La page de Colette Alice - Marina Tsvetaeva (1892 -1941) - (Partie 1)
- Ginette Flora Amouma

- 13 déc. 2025
- 3 min de lecture
La poétesse incandescente

Marina Tsvetaeva

(1892 -1941)
Née à Moscou en 1892 dans une famille aisée d'intellectuels, Marina Tsvetaeva voyage beaucoup dès l'enfance pour suivre sa mère tuberculeuse dont la santé réclame l'air de l'Italie, de l'Allemagne ou de la Suisse. Marina publie des poèmes dès 18 ans et se marie à 20 ans avec un étudiant rêveur, Serguei Iakovlevitch Efron, dont elle aura trois enfants (1). En 1919, tandis que son mari, engagé dans l'armée « blanche » en pleine guerre civile russe est porté disparu, elle se retrouve seule à Moscou avec ses deux filles Ariadna et Irina. Dans une ville assiégée par le froid et la famine, Marina est alors forcée de placer ses enfants dans un orphelinat dans lequel Irina mourra de malnutrition.
En 1922, quand Serguei Efron fuit l'Union soviétique, Marina le suit en Allemagne et en Tchécoslovaquie, puis en banlieue parisienne où elle séjournera de 1925 à 1939. Elle vivote alors de petites traductions, de contributions dans des revues qui paient chichement ou de lectures dans des soirées. Elle publie un peu, mais le milieu littéraire français ne lui accorde pas la reconnaissance qu'elle mérite. À Clamart ou à Meudon, elle cherche des appartements à bas loyer et rêve à l'achat impossible de livres qu'elle aurait pu lire le soir quand « les soucis dorment ». À la misère, d'autres soucis vont s'ajouter : son mari, faisant volte-face, sert désormais le NKVD, la police politique soviétique et se compromet dans l'assassinat d'un opposant. Quand, en 1939, il est exfiltré en URSS, elle le suit d’abord à Moscou, puis, en raison de l'avancée des troupes allemandes, en Tartarie sur les pourtours Nord de la mer Noire.
Épuisée, elle se donne la mort le 31 août 1941. Deux mois plus tard, son mari est exécuté par le régime stalinien et son fils volontaire au front, sera tué en 1944, comme plus de vingt millions de ses compatriotes.
Une nuit de juin 1918, à Moscou, Marina Ivanovna Tsvetaeva avait noté : « J'ai la lune juste en face. J'essaie de l'attraper dans le miroir d'argent de ma bague. » Toute son écriture est dans ces quelques mots, une écriture qui ricoche sur chaque image, transfigure le réel et se déploie dans des genres différents : mémoires, journal intime, poèmes, correspondance.
Enfin traduits en français, après avoir été interdits de publication jusqu'en 2000, les Carnets écrits par Marina Tsvetaeva, entre 1913 et 1939 sur de petits calepins de couleur cerise ou crème, composent un extraordinaire atelier d'écriture.
Des poèmes, bien sûr, mais aussi des scènes de rue, des notes parcellaires, des songes et des réflexions jetés dans l'urgence. C'est toute la vie de cette femme russe qui s'y déroule, heurtée, passionnée, toujours soutenue par la rage d'écrire.
En 1915, elle écrit :
« Je connais la vérité - abandonnez toutes les autres vérités ! Il n’y a plus besoin pour personne sur terre de lutter. Regardez - c’est le soir, regardez, il fait presque nuit : de quoi parlez-vous, de poètes, d’amants, de généraux ? »
« Le vent s’est calmé, la terre est humide de rosée, la tempête d’étoiles dans le ciel va s’arrêter. Et bientôt chacun d’entre nous va dormir sous la terre, nous qui n'avons jamais laissé les autres dormir dessus. »
« Éparpillés dans des librairies, gris de poussière, ni lus, ni cherchés, ni ouverts, ni vendus, mes poèmes seront dégustés comme les vins les plus rares, quand ils seront vieux. »
Marina Tsvetaeva voulait qu'on inscrive sur sa tombe : « Sténographe de la Vie. Vie avec majuscule, impérativement. » Cette poétesse, plutôt sorbier ou vigne sauvage que fleurs en bouquet, a rempli la mission qu'elle assignait à tous les poètes : « rebaptiser le monde ».
Si son œuvre est aujourd’hui reconnue, on le doit au tempérament exceptionnel de sa fille, Ariadna Efron, seule survivante d’une famille broyée par l’Histoire, qui sera la première éditrice des poèmes de sa mère. Ariadna à qui Marina Tsvetaeva a dédié nombre de ses poèmes, dont le célèbre cycle « Poèmes à une fille », écrit en1916 pour les 4 ans d'Ariadna :
« Yeux de glace, sourcils déjà chargés d'émotion, aujourd'hui pour la première fois, du haut du Kremlin , tu observes la dérive des glaces. Bancs de glace, banquises et dômes. Un tintement d'or, un tintement d'argent. Bras croisés, bouche muette. Sourcils froncés - Napoléon ! - Tu contemples - le Kremlin. »
(1) : Ariadna ( 1912-1974) - Irina (1917-1920) - * Georgif (1925 - 1944)

A suivre...
Décembre 2025




Juste superbe de vie ecorchée et si beau d'émotions ...« Le vent s’est calmé, la terre est humide de rosée, la tempête d’étoiles dans le ciel va s’arrêter. Et bientôt chacun d’entre nous va dormir sous la terre, nous qui n'avons jamais laissé les autres dormir dessus. » 💓
Comme dans bon nombre des portraits que tu nous proposes à la découverte, on voit que la "Vie" avec un V majuscule n'a pas épargné Marina Tsvetaeva, que la reconnaissance de son oeuvre s'est faite sur le tard et ne doit son salut qu'à sa fille aînée, seule survivante d'un chemin pavé de Misère et de Mort. De suite, je file découvrir la (Partie 2), Chère Alice, te souhaitant par avance, un agréable dimanche ! ^^