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Jean Grosjean, le poète de l'insaisissable

Dernière mise à jour : 5 oct. 2023


Il est né à Paris en 1912 et est mort en 2006.

Il fut poète, écrivain français et commentateur de moult grands textes de l'humanité.

C'est une figure majeure de la littérature du XXème siècle.

Il entre au séminaire en 1933 et quitte la prêtrise en 1950.

Il cumule ensuite plusieurs fonctions de directeur de collection et de co-directeur de la NRF chez Gallimard.

Polyglotte, versé dans les langues anciennes, latin, grec, hébreu et les langues courantes, il devient traducteur et essayiste. Peu connu, c'est par le biais d'autres auteurs qui se sont inspirés de lui ou qui en ont été influencés que je l'ai découvert.

Il a également entretenu une correspondance avec plusieurs personnalités de son temps, des lettres riches d'échanges sur la vie littéraire, des poèmes qui extraient la richesse naturelle de chaque élément qui nous entoure , les saisons et les passages du temps.

Il laisse ses interrogations dans de délicates proses et notre présent se surprend à exister.


Jean Grosjean vit dans un village au contact des sous-bois dont il connaît les plantes et les nombreux autres petits et tout petits locataires.

Une spiritualité s'installe au creux de chaque pas posé sur " la terre du temps",

intouchable, ciel, chant, vent, ombres, nuit et jour, lumière pourtant que les mots cherchent à approcher.

Un promeneur mystique naît de ces marches tranquilles.

Et une poésie fait jour.

Comme le " Que ma joie demeure" de Giono, Jean Grosjean parle de la gloire d'exister, de " la lueur des jours ".

Son lyrisme interpelle, on s'arrête comme on se fige devant les trilles d'un oiseau, le passage du vent et l'appel d'un monde qu'on ne connaît pas mais qui fait signe.

Il y a le langage pour en parler.

Le poète n'a que les mots pour " faire lire " cette lumière comme il le dit lui-même.

Poésie humble mais magique car elle fait tourner notre regard vers un nouvel espace qui se superpose sur celui qui périssait.

Son premier recueil, il le publie chez Gallimard en 1946 : " Terre du temps "

puis il y en eut d'autres :

Nathanaël, Le messie , Jonas

La rumeur des cortèges,

Arpèges et paraboles ....

Il laisse aussi des récits, des pièces de théâtre, des traductions de textes.


L'écrivain Christian Bobin parle de lui en ces termes :


" Son univers est une méditation. Il évangélise comme on a dit de la musique de Bach.

Ses livres semblent livrer une mélancolie car sans rien affirmer, il place sa pensée et révèle son contraire.

1ère assertion : Il faut être comme personne, chacun de nous est un fragment du brasier divin , sa note unique

mais en même temps

il pose la 2ème assertion : rien n'est plus vrai que la vie banale, celle qui nous use dans son passage. Il faudrait pouvoir tenir les deux choses en même temps, ce temps insaisissable.

Ce qui est plus haut que les livres, ce sont les présences".

Quelques extraits des poèmes de Jean Grosjean :


Hier

Assis sur mes talons entre les murs je suis livré à la nuit anonyme et je me tais, mais je l’entends m’entendre. Il faut, dis-tu, marcher d’un mur à l’autre.

Rien, des essors d’oiseaux, l’herbe au soleil, l’odeur du sol, l’azur dans l’abreuvoir et l’envol des instants. Hier n’est plus, ne te retourne pas sur un abîme.

Jean Grosjean 1912-2006

La rumeur des cortèges (Gallimard – 2005)


Extrait :

"Quel printemps nous fut cet octobre au bord des brumes

et quelle aube que de flâner au fond des soirs !

Nous naissions en marchant sur d’antiques malheurs"

J. Grosjean, « Hiver », dans La Gloire, précédé de Apocalypse, Hiver et Élégies (1969), Paris, Gall (...)


Extrait :


Ô fruits d’un arbre dont court à tâtons la sève,

le soleil vous caresse à peine à travers l’ombre.

L’arbre déploie ses deux toisons, l’une flagrante

que l’azur cerne ou que la nuit remplit d’étoiles

et l’autre occulte dans le sol aux senteurs sourdes

mais l’âme de l’écorce étreinte fuit sous nos doigts

et l’eau de la soif reste au fond du puits des yeux.

La sainte distance est assise entre les dieux,

assise entre l’amour aux longs yeux sans sourire

qui dévore des yeux l’amour aux longs yeux graves

et ce frisson de la flamme sans combustible

face à l’inconsumable flamme qui frissonne.



Toute la poésie de Jean est une élévation de la pensée, une sacralisation de la raison qui ne peut échapper à l'essence divine d'une âme qui affirme sa présence et ne veut pas se dérober à son intime jouissance :

Jean Grosjean le dit lui-même :

" Mais n'étions-nous pas déjà

ensemble au début du jour

sans ne plus jamais pouvoir

ne pas être ensemble

Où puis-je abriter mon âme

mais si c'est toi la bataille

je ne veux pas d'autre abri. "


Article écrit le 13 juillet 2023

Ginette Flora


6 commentaires


Marcel Faure
Marcel Faure
15 juil. 2023

Une belle découverte.

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Merci beaucoup, Marcel.

Une découverte pour moi aussi.

J'ai été emportée par sa sensibilité , sa perception de fragiles présences.

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Colette Kahn
Colette Kahn
14 juil. 2023

Une rencontre qui pour moi est une totale et belle découverte !

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Merci beaucoup, Alice .

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Hélène Cuinier
Hélène Cuinier
14 juil. 2023

Une belle surprise et une jolie découverte...

Je le garde dans mes tablettes

Merci beaucoup Ginette

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Heureuse que cela vous parle, Hélène .

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