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La page de Colette Alice - Eléonora Duse, la comédienne de Sardaigne

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

« La Duse »

Eleonora Duse

  (1858 - 1924)



Eleonora Duse est une comédienne italienne née le 3 octobre 1858 à Vigevano (royaume de Sardaigne). Elle est considérée comme l'une des plus grandes comédiennes de son temps et la  rivale de Sarah Bernhard.

D’une famille de comédiens, Eleonora passe son enfance dans la troupe amateur itinérante de ses parents. En 1862, à l'âge de quatre ans, elle joue le rôle de Cosette dans une version théâtrale des Misérables et, à tout juste vingt ans, elle est à la tête d'une compagnie dans laquelle elle tient les rôles de « première amoureuse ».

 

En 1879, elle connaît son premier succès avec le rôle de Thérèse Raquin, dans une pièce de théâtre adaptée du roman d’Émile Zola, une prestation qui lui vaut l'adoration du public et la reconnaissance de la critique. Cette même année, elle entre dans la troupe semi-permanente de Turin de Cesare Rossi (1) où elle porte à maturation son choix esthétique, recueillant l'héritage du passé tout en rompant  avec la tradition du « grand acteur » de la première moitié du XIXe siècle.

 

En 1880, Eleonora Duse, qu’on appelle désormais « La Duse », accomplit les choix de répertoire qui marqueront son parcours artistique et sa carrière théâtrale. Un répertoire qui lui permet d'exprimer son sentiment de crise face à son époque. Elle privilégie les « pièces bien faites », notamment françaises : des pièces modernes, mondaines, adaptées à l'évolution des goûts du public de cette fin du XIXe siècle. 

Ses thèmes de prédilection sont des thèmes universels difficiles à affronter mais spécialement représentatifs de la société bourgeoise de l'époque : l'argent, le sexe, la famille, le mariage, le rôle de la femme. Il en ressort le portrait d'une société respectable mais prisonnière de ses excès, brillante mais dépravée, obnubilée par un dieu de l'argent régulateur de bien des relations humaines, un monde dans lequel il est parfois difficile d'éprouver des émotions sincères.

 

 La compagnie Duse


En 1881, Eleonora épouse Tebaldo Checchi (2), un acteur de sa compagnie. L'union de laquelle naît une fille, Henriette, se révèle rapidement malheureuse et se termine par une séparation définitive.

En 1884, elle se lie avec Arrigo Boito (3), une relation restée secrète durant plusieurs années. Pendant cette période, la comédienne fréquente le milieu des librettistes et son répertoire s'enrichit des drames de Giuseppe Giacosa (4), un ami d'Arrigo Boito.

En 1886, Eléonora fonde sa propre compagnie et porte sur les scènes italiennes les drames d'Henrik Ibsen (5) dont elle interprète Une maison de poupée, Hedda Gabler, La dame de la mer, Rosmersholm...

A partir de 1890, elle joue principalement hors d'Italie, notamment à Paris où elle connaît la consécration.


Mais le tournant décisif de sa vie et de sa carrière artistique sera la rencontre à Venise en 1894, avec Gabriele D'Annunzio (6). « La Duse » rencontre Gabriele D'Annunzio  pour la première fois à Rome en 1882. C'est un jeune homme séduisant, arrivé depuis peu des Abruzzes, avec déjà trois œuvres publiées. Il se présente à Eleonora et quand il lui propose sans autre préambule de coucher avec lui, elle le congédie avec une  indignation… sans doute teintée d’une secrète satisfaction ! Elle le décrit ainsi :

« Déjà célèbre et très séduisant, les cheveux blonds et quelque chose d'ardent dans sa personne. »

En 1888, Eleonora qui vient de jouer La Dame aux camélias au teatro Valle, se dirige vers sa loge, lorsqu'un jeune homme surgit de la pénombre et lui crie, avec enthousiasme : 

« Ô grande amatrice! » (Ô, grande séductrice !).

Eleonora, surprise, le dévisage un moment et poursuit son chemin. Elle venait à nouveau de croiser Gabriele…

                      

            



 

 

 

 

 

 

 

             

                  

La Dame aux camélias                                                                       Gabriele D’Annunzio vers 1915

 

Le lien sentimental et artistique tempétueux qui s'établit entre la comédienne et le jeune poète dure une dizaine d'années et contribue de manière déterminante à asseoir la réputation de D'Annunzio. Eleonora Duse, que l’écrivain appelle « La Divine », déjà célèbre et acclamée en Europe et outre-atlantique, porte sur toutes les scènes les drames dannunziens (Il sogno di un mattino di primaveraLa GiocondaFrancesca da RiminiLa città mortaLa figlia di Iorio…), finançant souvent elle-même les productions et leur assurant le succès et l'attention de la critique, y compris hors  d’Italie.

 

Cependant quand, en 1896, D'Annunzio lui préfère Sarah Bernhardt pour la première française de La ville morte, les périodes de proximité et de collaboration entre les deux artistes alterneront alors entre crises et ruptures. Cependant si D'Annunzio suit rarement l'actrice dans ses tournées, il loue, en 1898, une villa à Florence pour se rapprocher de la demeure d'Eleonora.

 

En 1900, D'Annunzio publie son roman Il fuoco, inspiré de sa relation avec « La Duse », suscitant de vives critiques de la part des admirateurs de la comédienne.

 

Gabriele D’Annunzio et Eleonora Duse rompent en 1910. « La Duse » qui a quitté le théâtre en 1908 y reviendra de 1921 à 1923. Entre-temps, de 1909 à 1911, elle entretient une liaison avec la jeune rebelle féministe Lina  Poletti (6) et, en 1916, joue au cinéma dans le film : Cenere  d'Arturo Ambrosio (7).

 

Le 21 avril 1924, au cours d'une ultime tournée américaine à Pittsburgh, Eleonora Duse décède d’une pneumonie à l’âge de 66 ans et sera enterrée au cimetière d'Asolo, conformément à sa volonté.

 

(1) Cesare Rossi  (1887-1967) : homme politique du Parti national fasciste italien et journaliste.

 

(2) Tebaldo Checchi (1860-1918) : acteur, écrivain et diplomate italien.

 

(3) Arigo Boito (1842)-1918) : compositeur, romancier et poète italien.

 

(4) Giuseppe Giacosa  (1847-1906) : poète, dramaturge et librettiste italien.

 

(5) Gabriele D’Annunzio (1863-1938) : dramaturge, écrivain, librettiste, homme politique… italien.

 

(6) Lina Poletti (1885-1971) : écrivaine, dramaturge et militante féministe italienne.

 

(7) Arturo Ambrosio (1870-1960) : réalisateur et producteur italien.

 

  

Un film biographique franco-italien réalisé par Pietro Marcello, consacré aux dernières années d’Eleonora Duse, est actuellement sur les écrans avec Valeria Bruni Tedeschi dans le rôle de « La Duse ».


Chronique de Colette Alice

Janvier 2026

 

 

 

 

4 commentaires


Fredoladouleur
Fredoladouleur
il y a un jour

Ce nouveau portrait à ton actif donne sincèrement envie d'aller découvrir au cinéma le biopic consacré à cette grande actrice. Je ne connaissais pas Eléonora Duse, je l'avoue mais je sais pouvoir compter sur toi pour mettre en lumière la vie de certaines femmes dont je n'ai pas encore découvert le parcours ! Merci pour ce nouveau partage et beau dimanche à toi, Chère Alice ! ^^

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Alice
il y a un jour
En réponse à

Merci, cher Fred ! Je vais très souvent au cinéma et j'ai découvert Eléonora Duse dans le film "La Duse". Je n'ai pas tout aimé mais la scène de la rencontre entre Eléonora et Sarah Bernhardt (jouée par Noémie Lvosky) est inénarrable 😍 !!

Egalement un bon dimanche à toi !

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viviane parseghian
il y a 3 jours

Magnifique mon Alice ... une tempête de vies qui se croise et c'est beau ! Merci de ce portrait, un de plus, j'aime tant quand tu nous les confies ! ❤️

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Alice
il y a 2 jours
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Merci ma fidèle Brocéliande... c'est toujours un plaisir de partager ces portraits de femmes avec toi 💕💕💕💕

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