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Hasui Kawase ou le peintre du soleil levant


Né dans un quartier de Tokyo, c’est un peintre japonais,  (1883-1957) tout à la fois graveur et illustrateur qui trouve sa voie dans l’estampe en privilégiant le dessin des paysages  dans leur transformation au défilement de chaque saison.

Son tempérament est doux et introverti, son caractère réservé, porté sur la discrétion. Ce sont des façons d'être qui influencent grandement l’atmosphère de sa peinture  qui  dégage les effets d’une retenue  lente et patiente,  des marques d’une admiration paisible.  C’est un contemplatif, pas au point de se retirer dans un monastère mais ayant réalisé que la nature donne à ses humains  une véritable beauté silencieuse, Hasui Kawase en tire les leçons et ne peint que les cycles perpétuels des saisons, la neige sur les ponts, les premières fleurs, les étés bienveillants et les automnes évanescents. Même l’été, sous son pinceau, ne montre qu’avec pudeur ses  richesses, ses jardins d’iris, son soleil est doux. L’ombre et la lumière sont habilement tamisées pour que l’une apporte un peu de retenue à l’autre qui ne peut qu’éclairer sans jamais jubiler.

 Hasui Kawase s’interdit de montrer toute exubérance devant une beauté de la nature qu’il voile d’une discrète pudeur.

S’installe ainsi entre l’artiste et son sujet un lien distant mais innervant, compréhension et complicité comme si l’échange se faisait sans qu’une explication ne fut  donnée.

 C’est ainsi qu’il faut comprendre l’œuvre de Hasui Kawase.



S’il a beaucoup appris auprès des impressionnistes de l’Occident, il reste imprégné de sa propre culture traditionnelle de la peinture des lignes fines et traitées comme des calligraphies, ses aquarelles et ses estampes sont si détaillées qu’on dirait des photographies.


Un livre publié en Octobre 2024 par Brigitte Koyama Richard, professeur d'histoire de l'art de l’université Musashi de Tokyo (aux  Editions Scala) montre pour la première fois le parcours du peintre japonais et ses 250 peintures et estampes.

Le livre permet de mieux comprendre la peinture japonaise actuelle qui porte au traditionnel Nihonga, la touche New Age  du Shin-Hanga issue de la réflexion acquise auprès des peintres occidentaux.  



La peinture de Hasui Kawase


Il a grandi dans un entourage familial versé dans les arts et la théâtralité. Kawase s’inspire de ce monde et de ses décors. C’est durant ses séjours de repos forcé pour cause de maladie qu’il s’intéresse aux paysages. Il prend des cours de dessin et étudie le sujet avant de céder aux objurgations de  ses parents qui lui demandent de reprendre l’entreprise familiale.

Il recommence à étudier lorsque le commerce familial est finalement cédé à  un autre membre de la famille.

Il se met à voyager, à rencontrer des peintres occidentaux, à découvrir les  styles de l’art pictural occidental. Puis il prend des cours auprès du peintre japonais Kaburagi Kiyokata qui lui donne un nom d’artiste : Hasui Kawase qui signifie : «  Eau de source ».

Il illustre des magazines et accepte des commandes de motif pour l’industrie textile. Il s’immerge dans le tracé détaillé, précis, raffiné du dessin. C’est une expérience enrichissante pour Kawase qui continue à produire des estampes imprimées chez de grandes marques d’imprimeurs.



En 1923, suite au séisme qui frappa l'île du Soleil Levant, ses œuvres sont détruites. Il reprend ses activités et expose dans les années 1930. Il faut attendre la fin des guerres  pour que ses œuvres soient appréciées et utilisées comme lancement d’une campagne de promotion du tourisme.

Cependant son style pour être compris a besoin d'être exploré. Il est celui qui suit le mouvement Shin-Hanga, un art pictural où chaque composition reflète une expression émotionnelle. Chaque tableau de Kawase dégage le « mood » du peintre très porté sur une douce mélancolie. Il peint des soirs de  lune, des jours de pluie, des jardins d’été, des couchers de soleil  et les paysages du passage des saisons : premiers cerisiers, iris des prairies, couleurs d’automne, neige sur pont.  


On chercherait en vain des personnages, on ne voit que des silhouettes au loin, ils sont là juste pour marquer le sens de l’humain dans l’espace sans limite d’une nature compréhensive, présente, largement présente pour accompagner la tristesse de l’humain.



 Kawase véhicule ses vagues à l’âme en laissant planer une indéfinissable rêverie sur les dessins. C’est un paysagiste qui sait conduire la paix vers les reflets de la lumière dans les lacs. Il pose une légère courbe de solitude sur les arbres.



C’est dans cet aspect où le pinceau se fait poésie que le style Shin-Hanga prend forme. La création d’une atmosphère inspirée de l’art impressionniste occidental trouve chez Kawase sa plus belle expression.  


Le respect de la tradition reste entier quand il peint les éléments de la nature avec précaution : les paysages ressemblent à des photographies



L’estampe est une technique qui passe par quatre stades de la production :


-  L’artiste dessine l’image sur papier.

-  Le graveur humidifie le papier et l’applique sur une planche de bois de cerisier  qui devient une sorte de calque pour graver les lignes du dessin. On obtient un dessin sur bois qui est imprimé en noir et blanc. L’artiste doit appliquer ensuite chaque couleur sur chaque planche différente.  

-  L’imprimeur ensuite encre les feuilles, chaque bois pour chaque couleur. Aucune machine n’intervient dans la fabrication. Des pigments sont utilisés pour des effets de brillance.

-   L’éditeur intervient en fin de travaux.   

Le rôle des éditeurs est primordial. Ils sont chargés de  promouvoir l’estampe hors du Japon  et faire connaître le mouvement en Occident et aux Etats-Unis.


Les dessinateurs français Guy Billout et Yan Nascembene se sont inspirés du Shin-Hanga

 pour réaliser leurs travaux d’illustration  aux lignes sobres et épurées.


Quand les saisons passent sur le Fuji Yama


Kawase voyage beaucoup pour  trouver  les plus beaux endroits au Japon, les dessiner tels qu’ils se présentent et pour cela, il a besoin de s’éloigner des grandes villes aux constructions de verre.

C’est l’une des raisons pour lesquelles il dessine plusieurs fois le même sujet comme le mont Fuji Yama. La montagne est représentée à chaque fois que les saisons passent  quand elle arbore des nuances bleutées ou lorsqu’elle devient d’une douceur safranée.



La découverte du Japon,  c’est aussi la découverte de lui-même sublimé par les variations de l’ombre et la lumière. Le Fuji Yama est le thème le plus important de son œuvre.  

Il est celui qui a essayé de combler le fossé entre tradition et modernité  d’où la beauté intemporelle de ses peintures et de ses estampes.


© Estampes japonaises dozodomo.com

Ginette Flora

Janvier 2025


6 commentaires


viviane parseghian
16 janv. 2025

De l'élégance, de a poésie en tout .. une superbe découverte ... merci Ginette ❤️

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Je n'ai pas résisté à cette finesse .

J'ai voulu en parler ... et puis de mot à mot , j'ai fini par me tisser une toile !!

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colette kahn
15 janv. 2025

Quelque soit la saison la délicatesse des couleurs de la palette de Hasui Kawase parle de sérénité...

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Il y a beaucoup de douceur, cela m'a intriguée et je suis allée explorer !

Bonne journée, chère Alice.

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Elisabeth Rolland
Elisabeth Rolland
14 janv. 2025

Beaucoup de douceur dans ses œuvres

Merci Ginette

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J'ai pensé que l'évocation d ce peintre pouvait t'intéresser.

Il y met tant de couleurs nuancées !

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