top of page

Thésée de Jean-Baptiste Lully


© baroquiades.com-bandeau opéra royal Versailles


Jean-Baptiste Lully est un compositeur français également violoniste, d’origine italienne. Il fait partie de la grande mouvance baroque en musique qui déferla sur l’Europe sous le règne de Louis XIV.

Né en 1632 à Florence et mort en 1687 à Paris, il est le compositeur et maître de musique de la cour du roi. D’abord surintendant de la musique du roi, il devient son compositeur et maître attaché à la famille royale.

Il domine dès lors la vie musicale en France sous le roi Soleil.

Il exerce sur toutes les autres grandes figures du baroque musical, une grande influence : Purcell, Haendel, J.S.Bach, Rameau ont suivi ses traces  en s’inspirant de ses travaux.


Thésée ( 1675)


Lully crée pour Louis XIV une tragédie « Thésée » en 5 actes et un prologue avec pour librettiste Philippe Quinault. L’histoire de Thésée est inspirée de la mythologie grecque. Lully en  fait son opéra le plus populaire.

Le thème de Thésée sera repris par Haendel dans Teseo et d’autres compositeurs comme Mondonville et Gossec composent un Thésée  mais l’œuvre de Lully reste la plus spectaculaire avec la présentation de tableaux où danses,  chants,  costumes et masques tiennent le haut du pavé.   L’œuvre de Lully resta longtemps dans le répertoire de l’opéra.


 PROLOGUE


Le décor s’ouvre sur le château de Versailles, dans les pièces du palais.  

Le maître est absent et occupé à diriger ses troupes, Les amis invités à la cour pour distraire le roi perdent patience. Lully  représente les plaisirs du roi à travers des  figures allégoriques tirées de la mythologie grecque. Ainsi, les favoris, les gens de théâtre, les comédiens chargés de divertir le roi se plaignent de ne pouvoir chanter et danser. Et ils menacent de quitter le château mais Vénus la déesse de la beauté apparaît pour empêcher les favoris du roi de quitter Versailles. Le dieu de la guerre Mars survient avec Bellone  sa guerrière. Une fête est donnée  pour calmer les esprits.

 Lully compose pour ce prologue plusieurs airs comme « Revenez, revenez, amours » 


Aria de Vénus dans le Prologue de Thésée de Lully




 ACTE 1


 Le décor est planté dans le temple de Minerve à Athènes où le roi Egée doit tenir tète a ses ennemis. La ville est assiégée, on entend  des bruits de combats tandis qu’Aeglé, la princesse du lieu, que le roi a pris sous sa tutelle, avoue à sa confidente qu’elle aime Thésée, le héros qui met fin à la guerre. Le roi d’Athènes  triomphant propose à Aeglé de l’épouser  et de devenir la reine du royaume  alors qu’il a promis à Médée de l’épouser. Le roi Egée est pris entre deux femmes tandis qu’Aeglé est cernée par deux hommes. C’est dans ce contexte que Médée, la dangereuse intrigante intervient pour chercher à faire tourner les événements en sa faveur. Médée convoite Thésée et fera subir au héros toutes sortes d’artifices pour l’ensorceler.


   Premier air pour l’entrée triomphante de Thésée qui sera repris à l’Acte 2.





 Cet air donne le ton à l’ensemble de l’Acte 1 où le chœur et les instruments font résonner la marche triomphale et glorieuse d’une armée qui livre bataille pour l’honneur de son roi.


 ACTE 2


 L’action se déroule dans le palais du roi Egée.

 Médée  aime Thésée qui aime Aeglé qui repousse le roi qui a promis  de l’épouser  si elle renonce à Thésée.  Les problèmes politiques s’enveniment car le peuple veut Thésée pour roi.

Dans cet enchevêtrement d’entraves et d’illusions, chacun se met à comploter pour arriver à ses fins :

-          Thésée veut épouser Aeglé. Médée décide de se venger.

-           Le peuple veut Thésée pour roi.

-           Le roi Egée décide de se venger de Thésée. La couronne et la main d’Aeglé, c’est ce que souhaite le roi d’Athènes jusqu’à accepter de  commettre un forfait.

-          Médée va lui procurer l’arme du crime.


ACTE III 


Le mariage entre le roi Egée et Aeglé se prépare mais Aeglé déclare qu’elle n’aime pas Egée mais un homme nommé Thésée, celui qui est acclamé en héros. Médée révèle qu’elle aussi aime en secret Thésée et n’hésite pas à proférer des menaces contre Aeglé.

Médée envoie les monstres et les ombres  à la poursuite d’Aeglé qui terrorisée, supplie la déesse Minerve de venir à son secours. Médée laisse libre cours à sa fureur et entonne plusieurs arias sombres.


 Acte 3 scène 7  « Sortons de la nuit  éternelle »


 



ACTE IV


En voyant Thésée endormi sur un banc et sans défense,, Médée demande aux Furies des Enfers de le poignarder. Devant la détermination de Médée, Aeglé accepte d’épouser le roi Egée pour que Thésée ait la vie sauve. Médée qui de rage  avait transformé le paysage et le palais en un désert réveille Thésée et le laisse dans une île enchantée où il aperçoit Aeglé qui se détourne de lui, accédant aux volontés de Médée. Aeglé feint de haïr Thésée mais  ne pouvant résister à sa peine, elle lui avoue les manigances de Médée.

 Thésée lui apprend alors qu’il est le fils du roi Egée et que si Aeglé a promis  d’épouser le roi, ce sera lui.

 Médée a tout entendu et accepte de se retirer et de laisser les amants à leur bonheur. Ceux-ci  ne tardent pas à se mêler à la fête pastorale où sont chantées des ritournelles de bergères.  

Duo des bergères

 Acte 4 scène 7

Que nos prairies seront fleuries

 

 

 


Aimons, aimons tout nous y convie


 

 

ACTE V


Acte 5 scène 1 Médée ; Ah ah, faut-il me venger en perdant ce que j’aime




Médée cependant a décidé de se venger de la tournure que prennent les événements. Elle décide que c’est le père qui tuera son fils en l’empoisonnant. Lors du banquet, Médée demande au roi  Egée d’offrir un verre préalablement empoisonné à Thésée qui s’apprête à le boire quand Egée reconnaît dans l’épée le signe de reconnaissance que le père et le fils avaient convenu de respecter s’ils se rencontraient. 

Egée a juste le temps de jeter  le verre et de maudire Médée  qui, démasquée, s’enfuit en détruisant le palais.  Minerve une nouvelle fois le sauve  en relevant le palais et la paix revient tandis que deux mariages sont célébrés, celui de Thésée et Aeglé et celui de la confidente Cléone et de son ami Arcas.

La joie retentit partout dans le royaume.


La tragédie lyrique de J.B. Lully

 

Lully innove dans la quinzaine d’opéras qu’il a composés. Le mouvement baroque qui traverse l’Europe lui fait comprendre que le mélange des genres ne convient pas à la tragédie lyrique telle qu’elle s’annonce. Il n’y a donc  plus de passages comiques dans ses opéras, le comique étant une habitude italienne de placer à côté du tragique des scènes burlesques. Lully rectifie le tir en ne conservant que des scènes dramatiques donnant ainsi à l’opéra français sa somptueuse inflorescence tragique.

Le Prologue et l’Acte 1 de l’opéra « Thésée » montrent à quel point le baroque laisse beaucoup de place à l’expression du sentiment.

Dans Thésée, Médée est omniprésente dans la trame conductrice de l’action qui renvoie en miroir le triangle amoureux formé par Egée, Médée et Aeglé et celui de Thésée, Médée et Aeglé.

Cette tragédie a mis beaucoup de temps à revenir vers nous  et ce n’est que grâce à la renaissance que connaît la musique baroque depuis le XXème siècle que l’œuvre de Lully est revenue charmer nos sens.

C’est ainsi que dans les années 1990, les arias comme «  Revenez, revenez, amours .. » et « La marche triomphale » ont pu être redécouvertes.

Les ensembles baroques comme « les Talents Lyriques » et « les Baroquiades » et ainsi que d’autres publications et  des voix sublimes, chanteurs, chanteuses, exécutants  avec des instruments d’époque comme le théorbe, la viole de gambe, la clavecin ou le luth ont contribué à donner à cette musique un regain d'intérêt considérable.

L’amour d’un homme pris entre deux femmes et l’amour d’une femme reliée à deux hommes monopolisent les ressorts dramatiques et mettent moins en évidence les rôles secondaires. La particularité de cet opéra réside dans le nombre impressionnant d’arias, de chants  composés pour chaque acte qui totalise pas moins de dix ritournelles, duos, arias, lamentos chacun.  Beaucoup de ces arias sont devenus des airs à succès, repris et même parodiés.  

L’opéra s’achève sur une structure particulière. Il débute par une vengeance machiavélique qui perd  peu à peu de son climax, cisaillé par le moment d’une très grande noblesse qui se joue entre les retrouvailles du père et du fils, Thésée et Egée.

Médée cherche à reprendre le cours de  la malédiction en jetant le chaos sur le palais qui tombe en ruines mais le retour au calme grâce à l’action de Minerve qui est la grande prêtresse d’Athènes, ramène l’ordre, le calme et le bonheur.

Thésée est un personnage discret, son rôle est d’être le compagnon fidèle et le fils respectueux, une posture qu’il ne quittera pas tout au long de l’opéra. La discrétion du rôle de Thésée met l’accent sur les rôles des femmes : Aeglé, Médée, Cléone, vont s’agiter autour de lui comme s’il n’avait qu’à dire : « Je suis le fils du roi » pour réduire tout le monde au silence.

 Et c’est bien ce que voulait Lully qui composait pour la gloire et la prestance du Roi Soleil.


 Juin 2026

Ginette Flora




Commentaires


bottom of page