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"Flow my tears " de John Dowland



John Dowland est un compositeur luthiste britannique né en 1563 à Londres ( ? ) et décédé en 1626 à Londres.

Il a composé principalement des Ayres, des mélodies accompagnées au luth, un instrument d’époque.

Les biographes s’accordent pour dire que l’homme lui-même est peu connu car il voyage beaucoup  en contribuant à faire connaître sa musique dans les cours d’Europe.  Après avoir obtenu ses licences de musique, il est engagé au service de l’ambassadeur d’Angleterre à Paris. Il se convertit au catholicisme.

Quand il rentre en Angleterre, il postule pour un poste de luthier à la cour d’Angleterre pour remplacer le luthier qui œuvrait auprès de la reine Elisabeth 1ère mais sa candidature est toujours rejetée sans que les historiens n’arrivent à débrouiller les véritables raisons  qui l’ont écarté de la Cour. Il décide de s'exiler, de tenter sa chance ailleurs. Il voyage en Europe, en Italie, en Allemagne et au Danemark où il accepte le poste de luthier à la cour du roi de Danemark. Il y travaille pendant une dizaine d’années.

 Sa musique s’affranchit des contraintes de l’ancienne musique polyphonique au style élisabéthain. Il compose une musique inspirée des techniques baroques, la vivacité italienne, l’élégance française et la puissance allemande. Il trouve ainsi sa voie personnelle.

 Ses morceaux de musique peuvent être interprétés comme des solos ou accompagnés du luth.  On se sent proche des paroles, les mélodies sont expressives, le nouveau style musical plaît.


 Son œuvre musicale


 Dans les cours nobles d’Angleterre, un des moments les plus prisés était de se rassembler autour d’un musicien et de l’écouter jouer de son instrument. Au cours de ses voyages, Dowland fait entendre sa musique lente, mélancolique, parfaitement adaptée à une danse lente et au genre qui est en vogue à cette époque. Ce sont essentiellement par des pièces expressives que Dowland retient l’attention.


« L’âme pleure  comme l’esprit parle ou la voix chante. La larme est une passion de l’âme. » Extrait Jean-Loup Charvet, « Les larmes baroques », contre-ténor mort en 1998, chanteur lyrique  dans l’ensemble « Les passions de l’âme ». 

 En 1590, Dowland compose « Flow my tears ». C’est le 2ème air du second livre de chansons, publié en 1600, un recueil pour une voix, une mélodie accompagnée d’un luth.





Flow, my tears, fall from your springs!

Exiled for ever, let me mourn;

Where night's black bird her sad infamy sings,

There let me live forlorn.


Il signe son œuvre de Jo : Dolandi de Lachrymae ( le John Dowland des larmes )

Cet air remporte un tel succès qu’il est repris par Dowland lui-même qui fait des arrangements tandis que d’autres musiciens composent plusieurs versions. L’œuvre se situe en pleine période baroque en matière de musique.

 La première partie est formée d’une ligne de quatre notes mélodiques avec un procédé  musical sur une ligne de basse descendante. Ensuite une partie se répète avec la portée de notes ornementales. Depuis quatre siècles, les quatre notes qui embrayent le « Flow my tears «  est appelé le « sol-fa-mi », le motif des pleurs.


Down vain lights, shine you no more!

No nights are dark enough for those

That in despair their last fortunes deplore

.Light doth but shame disclose.


 A l’origine, cet air profondément triste est publié sous le nom de «  Lachrymae pavane ». C’est  la mélodie  la plus célèbre de John Dowland. On est à une époque où l’Angleterre adopte une mode musicale entachée de mélancolie. Dowland y trouve sa place et s’y creuse un univers.  

 «  La mélancolie était le symbole d’une personnalité supérieure, caractéristique de quelqu’un d’assez mûr pour éprouver des sentiments profonds ».  (© Article de telegraphi.com)

Never may my woes be relieved,

Since pity is fled;

And tears and sighs and groans

my weary days, my weary days

Of all joys have deprived.


Ce qu’il est lui-même en tant qu’individu, c’est sa musique qui le raconte.

«  Toujours Dowland, toujours triste ».  C’était sa devise.

Dowland laisse une musique qui ne vieillit pas. Elle est intemporelle et Dowland est un compositeur qui a popularisé le genre. Ses chansons, les fameuses ayres, ont fait de l’anglais une langue européenne.

Il est le Shakespeare de la chanson., rapporte de lui Geoffroy Huard, professeur d’université et historien.

Toute l’œuvre de Dowland comporte des chansons pour luth. Les arrangements postérieurs intègrent d’autres instruments comme la flûte et le violon.


From the highest spire of contentment

My fortune is thrown;

And fear and grief and pain

for my deserts, for my deserts

Are my hopes, since hope is gone.

 

Hark! you shadows that in darkness dwell,

Learn to contemn light

Happy, happy they that in hell

Feel not the world's despite.



En 1604, il publie Lachrymae ou seven tears ( « Les pleurs ou les sept larmes ») Chacune de ces mélodies est basée sur le motif des larmes.


  



Les œuvres musicales  de Dowland pour instrument, luth, viole de gambe et flûte ouvrent la voie au développement d’une musique instrumentale sans le support de la voix.

 Préface de Dowland en 1604 dans Lachrymae :

«  Si le titre promet des larmes, invitées malvenues en ces temps de réjouissances, celles que pleurent la musique n’en sont pas moins agréables. Les larmes ne sont pas toujours versées dans la douleur car elles accompagnent parfois la joie et l’allégresse. » 

Dowland est un musicien errant, vivant souvent à l’étranger, en Europe, espérant toujours être accueilli à bras ouverts chez lui, dans son pays mais quand il rentre en Angleterre, il est persona non grata, il accepte de travailler pour un courtisan et c’est seulement en 1612 qu’il obtient le poste de musicien luthiste à la cour royale d’Angleterre quand à la mort d'Elisabeth 1ère, c'est le roi Jacques 1er qui l'agrée auprès de lui.

 Dowland ne quittera plus la ville et meurt à Londres en 1626.


 « Les larmes sont sans doute des paroles muettes que la nature emploie pour faire connaître l’état où l’on est » ( extrait de characters des passions de Marin Cureau de la Chambre, philosophe au temps de Louis XIV)


 Postérité


- Jean-Loup Charvet est un contre ténor, mort en mai 1998. Il laisse un album, son premier disque : les larmes baroques  (Astrée/ Auvidis, 1997). Il dirige jusqu’à sa mort  l’ensemble « Les passions de l’âme ».  On se surprend à écouter  le fairy Queen de Henry Purcell. Le répertoire de Charvet,  de l’historien de l’art qu’il était également, renoue avec les grands musiciens baroques et John Dowland  y fait couler ses larmes.

  - Le chanteur Sting a repris les compositions de Dowland dans son album Songs from the labyrinth – 2006.

- De nombreux artistes se sont approprié le thème dolent de l’univers de Dowland.

 Benjamin Britten, Perry Granger, Elvis Costello, Pink Floyd, Edward Elgar.

 Dowland laisse sa signature dans l’humeur des anglais, cette fine et brumeuse mélancolie, le foggy flegmatique qui se nourrit de douleur discrète et silencieuse.


Articles consultés :

 © Article de Max Dozolme chez France musique

 © Article de Franck Mallet / lesinrocks.com

Ginette Flora

Février 2026




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