrement rédigé par des femmes. Elle y publie quotidiennement ses "Notes de frondeuse". Elle défend les femmes qui ont recours à l'avortement. Son engagement lui vaut d'être menacée d'inculpation. Elle apporte aussi son soutien au droit des femmes à plaider en tant qu'avocates, ce qui soulève de fortes oppositions.
En 1899, elle se rend à Rennes pour le procès en révision de Dreyfus que "La Fronde" soutient. Ses positions dreyfusardes vont lui fermer les portes de plusieurs journaux.

Jusqu'à la fin de sa vie Séverine mettra son éloquence et sa plume au service des opprimés, des humiliés et de ceux qu'elle estime injustement accusés.
En 1926, elle se retire dans sa maison de Pierrefonds. Sa dernière apparition publique sera pour tenter de sauver Sacco et Vanzetti, en 1927.
Séverine décède en 1929. Deux mille personnes sont présentes à ses obsèques.
Cette même année, Marguerite Durand rachète la maison de Pierrefonds pour en faire une résidence d'été accueillant des femmes journalistes.
Durant toute sa vie Séverine a écrit plus de 6000 articles dans de nombreux journaux : Le Cri du peuple, La Fronde, Gil-Blas, L'Humanité, Le Figaro, etc.
"D'avoir gardé le don précieux de s'amuser de tout, ou mieux, de m'intéresser à beaucoup de choses : de rire au soleil et de rêver aux étoiles ; d'enrichir ma vue de tout ce qui reluit, or ou cuivre, paillette ou paillon ; de garder fidèlement en ma mémoire le reflet de tout ce qui vit, de tout ce qui passe, je me suis constitué, pour toute l'existence, un trésor que les plus longs jours n'arriveront pas à épuiser. Mais j'ai travaillé beaucoup et je n'ai jamais été riche. C'est peut-être notre opulence, à nous, que la fraîcheur éternelle de la sensation et la saveur des rares instants de liberté.
Octobre 2023
Colette Kahn




Séverine avait-elle prédit que Colette Alice la sortirait de l'oubli , pour notre joie de la découverte ?
Chère Alice, je serai passé à côté de ce nouveau portrait si impeccablement brossé comme à l'accoutumé si je n'avais pas eu l'intention ce jour, de vider le dossier SPAM de ma messagerie. La notification semble s'y être perdue et ce n'est pas la seule. 6 au total ! Bravo pour ce nouvel écrit et merci pour le partage ! ^^
Beau portrait d'une femme qui aura osé, elle aussi, être elle-même! un petit air de Colette et de Régine, et une pincée de Coco Chanel!
Merci, ma Brocéliande, d'avoir aimé comme moi cette femme étonnante que j'ai découverte par hasard...
Des bises affectueuses d'un Paris soudainement gris et frisquet 🌬
..."de rire au soleil et de rêver aux étoiles" Mon Alice, encore un portrait fort et humain et beau comme tu sais si bien nous les offrit ...Quelle femme et quelle force d'âme ! Belle Histoire et belles photos de Nadar (j'adore)... Bisous tendres et frileux du lundi glagla...❤️