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La page de Colette Alice - La princesse perse


      Taj Saltaneh Khatoum

                                                      (1883-1936)


Le jour de ses fiançailles à l'âge de 10 ans.







Photo de droite : Date inconnue.



Taj Saltaneh Khatoum,  en persan : تاج‌السلطنه, est née vers 1883 à Téhéran, membre de la dynastie Kadjar et fille de Nasseredin ShahShah d’Iran.


L’instruction donnée aux jeunes filles étant alors  réduite à une année, Taj refuse de se contenter de ce peu d’éducation et s’initie à la littérature persane, arabe et française ainsi qu’à l’histoire, à la philosophie et aux arts (musique et peinture).  Elle est la première femme de la cour à ôter le hijab et à porter des vêtements occidentaux. Elle est également la première à écrire dans son journal une critique virulente de la monarchie sous le règne de son père, Naser al-Din Shah, et de son frère, Mozaffar ad-Din Shah. Élevée par un personnel d’esclaves africains qu’on appelait « serviteurs sous contrat », elle exprime très tôt sa sympathie pour eux et son aversion pour le système de l’esclavage :

« La nourrice devait impérativement être une négresse, car l’honneur et la grandeur se mesuraient alors à l’aune de la possession de créatures que Dieu n’avait créées pas différemment des autres, si ce n’est par la couleur de leur peau, une distinction qui, en toute honnêteté, n’existe pas au seuil du divin. Ces pauvres gens étaient maintenus en captivité et dans une soumission abjecte. Réduits à l’état d’instruments de la grandeur de leurs maîtres, ils étaient achetés et vendus comme du bétail. »

Son mariage


Son père, dont elle est la fille préférée, est assassiné en 1896. La même année, elle est mariée à l'âge de 13 ans avec Sardar Hassan al-Saltaneh, un aristocrate avec lequel elle aura quatre enfants. Un mariage imposé dont elle divorce, brisant ainsi un tabou en devenant l’une des premières femmes de la famille royale à être divorcée.

Dans son journal autobiographique, rédigé sous forme d’une longue lettre, elle relate en détail la douleur de ses fiançailles à l'âge de dix ans et les préjudices causés par les mariages arrangés. Elle s'oppose fermement au port du voile, le symbole de l’infériorité des femmes qu'elle juge néfaste pour la vie familiale et la société iranienne dans son ensemble. Elle relate notamment ses observations durant un voyage à Tabriz, sur les femmes qui vivent et travaillent dévoilées sans que ceci n'encourage la prostitution. Elle témoigne aussi de la souffrance engendrée par les infidélités de son mari et son choix d'avorter par crainte de mourir en couches.


La nouvelle voix féminine


Passionnée par la philosophie des Lumières et la Révolution Française, elle prédit un soulèvement en Iran. Elle impute nombre des problèmes de son pays notamment à la pauvreté, au manque d'éducation pour tous, au non-respect des droits des femmes et à l'incompétence des monarques. Sa voix, une voix féminine isolée, milite pour le changement et la démocratie. Par ailleurs, Taj organise et participe secrètement à des réunions féministes clandestines (disant à ses enfants et petits-enfants qu'il s'agit de séances religieuses…), mène une marche pour les droits des femmes jusqu'au Parlement et soutient avec ferveur la révolution constitutionnelle iranienne. Cette autobiographie lui permet également d'affirmer ses idées et ses convictions favorables à la mise en place d'un cadre constitutionnel, le mashrouteh :

 « D’où vient le progrès ? De la Loi. Quand est-ce que la Loi peut s’appliquer ? Dès le moment où le despotisme prend fin. Le mashrouteh est donc mieux que le despotisme. »

Dans ses dernières années, elle  se consacre à l'écriture, à la lecture et à l'éducation de sa petite-fille adorée, Tadjran, avec laquelle elle entretient une relation privilégiée qui influencera profondément son éducation.


 Ses mémoires


Taj Saltaneth Khatoun décède à Téhéran le 24 janvier 1936. Ses mémoires manuscrites, qui sont restées inédites pendant 60 ans, ont été publiées sous le titre « Couronner l’angoisse : Mémoires d’une princesse persane du harem à la modernité 1884-1914 » et bien accueillies. Écrites en 1914, elles couvrent trente années d’une époque en pleine mutation et, curieux mélange de récit et de réflexion, rendent compte des conflits intenses d’une vie à cheval entre le harem et la modernité. 

En 2015, Harvard a acquis auprès de ses descendants et de sa petite-fille Tajran des photos de famille, des écrits, des anecdotes et des récits sur la vie de Taj al-Saltaneh. Ses mémoires manuscrites, déposées aux archives de la Bibliothèque nationale d'Iran, ont été bien accueillies :

« Dans un style quelque peu inhabituel et lourd, les mémoires de Taj, écrites en 1914, couvrent trente années d’une époque en pleine mutation […] Curieux mélange de récit reconstituant et de réflexion, elles rendent compte des conflits intenses d’une vie à cheval entre le harem et la modernité. »

Chronique de Colette Alice

Janvier 2026

 

 

                                                                                                                      

                                                                                                                                                

4 commentaires


Invité
13 janv.

Quelle femme encore, mon Alice, tu nous fais découvrir ! Un portrait superbe et aux tonalités de vie , incroyables ... j'ai adoré, merci à toi ❤️ (ta brocéliande )

Modifié
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Alice
13 janv.
En réponse à

Merci ma fidèle Brocéliande !😍😘

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Chère Alice, je ne connaissais pas taj Saltaneh Kathoum ! Grâce à toi qui l'a mise en lumière, c'est aujourd'hui chose faite ! Défiant l'ordre établi, critiquant la monarchie en place et affirmant haut et fort ses convictions, cette femme résolument féministe aura su faire entendre sa voix et briser les tabous ! Merci pour ce nouveau partage toujours aussi inspiré. Une belle journée à toi ! 🙏😊

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Alice
13 janv.
En réponse à

Grand merci pour ce retour, cher Fred ! J'ai retrouvé l'histoire de Taj Saltaneh Khatoum dans mon dossier "Femmes" et je me suis dit qu'elle avait toute sa place dans l'Iran d'aujourd'hui ❤️... Belle journée 🌞à toi aussi !

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