La page de Colette Alice - Martha Gellhorn ( 1908-1998)
- Ginette Flora Amouma

- il y a 1 jour
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Dernière mise à jour : il y a 20 heures

Le jeudi 6 juin 2024, la France a convié le monde aux célébrations des 80 ans du Débarquement des troupes alliés en Normandie. L’occasion de faire un focus sur une journaliste qui, en plus d’avoir lié sa vie à celle de l’un des plus grands auteurs américains, a été la seule femme à débarquer avec les boys sur Omaha Beach, le matin du 6 juin 1944. Cette femme téméraire s’appelle Martha Gellhorn, 36 ans, grand reporter pour le magazine américain Colliers. Malgré le refus de sa rédaction de l’envoyer sur le front parce qu'elle est une femme, la voilà recroquevillée derrière une maigre porte d’un WC vétuste et insalubre, prête à se jeter sur une plage torpillée par un déluge de feu ennemi. L’enfer, mais un enfer qu'elle veut vivre et surtout raconter.
La vocation de Martha
Martha Gellhorn est née le 8 novembre 1908 à Saint-Louis (Misssouri), dans une famille d'origine juive. Son père est une personnalité progressiste et un des gynécologues les plus connus de Saint-Louis. Sa mère est une avocate pour les personnes privées de leurs droits, une militante féministe et une ancienne camarade de classe d’Eleanor Roosevelt. Très proche de sa mère, Martha lui écrira quotidiennement durant toute sa vie. Bien que diplômée de la John Burroughs School de Saint-Louis en 1926, Martha est déterminée à devenir correspondante à l'étranger et part pour la France en 1930, avec sa machine à écrire et 75 dollars en poche. Elle travaille pendant deux ans au bureau de l’United Press à Paris mais elle sera licenciée après avoir dénoncé un harcèlement sexuel de la part d'un homme lié à l'agence. De 1930 et 1936 elle vit entre Paris et les États-Unis. À Paris elle rencontre Bertrand de Jouvenel, beau-fils de la romancière Colette, qu’elle épouse mais dont elle divorcera très vite. Elle parcourt alors l'Europe, écrivant pour des journaux parisiens et de Saint-Louis, notamment des articles pour le journal Vogue.
La Maison Blanche
En 1931, Martha se trouve aux U.S.A. quand elle est engagée par Harry Hopkins (1) qu'elle avait rencontré grâce à son amitié avec la Première dame Eleanor Roosevelt. Elle est l’invitée des Roosevelt à la Maison-Blanche où elle passe ses soirées à aider Eleanor à rédiger sa correspondance et sa chronique syndiquée « My Day ». Elle est ensuite embauchée comme enquêtrice de terrain pour la Federal Emergency Relief Administration (FERA), créée par le Président Roosevelt pour contribuer à mettre fin à la Grande Dépression. Elle se rend d’abord en Caroline du Nord et travaille ensuite avec la photographe Dorothea Lange (2) pour documenter le quotidien des personnes sans abri. Leurs reportages seront intégrés aux archives officielles du gouvernement sur la Grande Dépression et ses portraits deviendront plus tard un recueil, sous le titre : « J’ai vu la misère Récit d’une Amérique en crise ». Enquêtant ensuite sur des sujets généralement interdits aux femmes, Martha s’inspire de ses recherches pour écrire un recueil de nouvelles « The Trouble I've Seen* (1936). Mais elle est licenciée quand elle exhorte un groupe d'ouvriers à briser les vitres des bureaux de la compagnie pour attirer l'attention sur leur patron malhonnête.
Le mariage avec Ernest Hemingway
À Noël 1936, Martha Gellhorn rencontre Ernest Hemingway lors d'un voyage familial à Key West en Floride. Engagée pour couvrir la guerre civile espagnole pour le Colliers’Weekly, elle décide avec l’écrivain de se rendre ensemble en Espagne. Les sept dépêches qu'elle envoie du front espagnol entre juillet 1937 et novembre 1938 traitent principalement des conditions de vie et des souffrances des civils. Martha et Ernest se marient en 1940 et quand ils partent pour Hong Kong, la Chine et la Birmanie en 1941, ils sont loin d'imaginer ce qu'ils allaient découvrir. Tous deux comptaient couvrir la guerre sino-japonaise tout en passant leur lune de miel dans le romantique Extrême-Orient : ils découvrent un monde fascinant, déroutant et haut en couleur, « peuplé dictateurs et d'ivrognes, de scélérats et de mondains, de héros et d'imbéciles…» et ce voyage marquera le début de la fin de leur mariage en 1945.

Martha Gelhorn et Ernest Hemingway en Chine (1941)
D’aventure en aventure
En 1939, Martha achète une ferme à Cuba qu’elle rénove elle-même et dans laquelle elle écrit deux de ses nouvelles : A Stricken Field et Liana. Martha et Ernest divorcent en 1945 et, parce qu’elle refuse d’être « une note de bas de page dans la vie de quelqu’un d’autre », Martha demande à son ex-mari de lui renvoyer ses affaires et ses manuscrits laissés dans la maison, mais ce dernier s’y oppose…. En 1954, Martha Gellhorn se marie pour la troisième fois avec un journaliste et écrivain américain : T.S. Mattews (1901-1991) et dans les années 1960 sa ferme deviendra la « Hemingway Finca Vigia », uniquement consacrée à Ernest Hemingway.
Après la Seconde Guerre mondiale et pendant près de trente ans Martha travaillera pour le journal The Atlantic. En 1961, elle couvre le procès d'Adolf Eichmann en Israël puis, deux ans plus tard, elle part en reportage en Allemagne sur la reconversion idéologique du peuple allemand depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans son livre autobiographique relatant ses voyages, Mes saisons en enfer, elle affirme s'être rendue dans plus de 50 pays. En 1989, alors âgée de 81 ans elle couvre l’invasion du Panama par les États-Unis : ce sera son dernier reportage de guerre.

Martha Gellhorn en reportage de guerre
Martha se fâchera d’ailleurs à chaque fois qu’un interlocuteur aura le malheur de la réduire à son statut d'épouse du grand Hemingway.
Rongée par un cancer du foie et des ovaires, et parce qu’elle n’avait jamais laissé quiconque la posséder ou décider de sa vie, Martha choisit de mettre fin à sa souffrance en avalant une pilule de cyanure de potassium, une nuit étoilée de Saint-Valentin de 1998. Un dernier acte : violent, radical, direct. Comme sa vie et comme sa façon d’écrire. Ses voisins la découvrent au petit matin, allongée sur son lit, impeccable, toutes les fenêtres de son appartement londonien grandes ouvertes sur le monde : son terrain de jeu et de reportage favori.

Ses œuvres
Tout au long de sa vie, Martha Gellhorn aura écrit cinq romans, quatorze nouvelles. En 1958, son roman The Smell of Lilies reçoit le O. Henry Award, un roman qui raconte les relations entre un homme adultère et sa femme gravement malade.
En 2004, une place Martha Gellhorn est inaugurée dans la commune de La Chapelle-Saint-Mesmin en région Centre Val de Loire à l'occasion de la commémoration du 80ème anniversaire du Département de Normandie.
Notes
(1) Harry Hopkins (1890-1946) : Homme politique américain, membre du Parti démocrate.
(2) Dorothea Lange (1895-1946) : Une des premières photographes américaine de renom.

Colette Alice,
l'exploratrice
Août 2026



Un grand merci, cher Fred, je suis heureuse d'avoir pu partager, grâce aux Malles de Ginette, mon admiration pour cette femme en effet exceptionnelle 😎 Bonne soirée 🌕 !
Quelle force, quel destin ! Encore un voyage au féminin que j'ai adoré découvrir, merci mon Alice ... bisous brocélandiens , j'adore tes récits de femme oubliée, inconnue et si précieuse ... Oui, merciiiii ❤️ (viviane)
De la guerre d'Espagne aux affrontements du Vietnam, en passant par le débarquement de Normandie, voilà une femme qui n'a pas hésité à plonger au coeur même du chaos ! On ne peut que saluer son courage de reporter de terrain. Martha Gellhorn semble avoir vécu mille vies tant sur le plan professionnel que personnel. Ses divers mariages et amitiés en sont la preuve. Et sa mort est à l'image de son existence : un acte de liberté pure, sans concession ni compromis. Merci d'avoir partagé avec nous, le portait de cette femme exceptionnelle, Chère Alice. De te souhaiter une agréable journée ! 😊✒️☀️🙏