La page de Colette Alice - Les goguettières
Goguettières * mais aussi chansonnières,
poétesses, romancières
* Le terme goguettière, le féminin de goguettier, désigne une femme qui participait activement à une goguette. La goguette, très populaire en France et en Belgique au XIXe siècle, était une société lyrique ou un club populaire où les membres se réunissaient pour passer un bon moment, boire, et surtout interpréter ou composer des chansons.

Élisa Fleury (1795-1862)
Élisa Fleury, née le 10 février 1795 à Paris, est est une poétesse, chansonnière française, très célèbre chez les goguettes.
En 1834, elle est l'unique femme admise dans la célèbre goguette La Lice chansonnière (1).
En 1846, elle est membre du groupe de 39 chansonniers de goguettes qui rédigent collectivement les « Cent et une petites misères », Œuvre sociale, rédigée par les meilleurs chansonniers de l’époque. C’est une très longue chanson comique composée de 101 couplets signés et finissant tous, avec de légères variations, par : « Ça d'vait bien l'gêner su' l'moment ». Élisa Fleury y signe les couplets 9, 21 et 75 et L’Académie française lui décerne le prix Lambert en 1860.
Quand Élisa Fleuri décède le 29 décembre 1862, La Lice chansonnière, devenue Le Dîner des Vendanges, annule son banquet de janvier 1863 en signe de deuil :
« Le banquet du mois de janvier n'a pas eu lieu. La société s'est fait un devoir de témoigner, en suspendant ses joyeux flons-flons, le regret que lui inspire la perte de madame Fleuri, l'ouvrière-poète (sic) décédée le 28 décembre dernier. Peu de femmes ont réuni à un degré égal la bienveillance du caractère et l'élévation du talent. C'était pour le public un auteur, et pour nous un camarade.
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Reine Garde (1810-1887)

Née à Nîmes en 1810, Reine Garde qui est abandonnée à sa naissance, est éduquée par des religieuses. Très jeune elle commence à travailler comme servante, cuisinière puis comme couturière.
Goguettière, romancière, poétesse, elle a publié des recueils remarqués à son époque, notamment les
Lithographie anonyme
Essais poétiques en 1851, ainsi que de Nouvelles poésies en 1861. Également Félibresse (2) elle a su faire entendre une voix féminine et populaire unique dans le paysage littéraire du XIXe siècle français.
Reine Garde obtient en 1856 le Prix Montyon de l'Académie française. Elle décède le 24 juillet 1883 à Nîmes.
Antoinette Quarré (1813-1947)

Antoinette Célinie Quarré est née le 16 janvier 1813 à Recey-sur-Ource de Cécile Quarré et de père inconnu. Lingère à Dijon, mais de santé fragile, la légende veut qu'elle ait appris à lire dans Zaïre de Voltaire. Elle devient couturière et lingère mais fait connaître ses talents de poétesse, ce qui lui vaut le surnom de « Muse de Dijon ».
Antoinette Quarré vers 1840
Antoinette Célinie Quarré est née le 16 janvier 1813 à Recey-sur-Ource de Cécile Quarré et de père inconnu. Lingère à Dijon, mais de santé fragile, la légende veut qu'elle ait appris à lire dans Zaïre de Voltaire. Elle devient couturière et lingère mais fait connaître ses talents de poétesse, ce qui lui vaut le surnom de « Muse de Dijon ».
Instruite par un lettré, M. de Belloguet, elle publie quelques essais en vers et en prose (notamment dans le Journal des Demoiselles), et un éloge de la princesse Marie d’Orléans qui lui vaut, en 1839, une mention à la Société des lettres et des arts de Seine-et-Oise.
Antoinette envoie ses vers à Alphonse de Lamartine, qu'elle admire avec passion. Celui-ci lui répond le 24 août 1838 par un poème À une jeune fille poète qu'il intègre par la suite dans ses Recueillements poétiques. Elle répond à ce poème avec un autre poème : Réponse à M. de Lamartine. En 1843, ses amis la poussent à publier son premier recueil qui rencontre un grand intérêt.
De faible constitution, à 34 ans, elle décède d’une d'hypertrophie du cœur le 25 novembre 1847 et sera enterrée au cimetière des Péjoces de Dijon.
Elie Deleschaux (1824-1887)
Elie Deleschaux en 1880, âgée de 55 ans

Née le 28 septembre 1824 à Paris, au cours Batave, un des quartiers les plus populaires de Paris, Aglaé Deleschaux, est une fleuriste qui fréquente les goguettes où elle est très applaudie pour ses chansons morales et ses romances. Dotée d'une solide éducation acquise malgré son milieu d'origine, elle découvre sa vocation poétique en lisant Alfred de Musset, maîtrise parfaitement la versification et compose elle-même ses mélodies.
Elle épouse un commerçant, Élie Hirtz, dont elle s'approprie le prénom pour signer l'ensemble de ses œuvres littéraires et musicales
Habituée de la goguette Les Fleurs qui se réunit chaque dimanche sur les hauts de Belleville, elle voit ses productions reprises par des chanteurs de rues qui les popularisent. Elle est particulièrement appréciée dans les ateliers féminins où ses chansons rythment le travail des ouvrières et compose aussi des musiques pour d’autres paroliers. Le poète et chansonnier Eugène Imbert écrit à son sujet : « Mme Élie a le cœur obligeant, l'intelligence ouverte, l'esprit libre de bien des préjugés. Elle est prompte à la repartie, et sa conversation est piquante sans méchanceté. Partout où elle arrive, il semble qu'elle amène avec elle la joie et la bonne humeur. »
Elie Deleschaux décède à Paris le 9 février 1887.
Rose Harel (1821-1885)

Quand Rose Harel nait en 1826, enfant illégitime issue du milieu social le plus pauvre, son avenir est déjà tout tracé.
D'abord tisserande fileuse puis servante de ferme à la journée, elle rejoindra, adolescente, un atelier de tissage.
Sa santé défaillante l'empêchant de continuer, elle deviendra domestique dans une famille de Vimoutiers, puis à Lisieux. Mais Rose est poétesse dans l'âme. Elle ressent le désir irrépressible d'exprimer ses sentiments, ses impressions. Aussi doit-elle absolument apprendre à lire puis à écrire. Ce qu'elle fera, sans relâche, en dépit des obstacles, de la fatigue …et des moqueries : « Une servante poète ! Pour qui se prend-elle ? » Enfin reconnue et aidée par des esprits éclairés, comme Marie de Besneray, Rose Harel parviendra à ses fins. Elle apprend à lire presque seule vers sa treizième année en découvrant dans un grenier le Télémaque de Fénelon et plus tard, une amie lui a donné des leçons d’écriture le soir. Puis cette « illettrée qui faisait des vers et brûlait ses sauces » s’est alors mise à étudier, à l’âge de trente ans, l’histoire, l’antiquité grecque et romaine, la littérature européenne, la philosophie.
Rose Harel a laissé deux volumes, tous deux édités par souscriptions, avant de mourir d’une maladie de poitrine contractée dans les lieux où elle avait passé sa jeunesse à travailler :
- « L’Alouette des blés » paru en 1864
- « Fleurs d’automne » paru en 1885, paru quelques jours avant son décès.
(1) La Lice chansonnière est l'une des goguettes parisiennes les plus célèbres et les plus durables. Fondée en 1831 cette société chantante et académie populaire a traversé les époques pendant 136 ans, avant de disparaître en 1967, juste avant les événements de mai 68. Sa devise était : « Fumer, boire et manger ».
(2) Le terme Félibresse désigne une femme écrivain, poétesse ou chercheuse qui écrit en langue d'oc (provençal) et participe au mouvement du Félibrige, une association littéraire fondée en 1854 par Frédéric Mistral et d'autres poètes provençaux pour sauvegarder, promouvoir et illustrer la langue d'oc et la culture provençale.

Alice, l'exploratrice
Octobre 2026




Superbe voyage une fois de plus, mon Alice et au féminin pluriel ..Magnifiques, tes femmes libres et audacieuses, j'adore tes portraits .... Bisous jolis❤️
Quel plaisir de découvrir ces femmes Goguettières, chère Alice. Tu nous charmes avec ces portraits de femmes artistes en poèsies. 😊 Merci beaucoup.
Chère Alice, quel plaisir ce matin, de partir en goguette au fil de ton article riche de ces multiples portraits de femmes ! À chaque fois, c'est une véritable découverte ! Aussi, pour rester sur cet esprit goguettier, de te souhaiter une belle et agréable journée ! 🎶✨