Gaspara Stampa
- Ginette Flora Amouma

- il y a 5 jours
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© ilgazzetino.it - gaspara stampa
Elle n’eut pas le temps de se faire connaître plus longtemps, elle meurt à l’âge de 31 ans en ne laissant qu’un seul ouvrage posthume « RIME » qui rassemble ses trois cent onze poésies.
Née en 1523 à Padoue et décédée à Venise en 1554, c’est une poétesse, luthiste et compositrice italienne de l’époque de la Renaissance. Elle commence par chanter des poèmes de Pétrarque en s’accompagnant au luth. Ses talents en musique et en poésie sont remarqués.
Sa vie a été largement commentée par des historiens soucieux de rechercher ce qui relève de la vérité retracée à partir de quelques faits notables et des anecdotes véhiculés par la rumeur.
La famille Stampa, après le décès du père qui est joaillier, s’installe à Venise et fait de son domicile un salon littéraire fréquenté par des peintres, des écrivains et des musiciens.
Les deux filles Gaspara et Cassandra reçoivent une solide éducation axée sur les arts, la littérature, la musique, l’histoire et la peinture.
La mort du seul garçon Baldassare affecte beaucoup Gaspara qui cherche à résister à des vagues de désespoir qui commencent à la perturber. Sa vie devient une suite de moments idylliques et d’abandons, une situation boiteuse qui n’améliore pas ses accès de mélancolie prenant la forme d’une dépression dont se ressentent ses poèmes.
Sa liaison avec le comte di Collalto lui cause maints tourments qui lui inspirent des poèmes désenchantés d’une grande clairvoyance. Aimer, oui mais le savoir et pressentir que tout va s’achever relève d’une souffrance telle que la poésie de Gaspara est un joyau à deux facettes : exaltation et interrogation, surprise des sens et prémonition d’une fin rapprochée. C’est sur ce bivalve contradictoire que repose sa poésie dominée par ce contraste, ce tressaillement de lucidité qui, malgré la puissance du bonheur distillée par le don d’aimer, conduit à la désillusion.
Escorte amoureuse
Le cœur te suivrait dans ses départs, Seigneur,
Si davantage avec moi celui-ci était
Puisqu’à cause de tes yeux Amour me l’a dérobé.
Avec toi iront donc mes soupirs,
Car eux seuls me sont restés
Fidèles et chers compagnons,
Et les voix et les lamentations :
Et si tu vois que leur escorte vient à manquer,
Songe alors que morte je serai.
© Traduction de Lucile Charton
Elle prend pour modèle le poète Pétrarque pour composer sa poésie lyrique. L’intensité d’un sentiment est évoquée avec un grand sens de la description des émotions.
Son œuvre, issue d’un vécu personnel, a cependant trouvé pour l’exprimer le modèle d’un poète du Moyen âge et suivi une démarche existante sans qu’elle ait pu trouver une voie nouvelle pour s’affranchir d’un système linguistique existant. On dit d’elle que sa grande intelligence lui faisait entrevoir un concept pour définir cette dialectique pesante. Aurait-elle réussi à pousser sa créativité vers des voies plus novatrices ? Sa mort précoce a freiné son destin.
Son unique recueil RIME


Amour a décidé:
Les flammes sont ma vie.
Le sentiment d’abandon est inscrit dans sa poésie, une thématique qu’elle ne cesse d’étudier, s’efforçant de comprendre le mécanisme amoureux qui fait aller de l’exaltation à l’interrogation.
Elle ne cesse de se poser la question essentielle : « Qui m’habite ? » Elle est connue par ses poèmes au nombre de 311, qui traitent essentiellement des tourments amoureux.
Rime 208
L’amour a fait de moi que je vive en feu
Comme une nouvelle salamandre sur terre
Ou une autre créature rare, le Phœnix,
Qui en expirant s’élève tout à la fois.
© internet Poem.com
On la compare à Pétrarque, le poète du Moyen âge qui éprouva pour Laure de Sade un amour platonique évoqué dans son « Canzoniere ».
C’est sa sœur Cassandra qui recueille ses poésies dans un livre posthume et le publie sous le titre de RIME .
Gaspara meurt d’une violente fièvre là où elle a toujours vécu, dans le salon du domicile familial, à Venise.
Poème 53
Aimer, brûler !... Non, je n’en suis point lasse, et même
Je sens ces feux en moi sans cesse plus puissants ;
Et qu’il en soit ainsi me laisse sans regret :
Amour le sait, qui ne me quitte un seul instant…
Mais d'où vient que l'espoir jour après jour faiblit ?
Je le vois s'effacer tel une brume au vent,
Cet espoir, qui suffit à contenter mon cœur;
Car sans lui, point de vie; et lui seul m'a fait vivre !
Au plus profond de moi-même souvent j'entends
Je ne sais quelle voix qui m'inquiète : "O pauvrette,
Ce bonheur où tu es ne va guère durer ;
Dans peu de temps pourrait s'éteindre la lumière
Par qui vraiment tes yeux sont ravis en extase,
Et avec elle s'éteindraient toutes tes joies.
Gaspara Stampa, "Poème 53", Poèmes, Édition bilingue, Gallimard, Collection Poésie, 1991, pp. 52-53. Traduction de Paul Bachmann.
Poème 73
Amour a décidé : les flammes sont ma vie !
Salamandre d’un genre inconnu en ce monde …
Je suis aussi cet animal non moins étrange
Qui au même élément doit de reprendre souffle.
Ma jubilation, toujours, et mes délices,
C’est de vivre en brûlant, indifférente au mal
Sans chercher à savoir si celui qui me brûle
Pour moi ressent de la pitié, un peu, beaucoup…
Mes premières ardeurs à peine étaient éteintes,
Amour en ralluma d’autres, et jusqu’ici
Je les éprouve plus vastes et plus violentes.
Aimer, brûler ! Pour moi, je n’en ai nul regret,
Pourvu qu’a ce nouveau ravisseur de mon cœur,
Ma flamme apporte une plénitude de joie.
© Gaspara Stampa, Poèmes, tr. Paul Bachmann, Paris : Gallimard, 1991, no 73.
Ginette Flora

Mai 2026



Aimer fait mal quand il n'est pas partagé, mais il fait mal aussi quand l'être aimé disparait.
L'amour est toujours contradictoire, on s'oublie pour penser à l'autre...
Une décoouverte pour moi qui aime la poésie et l'écriture. Merci chère Ginette pour cette belle rencontre avec Gaspara Stampa. Belle journée malgré la pluie... Amicalement votre...
Comment ne pas être touché par les vers de Gaspara Stampa ? Ces derniers révèlent une écriture à la fois forte, sensible et passionnée. Probablement, cette poétesse aurait-elle eu encore beaucoup à nous offrir... Merci à toi, Chère Ginette, de nous l'avoir fait découvrir ! ^^
Merci pour la superbe découverte, pour le portrait, pour les rimes inconnues ....encore une magie de tes lignes ❤️
Merci, chère Ginette, pour ce très beau portrait d'une artiste de la Renaissance si talentueuse que je découvre avec grand plaisir d'autant qu'il y a des domaines dans lesquels je ne m' "aventure pas " 😉 ! Bon dimanche malgré le ☔.