Jean Grosjean, le poète de l'insaisissable
- Ginette Flora Amouma

- 12 juil. 2023
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 oct. 2023

Il est né à Paris en 1912 et est mort en 2006.
Il fut poète, écrivain français et commentateur de moult grands textes de l'humanité.
C'est une figure majeure de la littérature du XXème siècle.
Il entre au séminaire en 1933 et quitte la prêtrise en 1950.
Il cumule ensuite plusieurs fonctions de directeur de collection et de co-directeur de la NRF chez Gallimard.
Polyglotte, versé dans les langues anciennes, latin, grec, hébreu et les langues courantes, il devient traducteur et essayiste. Peu connu, c'est par le biais d'autres auteurs qui se sont inspirés de lui ou qui en ont été influencés que je l'ai découvert.
Il a également entretenu une correspondance avec plusieurs personnalités de son temps, des lettres riches d'échanges sur la vie littéraire, des poèmes qui extraient la richesse naturelle de chaque élément qui nous entoure , les saisons et les passages du temps.
Il laisse ses interrogations dans de délicates proses et notre présent se surprend à exister.

Jean Grosjean vit dans un village au contact des sous-bois dont il connaît les plantes et les nombreux autres petits et tout petits locataires.
Une spiritualité s'installe au creux de chaque pas posé sur " la terre du temps",
intouchable, ciel, chant, vent, ombres, nuit et jour, lumière pourtant que les mots cherchent à approcher.
Un promeneur mystique naît de ces marches tranquilles.
Et une poésie fait jour.
Comme le " Que ma joie demeure" de Giono, Jean Grosjean parle de la gloire d'exister, de " la lueur des jours ".
Son lyrisme interpelle, on s'arrête comme on se fige devant les trilles d'un oiseau, le passage du vent et l'appel d'un monde qu'on ne connaît pas mais qui fait signe.
Il y a le langage pour en parler.
Le poète n'a que les mots pour " faire lire " cette lumière comme il le dit lui-même.
Poésie humble mais magique car elle fait tourner notre regard vers un nouvel espace qui se superpose sur celui qui périssait.
Son premier recueil, il le publie chez Gallimard en 1946 : " Terre du temps "
puis il y en eut d'autres :
Nathanaël, Le messie , Jonas
La rumeur des cortèges,
Arpèges et paraboles ....
Il laisse aussi des récits, des pièces de théâtre, des traductions de textes.
L'écrivain Christian Bobin parle de lui en ces termes :
" Son univers est une méditation. Il évangélise comme on a dit de la musique de Bach.
Ses livres semblent livrer une mélancolie car sans rien affirmer, il place sa pensée et révèle son contraire.
1ère assertion : Il faut être comme personne, chacun de nous est un fragment du brasier divin , sa note unique
mais en même temps
il pose la 2ème assertion : rien n'est plus vrai que la vie banale, celle qui nous use dans son passage. Il faudrait pouvoir tenir les deux choses en même temps, ce temps insaisissable.
Ce qui est plus haut que les livres, ce sont les présences".
Quelques extraits des poèmes de Jean Grosjean :
Hier
Assis sur mes talons entre les murs je suis livré à la nuit anonyme et je me tais, mais je l’entends m’entendre. Il faut, dis-tu, marcher d’un mur à l’autre.
Rien, des essors d’oiseaux, l’herbe au soleil, l’odeur du sol, l’azur dans l’abreuvoir et l’envol des instants. Hier n’est plus, ne te retourne pas sur un abîme.
Jean Grosjean 1912-2006
La rumeur des cortèges (Gallimard – 2005)
Extrait :
"Quel printemps nous fut cet octobre au bord des brumes
et quelle aube que de flâner au fond des soirs !
Nous naissions en marchant sur d’antiques malheurs"
J. Grosjean, « Hiver », dans La Gloire, précédé de Apocalypse, Hiver et Élégies (1969), Paris, Gall (...)
Extrait :
Ô fruits d’un arbre dont court à tâtons la sève,
le soleil vous caresse à peine à travers l’ombre.
L’arbre déploie ses deux toisons, l’une flagrante
que l’azur cerne ou que la nuit remplit d’étoiles
et l’autre occulte dans le sol aux senteurs sourdes
mais l’âme de l’écorce étreinte fuit sous nos doigts
et l’eau de la soif reste au fond du puits des yeux.
La sainte distance est assise entre les dieux,
assise entre l’amour aux longs yeux sans sourire
qui dévore des yeux l’amour aux longs yeux graves
et ce frisson de la flamme sans combustible
face à l’inconsumable flamme qui frissonne.
Toute la poésie de Jean est une élévation de la pensée, une sacralisation de la raison qui ne peut échapper à l'essence divine d'une âme qui affirme sa présence et ne veut pas se dérober à son intime jouissance :
Jean Grosjean le dit lui-même :
" Mais n'étions-nous pas déjà
ensemble au début du jour
sans ne plus jamais pouvoir
ne pas être ensemble
Où puis-je abriter mon âme
mais si c'est toi la bataille
je ne veux pas d'autre abri. "
Article écrit le 13 juillet 2023
Ginette Flora




Une belle découverte.
Une rencontre qui pour moi est une totale et belle découverte !
Une belle surprise et une jolie découverte...
Je le garde dans mes tablettes
Merci beaucoup Ginette