Caroline Ann Bowles, un souffle de vie
- Ginette Flora Amouma

- il y a 7 heures
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© somersetandwood.com / self portrait with dogs / Caroline Ann Bowles
Pour parler d’elle, elle fait son portrait et laisse ses chiens dire ce qu’elle éprouve. Le regard posé avec inquiétude sur sa maîtresse, le grand chien s’interroge sur les pensées que Caroline dissimule dans le creux d’une posture d’abandon. Sa main est posée sur le petit chien couché sur elle dans un mouvement de confiance complète. Le tableau dégage une sensibilité à fleur de peau.
D’autres tableaux montrent son amour de la nature, des arbres. La position des arbres et de leur feuillage indiquent une force doublée d’une capacité à libérer une profonde douceur. Une rivière coule non loin des troncs, une bienveillance forestière veille sur les berges, portant l’eau dans ses racines.


© Aquarelles de Buckland cottage, maison d’enfance de Caroline Ann Bowles
C’est un lieu tranquille entouré d’arbres qui l’ont accompagnée toute sa vie, lieu de son inspiration où très tôt s’est affirmé son talent artistique. Elle y retourne à la fin de sa vie auprès de ses forêts, des rivières, des souches de bois et des fleurs. C’est le lieu de sa sérénité ultime quand elle dit : " Si la rivière est le temps qui passe en traversant les saisons, la rivière, c’est aussi l’éternité quand elle va se jeter dans l’océan pour y trouver l’immensité sans limites."
Caroline Ann Bowles est aussi une poétesse.
La poésie de Caroline Ann Bowles
Elle est née dans le Hampshire en 1786 à Lymington en Angleterre au Buckland Manor, le domaine de son père, le pays de son enfance, le lieu où elle se refugie et souhaite mourir. C’est un précepteur, en la personne du vicaire, le pasteur local qui lui enseigne la lecture, l’écriture et le dessin. La peinture et la poésie ainsi que l’écriture de contes lui permirent de meubler son existence solitaire.
C’est l’enfant unique d’un capitaine de marine, retraité de la compagnie des indes orientales et qui s’isole dans son domaine, laissant Caroline vivre une enfance et une jeunesse indépendante, souvent solitaire au milieu d’une campagne apaisée qui lui apporte prégnance cultivée et résilience tranquille qui ne la quitteront pas.
La rivière
Rivière, rivière ! Petite rivière
Tu brilles de mille feux sur ton chemin
Sur les galets jaunes dansant
À travers les fleurs et le feuillage qui se reflètent
Comme un enfant qui joue
...
Rivière, rivière ! Rivière impétueuse !
Tu plonges dans la mer,
Mer que cette ligne n'a jamais sonné,
Mer que la voile n'a jamais contournée,
Comme l'éternité.
( Caroline Ann Bowles )
Son père avait amassé une fortune grâce au commerce et si elle hérite à la mort de ses parents du domaine de Buckland, une mauvaise gestion lui fit perdre les acquis de son père. Un fils adoptif de son père lui procure une rente qui lui permet de continuer à vivre dans la maison familiale mais elle comprend vite qu’il lui faut trouver des revenus réguliers ailleurs.
Elle se décide pour échapper à la précarité, à publier ses poésies et part à la recherche de maisons d’édition. Cette démarche la fait entrer dans les milieux littéraires et elle rencontre ainsi Robert Southey, un poète lauréat qui lui donne quelques conseils quant à la publication de ses écrits et à la manière de faire une refonte de son écriture.
Il l’initie aux pratiques en matière de commercialisation des écritures poétiques. Elle s’affirme et dégage une écriture personnelle, lyrique sans occulter les autres genres qu’elle affectionne, les récits satiriques, les contes en prose et les essais sur les problèmes de société.
C’est ainsi que Caroline et Robert en viennent à correspondre longuement, une correspondance qui devient vite un lien, un échange d’idées et de pensées qui créent entre eux un attachement durable, leur correspondance s’étalant sur une vingtaine d’années, engendrant la production de 300 lettres.


Elle publie des recueils de poésies :
Ellen Fitzarthur en 5 chants.
-" Solitary hours" en 1826 , des sonnets inspirés par sa vie à la campagne.
- "The birth-day a poem in three parts", une autobiographie
- "Autumn flowers aund other poems"
- Une pièce dramatique « The murder glen »(1836)où satire et poésie se juxtaposent Le livre révèle les pensées de Caroline quand il s’agit des questions sociales.
- Sa correspondance avec Robert Southey (1818-1839)
Caroline et Robert
L’amitié longue et entière qui s’est installée entre Caroline et Robert est devenue si totale que lorsque la première épouse de Robert décède, il demande Caroline en mariage contre l’avis des enfants de la belle-famille. Elle le sait déjà très malade mais elle accepte. Il a 63 ans, elle en a 52 .
Les nouvelles noces font que Caroline suit Robert dans sa demeure où vivent ses enfants issus du premier mariage. La belle-famille n’accepte pas Caroline. La situation empire quand Robert perd ses capacités physiques et que Caroline s’épuise à l’aider dans toutes les tâches. Robert meurt en 1843 après 3 années de souffrance où Caroline a été plus pour lui une aide-soignante qu’une compagne.
Caroline décide de retourner dans son cottage où elle essaie de se ressourcer à des ondes positives. Elle cesse d’écrire, se consacrant à l’édition des écrits et de ceux de son mari mais au bout de quelques années, elle décède en 1854.
A la mort
Come not in terrors clad, to claim
An unresisting prey :
Come like an evening shadow, Death !
So stealthily, so silently !
And shut mine eyes , and steal my breath ;
then wilingly, O willingly,
With thee I’ll go away !
Ne viens pas vêtue de terreur, annoncer
A une proie qui ne résiste :
Mais viens telle une ombre du soir, Mort !
Discrètement, silencieusement
Fermer mes yeux, voler mon souffle ;
Et de bon cœur, Ô de bon cœur,
Avec toi je m’en irai !
(© traduction de Lucie Dhenin/Les métisseurs de mots )
Ginette Flora

Juin 2026



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