La page de Colette Alice - Ariadna Efron- (Partie 2)
- Ginette Flora Amouma

- 13 déc. 2025
- 3 min de lecture
Ariadna Efron
(1912 -1975)


Née à Moscou en 1912 dans l'armée « blanche » contre-révolutionnaire, Ariadna Efron et sa mère Marina Tsvetaeva vivent dans un singulier état de symbiose.
Marina Tsvetaeva amène partout avec elle sa petite fille, âgée de sept ou huit ans, qui parle comme elle et écrit des vers qu’on a du mal à distinguer des siens. Lorsqu' éclate la Révolution d'Octobre en 1917, son père, Sergueï Efron, part combattre les Bolcheviks dans l'Armée Blanche. Auprès de sa mère et de sa petite sœur Irina, Ariadna survit dans un grenier en se nourrissant de pommes de terre gelées mais aussi de l'amour de la poésie que lui transmet Marina.
En 1919, en pleine Guerre Civile, elle connaît l'abandon, le décès de sa petite sœur Irina, la faim et le froid, dans un orphelinat de la banlieue de Moscou.
En 1922, elle suit ses parents en exil à Berlin, étudie dans un lycée russe en Tchécoslovaquie, puis fait ses études supérieures à Paris, à l’École du Louvre et à l’École des arts appliqués.
En 1937, sous l’influence de son père qui était à Paris l’un des dirigeants de l’association Union pour le retour, elle décide de retourner en URSS. À Moscou elle travaille pendant deux ans en tant que journaliste et illustratrice à l’Union des journaux et revues.
Arrêtée en 1939 comme élément « antisocial », elle est condamnée à huit ans de « rééducation par le travail ».
En 1947, elle est enfin libérée mais se trouve contrainte de vivre hors de Moscou. Elle s’installe alors dans la ville de Riazan (à 200 km au sud de la capitale) où elle vit en enseignant le dessin à l’École des beaux-arts de la ville. Cette semi liberté ne dure que dix-huit mois. Sans motif, elle est de nouveau arrêtée, emprisonnée, puis déportée à Touroukhansk sur les bords de l’Ienisseï, non loin du cercle polaire.
Ariadna sera libérée et réhabilitée en 1955, soit deux ans après la mort de Staline et consacrera les vingt dernières années de sa vie à rassembler et faire éditer les poèmes de sa mère ainsi qu’à la réhabilitation de son père.
C'est grâce à elle que nous est parvenue aujourd’hui l’œuvre de Marina Tsvetaeva qui rencontre un lectorat de plus en plus large en Russie. En marge, Ariadna Efron subvient à ses besoins en travaillant comme traductrice. Mais, après la Révolution, la guerre, l'exil, la terreur stalinienne et la déportation, elle porte le deuil d’une famille au destin tragique : sa sœur Irina morte de faim en 1919, le suicide de sa mère en 1941, son père, Sergueï Efron, arrêté et fusillé la même année, son frère Gueorgui mort au front en 1944, à l’âge de 19 ans.
Ariadna décède en 1975, à l'âge de 63 ans, emportant son mystère. Avec un père engagé du mauvais côté de l'Histoire et une mère au génie poétique censuré par le pouvoir, elle est restée cependant fidèle à ses convictions pro-soviétiques, jusqu’à la fin de sa vie.
« Chaque jour j’appelle à l’aide un miracle qui me ramène dans le monde des vivants. » Touroukhansk, - 8 novembre 1952.
En 2008 paraît aux Éditions des Syrtes, son livre traduit en français : : « Marina Tsvetaeva , ma mère ».

Marina et sa fille Adriana

Éditions des Syrtes (octobre 2008)
Chroniques de Colette Alice

Décembre 2025




Encore une magnifique page féminine qui touche en grand ... merci mon Alice , ta plume est précieuse ❤️
Ariadna Efron est assurément une survivante marquée des profonds stigmates d'un destin tragique ! On ne peut que saluer son courage et sa force de conviction grâce auxquels, les écrits de sa mère, nous sont désormais connus ! De te remercier pour ce nouveau portrait, Chère Alice et de te souhaiter une bien belle journée ! ☺️