Antoine Serra, le peintre du Sud
- Ginette Flora Amouma

- 15 juil. 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 mai 2025
C’est un peintre français d’origine sarde, né en Sardaigne en 1908 sur l’île de Maddalena qui est une commune de la Sardaigne.
Sa famille s’exile en espérant trouver une vie meilleure à Marseille quand elle décide de s’y installer après la mort du père.
Il se souviendra toujours de son enfance difficile quand il doit lui-même subvenir aux besoins de la famille en entrant très jeune dans le monde du travail quand il est engagé comme apprenti peintre dans le bâtiment.
C’est une période qui le marque, il découvre la pénibilité du travail manuel, l’univers des ouvriers, leur lutte incessante pour acquérir de meilleures conditions de vie.
Au contact de cette vie rude, il s’engage dans la lutte des classes et se consacre à la cause prolétaire.
Le déclic
Un jour, sur les quais du port, il rencontre un peintre qui fait un croquis des bateaux et des oiseaux, assis devant son chevalet.
Il a un déclic qui semble être la matière dont il avait besoin pour donner à sa vie une lumière qui en irradierait les ombres et les servitudes.
De cette illumination, il n’en perdra plus un seul gramme de couleur et jusqu’à la fin de sa vie, c’est ce qui le portera.
Comme une flamme et dans son cœur et dans sa manière de vivre. La flamme artistique le tiendra éveillé et attentif à en suivre la lumière.
Il a quinze ans quand il demande à sa mère de l’inscrire à l’école des Beaux-Arts de Marseille. Il peint sur des chutes de papier peint, sur des fonds de cartons, sur des panneaux inutilisés, tout support lui est utile pour éviter des dépenses qu’il ne peut pas se permettre encore.
Sa peinture
On peut y voir plusieurs périodes.
1928- La première série de toiles
C’est sa première série en 1928 en tant qu’artiste engagé. Il intègre le groupe « Les peintres du peuple »
Sa peinture parle d’un univers sombre. Celui des usines, des ouvriers, d’une classe sociale laborieuse et pauvre, les défavorisés.


L'effort, la violence, les harangues, tout le message est dans les crispations des visages et du corps.
1936- 1945
Il est pris dans les événements. Recherché pour activités séditieuses, il est traqué et réussit à échapper aux arrestations.
Ce sont les années où il est confronté aux idées et aux opinions, aux actions immédiates et aux rencontres avec le groupe des prolétaires.
Il participe aussi aux activités de la maison de culture de Marseille, inaugurée par Aragon et Malraux.
Il est connu pour ses portraits qui par delà le rappel des gestes quotidiens expriment une pensée secrète que les ombres couvrent de leur discrète touche mélancolique.
C'est la série des portraits.
1946- les Alpilles
Il se découvre une passion pour les Alpilles, voit le contraste entre la ville survoltée et l’absolue grandeur silencieuse des montagnes où il s’achète un mas, le restaure et y habite au milieu des forêts et des roches calcaires à la blancheur poudreuse.
Les Alpilles sont des montagnes de faible altitude. Ce sont des massifs où l’air est rempli d’une respiration que le peintre adopte pour toujours. Il peint sa série des Alpilles, sa série provençale, mas et refuges, oliviers et forêts. Il trouve le ton cuivré et safrané de l’ocre, choisit les nuances sanguines et orangées pour révéler les ondulations graduées qui accompagnent la grande austérité des massifs que rien ne peut modifier. Le blanc purifié, le gris anthracite accepté pour mieux donner au calcaire sa coloration originelle.
Le peintre éprouve le besoin de parler de la montagne, de l’apaisement que lui procurent les paysages. Il découvre l’espace, l’immensité où pouvoir poser ce qu’il croyait ne pas pouvoir poser : le sens de l’absolu, là où les disparités humaines, les idées, les opinions se dissolvent pour ne laisser place qu’à la majestueuse beauté de la naissance du jour.
Il a son propre atelier, il peint son pays d’adoption, la Provence.
La montagne Sainte Victoire
1951-
Suite à des désaccords, il s’éloigne du parti communiste et se consacre exclusivement à la peinture.
Il anime le groupe Provence et écrit sur la Provence.
Mais plus que l’air marin, il languit de revoir la Sardaigne, son pays natal.
1952- Séjours en Sardaigne
Plus que la montagne Ste Victoire, le Val d’enfer et les Baux de Provence, il se voit approcher l’enfant de l’île de Maddalena, ses paysages et ses villages et la vue des femmes tricotant ou faisant du pain, le rire des enfants lui fait penser qu’il peut pousser la porte d’une maison pour en sentir monter les effluves de son enfance.
Il visite les villages d’Olbia , d’Orgosolo, d’Oliena. Il s’installe auprès de sa famille restée au pays pour laisser libre cours à ses impressions nostalgiques. Il peint son émotion telle qu’elle entre en lui pour transformer son regard.
Ce n’est pas de la nostalgie, c’est la magie d’une redécouverte. Il avait oublié cette terre, voilà qu’elle revient à lui parce qu’il est allé vers elle.
La série Sardaigne à Olbia et dans les villages alentour.
1970- Son refuge à Mouriès
Des ennuis de santé l’inquiètent. Il s’installe à Mouriès, un petit village provençal au cœur des Alpilles et continue de peindre jusqu’à sa mort en 1995.
Il aimait offrir à ses amis ses toiles. On ne sait combien de tableaux il a peint en 50 ans de peinture.
Sa peinture trace les mouvements sociétaux qu’il a traversés. Les engagements politiques, les différentes activités culturelles, les désillusions l’ont conduit à produire une œuvre personnelle de réhabilitation de son âme.
Résoudre les problèmes sociaux ne le libère pas, n’apporte aucune satisfaction bienfaisante. Il l’exprime par ses toiles où le feuillage doré des arbres dans le jour couchant le réconcilie avec le monde.
Les Baux de Provence


Famille et amis décident de faire vivre sa mémoire en organisant des expositions qui lui sont consacrées.
En 2009, une exposition fait une rétrospective de ses œuvres.
Plusieurs de ses toiles sont conservées au Musée d’Histoire de Marseille.
Ginette Flora
Juillet 2024

















Etonnant et énergique et en fait, j'adore ! merci, Ginette ...❤️
Il y a dans les oeuvres de ce peintre une vigueur que j'aime beaucoup ! Merci Ginette pour cette nouvelle découverte. 😍
Voilà un portrait fort intéressant, chère Ginette ! ^^ Je serai curieux de découvrir ses toiles consacrées à la Sardaigne ! Pour l'heure, je suis bien certain que celle que tu nous propose de la montagne Sainte-Victoire doit bien faire plaisir à notre ami Randolph, tant cette dernière est chère à son cœur ! Merci pour ce beau partage, Ginette ! ^^