Cosmos
- Ginette Flora Amouma

- 6 mai
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Dernière mise à jour : 6 mai
C’est un film qui sort le 6 mai 2026 et qui est réalisé par Germinal Roaux, un cinéaste franco-suisse.
Le film qui est un long métrage retient déjà l’attention parce qu’il est en noir et blanc, se développe sur des silences, des non-dits mais ressentis. Il est porté par l’interprétation des deux rôles principaux tenus par deux personnages qui vont se rencontrer et se reconnaître malgré leurs différences. D’autre part, le film rassemble l’humain, le végétal et l’animal. On est dans le Yucatan ( un des états du Mexique ) au milieu d’une flore giboyeuse et Cosmos peut être entendu comme l’évocation d’une vision cosmogonique de l’univers mais il peut aussi renvoyer aux asters mexicains, le cosmos, la fleur emblématique du Mexique, la fleur d’une beauté paisible s’harmonisant avec la luminosité tamisée d’un temps qui dévoile sa présence hors du champ temporel.
Conte philosophique, réflexion sur la vieillesse, la crainte inavouée de la finitude ?
Le cinéaste travaille sur les sujets qui lui tiennent à cœur. Tout prend ainsi un sens, les plans fixes, les travellings lents, les silences, les sentiments surpris sur les visages et dans les gestes, l’état de grâce qui s’installe pour mener le lien jusques aux confins de l’indicible.
Bande annonce
Le cosmos

Il est une fleur qui est originaire du Mexique et dont les bienfaits thérapeutiques sont bien connus des mayas qui utilisent la plante pour soigner leurs douleurs. Cet anti-inflammatoire naturel a pour vertu de calmer les esprits inquiets. Elle est le symbole de l’harmonie, de l’ordre, de la paix et de l’équilibre des sentiments. C’est une fleur d’une très grande beauté, elle incarne la connexion avec la nature. Ces plantes sont aussi appelées des asters mexicains. Le film est entièrement tourné dans la jungle au sein d’une communauté maya qui connaît bien son environnement, cette vie végétale omniprésente qu’il est indispensable d’écouter pour vivre avec elle sans la détruire.
« Cosmos » ou la connexion entre deux êtres différents

Dans un village perdu du Yucatan, Léon, un paludier, travailleur dans les marais salants, âgé de 62 ans, apprend que sa maison va être détruite pour permettre la construction d’une route. Il est confronté à une réalité qui secoue son calme habituel.
Au retour d’un voyage, il croise Lena, une femme de lettres, ancienne professeure d’université à Mexico, âgée de 68 ans, qui va se retirer dans la jungle pour échapper à la peur de la mort car elle est atteinte d’une maladie incurable et que sa fin est proche.
Elle a entendu parler de la bienveillance des mayas et cherche un endroit où se poser. Léon la reçoit chez lui et entre eux deux commence un lent voyage autrement plus intérieur et intimiste, où l’on s’apprivoise pour s’apercevoir qu’une connexion réelle s’établit entre deux êtres différents mais happés par le passage de la mort, de la solitude, de la vieillesse.
Comment parler de ce lien profond qui va naître entre eux deux ? Comment dire et faire sentir que la nature autour d’eux s’étonne et tourbillonne d’une joie indicible quand Bruno, le chien s’approche de Léon ? Avait-il reconnu en lui l’être qui va fissurer le temps ? Comment Léon et Lena vont faire passer davantage de mots dans leurs silences que dans les dialogues où seuls quelques pétales sont effeuillés ?
« Aimer, c’est peut-être apprendre à marcher dans ce monde . » lui dit-elle.
1/ Le choix du noir et blanc
Le réalisateur a choisi de produire un film en noir et blanc pour apporter la réponse aux questions que pose le récit. Ce n’est pas une histoire, c’est une méditation. Ce n’est pas un divertissement, c’est une entrée dans un silence lumineux où chaque mot, chaque geste a une importance telle qu’on revient écouter le peu de mots avoués et prononcés dans un tremblé étouffé.
« Tu as réveillé en moi beaucoup de choses que j’avais oubliées. »
Les deux visages sont marqués par l’âge et par des vécus qu’on imagine, qu’on voudrait approcher tant ils sont vecteurs de bonheur impassible, intact, palpitant d’un moment reconnu, étreint.
Pourquoi le noir et blanc ? "Pour gommer l’anecdote au profit de l’universel", dit le cinéaste. Pour révéler la couleur de la source où jaillit l’âme. C’est un langage qui montre l’intime et incite à la réflexion car il déclenche un soi intérieur, personnel, ce grand moment qu’on appelle liberté qui est la rencontre de soi avec soi-même.
A regarder évoluer les deux personnages qui parlent peu mais qui se comprennent et qui s’ajustent dans une danse où ils accordent leur pas dans un mouvement sphérique, on comprend que sur la route du Yucatan, ils ont cueilli le cosmos, l’étrange fleur, l’aster des tribus qui symbolise l’harmonie et la contemplation d’une beauté qui crée une troisième personne spectatrice d’un moment unique. Eux deux si différents ont engendré une troisième personne que nous ne cessons pas d’effleurer, d’apercevoir à travers leur gestuelle, une troisième personne qui erre car elle a germé dans une terre où les graines de cosmos ont poussé pour faire apparaître une autre beauté si intense que chaque séquence est un hymne à l’amour, de cet amour qui serre le cœur, qui tient tous les sens en alerte.
En cela, la séquence où Léon brosse longuement la chevelure de Léna est un pur moment de grâce. Et il y en d’autres, on les reprend, on les revoit …
« Pourquoi me regardes-tu comme ça ? Tu aimes me voir comme çà ? »
Oh ! Ce visage de la femme éblouie avec au fond de la pupille cet incommensurable regret de ne pouvoir vivre plus longtemps l’instant donné !
Et cet homme posant un regard rempli d’eau de la jungle, sans cesse tranquille et sûr de celui qui sait pour avoir vu couler la sève dans le feuillage !
Léon est le gardien maya des secrets de la nature et des esprits. Sa peur, c’est d’être bientôt chassé de ses terres. Le réalisateur explique que c’est dans la jungle qu’il a trouvé « le sujet qui me permettait de me réconcilier avec ma peur de la mort. »
Le choix du noir et blanc, c’est l’expression d’un langage. C’est la couleur faite d’ombres et de lumière d’un temps qui s’est installé et qui n’est plus ni celui de Léon ni celui de Léna mais celui des âmes qu’ils sont devenus.
2/ Les silences, la lenteur, la longue marche du temps
Le réalisateur avait besoin d’exprimer sa pensée en adoptant quelques paroles car c’est « le vent qui apporte les peines et les joies. »
Lena rencontre Léon, celui qui va l’aider à franchir la jungle de la mort, celui qui en la connectant au végétal, au minéral et à l’aquatique, aux forces vitales simples nées de la terre va lui ouvrir une saison, où vivre devient une traversée immuable.
On rejoint l’impalpable, le temps s’arrête et Lena comprend que la personne issue de leur rencontre restera vivante même si elle erre auprès des plantes et des ruisseaux.
3/ Est-ce un film sur la mort, sur l’amour ?
Léon lui dit que la mort est une étape.
Lena avait peur de ne savoir où se situer face à la mort. Léon lui apporte sa vision cosmique par des gestes, des mots retenus, des regards, par une présence qui lentement s’écoule en Léna comme un torrent sans fin. C’est un film d’une pureté absolue et son titre est celui d’un lieu posé dans la spirale d’un temps qui se revitalise.
Ginette Flora

Mai 2026



Voilà une précieuse présentation de ce film que je vais voir en début de semaine prochaine. Merci et bon W.E. chère Ginette !