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La page de Marcel Faure - Poésies de Mars 2026


Vent du large

Et les jupes légères

Se prennent pour des voiles

 

Printemps fripon

La promenade vacille

Vers des frivolités

 

Insouciantes elles déambulent

Les belles qui ondulent

Fières de leurs jeunes années

 

Le regard resquille

Des rêves inavouables

Puis se perd dans les vagues

 

Sur un fond bleu

Les passantes s’éloignent

La mer roucoule sa marée

 

**

 

Jour griffonné de nuages

Du bleu palpite entre les gris

Frissons du soleil

Ma peau printanière

repère une éclaircie

Où glisser mes pas

 

Chemins gratinés de rosée

Je marche dans un rêve d’oiseaux

Avec dans l’oreille

Une ballade de Brassens

Qui cherche des passantes

Mais ici le silence accompagne

La symphonie des verts

 

La campagne discrète

Peaufine une éclosion

 

**

Pont

 

Le poème

Ce pont suspendu entre les hommes

Fragile

Tous ces aubans de mots

Que l’habitude ronge

 

Roses

Qui ne sont pas rouges

Pour désamorcer les clichés

N’aie pas honte d’écrire

La sauvage églantine

 

Tous nos mots se ressemblent

Et jouent à l’élastique

Allez saute

Il y en bien un qui aura des ailes

Pour te rattraper

 

Mon poème est un pont

Où passent des trains fous

Ou des plus ordinaires

Qui s’en vont en vacances

Quand wagon rime avec valise

 

Et toi mon poème

Arche de mots

Parmi les ferrailles ou les pierres

Resserre tes boulons

Ajuste ta clé de voute

Soutiens la métaphore

Jusqu’au bout du tunnel

 

**

 

Bulles de soleil

À fleur de feuille

Chlorophylle

Echange silencieux

En route vers la vie



Ourlet des lisières

Qui arrime ensemble

Les arbres et les champs

Haies protectrices des vents

Les prés les cultures bien abrités

 

Joie des petits animaux

Qui furètent dans les fouillis

Plaisir des nids de feuilles

Et du croquant des baies

 

Bosquets joufflus de verts

Manteaux de fraîcheur estivale

Offrande de leur ombre

Les vaches s’y rassemblent

Pour ruminer tranquillement

 

Le sommet collinaire

Sa vue à 360 degrés

Un vénérable surveille les alentours

Guetteur infatigable qui ne sait plus son âge

Son tronc défie le ciel comme un jeune homme

Vous êtes perdu

C’est un repère

Vous êtes fatigué

Une aire de repos

Et si vous enlacez son tronc

Toutes vos peines s’envoleront

 

**

D’un poème

Je paye mon rêve

Avec les couleurs du sud

Sera-t-il bleu

 

Villes blanches sur les collines

Ocre des argiles

Soleils citron

La mer agile au pied des plages

L’air aux senteurs épaisses

Lavandes et mimosas

Les saisons se mélangent

Dans un beau carnaval

Fanfares aux cuivres rutilants

Costumes multicolores

Une jeune fille en robe blanche

Tournoie à s’enivrer

Jusqu’à la transe du derviche tourneur

Bonheur où je devine

Ta silhouette dans la foule

Il n’y a plus qu’à te suivre

Pour me réveiller dans tes bras

 

**

 

Perdu entre les cartes

Et un GPS menteur

Tournez à droite tournez à droite

Je recalcule votre itinéraire

Non je ne veux pas gravir le Mont Mézin

Avec Wauquier

Je veux un autre itinéraire

Une autre voie possible

La nuit me prend

Je descends de voiture

Suivre une étoile peut-être

Non je ne veux pas aller à Bethléem

Rendre hommage aux massacres

Les anciens les nouveaux

L’histoire était si belle

Si belle était Marie

Mais les hommes Monsieur les hommes Monsieur

Ne seront jamais que des hommes

Alors quoi dormir dans la voiture

-       Tu es perdu dit l’enfant

Viens ma maison est là

J’ai suivi ce petit prince

Guidé par des lucioles

Entre deux langues d’eau

Une ferme discrète allumait ses fenêtres

J’ai effacé mes traces

Cassé mon GPS

Et gommé toute carte

Ce n’était pas au centre non

Juste à l’endroit où ça devait être

Dans le delta des songes

 

**


J’ai beau fermer les yeux

Des images me rattrapent

Et des odeurs me montent aux narines

Nauséabondes

Alors j’ouvre mon cœur

Pour que tu viennes t’y blottir

Je t’offre mes plaines et mes forêts

La rosée et les petits chemins

La confiture en train de cuire

La terrasse au soleil

Le soleil clair sur l’horizon

Le chant du coq le chant du cygne

Cet instant entre deux pulsations

Pour que tu puisses mourir en paix

 

**

Impasse des oubliés

 

Impasse des mots tordus

Où l’œuvre se dessine

Avec des rictus

Quelqu’un touille la misère

Avec du tout mâché

Qui conduit à la haine

Ici on mange comme on habite

Du préfabriqué sans consistance

Impasse des vies perdues

Où les mots sont trop lourds

Et le dictionnaire si mince

Les cerveaux émaciés

Se nourrissent de beuh

Gagnée à la castagne

 

La prochaine nichée

Déjà tombée du nid

Cherche dans les poubelles

Des ailes de géant

Un vieux livre peut-être

Même tout déglingué

Pourrait ouvrir ses portes

Sur des mondes inconnus

Le soleil est si rare

Impasse des oubliés

**

 

Nuit de banlieue ordinaire

 

Étoiles fantomatiques

Qui jettent des éclats

Sur de tristes banlieues

Autant de rêves avortés

Dans la clarté résiduelle

D’une nuit embrumée

 

Des phares crèvent l’ennui

Et vont mourir trop vite

À l’angle d’une rue

Le gris incandescent

D’une poubelle en flamme

Jette sa joie morbide

 

Des enfants de l’exode

Rassemblés par hasard

Hissent le son des baffles

Un chien hurle ses peurs

Et des vieux décrépits

Dorment à coup de Valium

 

**

 

En épluchant le jour

J’ai découvert la clarté

Qui habille toute chose

Même le gris du ciel

Qui a de l’orage dans l’air

Parfois il diffuse des éclairs

Parfois il fabrique du blanc

Pour que l’hiver s’habille

Oui même le gris du ciel

Révèle des couleurs

 

**


Un accident

 

Oreilles sous perfusion

La musique diffuse

Sa douceur agressive

 

Regard absent

Tourné vers son nombril

N’entend pas le camion

 

Bravo chauffeur

Bien évité

Et vlan dans la vitrine

 

Et lui qui danse

Quand la mort passe

À grands fracas

 

Vitres brisées

Pompiers Samu

Un autre a payé

 

Liste des morts

Par inconscience

Je vous salue

 

**

 

"La phrase est la flèche qui porte le mot au cœur du poème."

 

Bonne lecture,

Marcel Faure

Avril 2026

 

2 commentaires


Nicole Loth
Nicole Loth
il y a 3 heures

Les couleurs du printemps traversent les ponts vers nous et cela est beau. Merci Marcel.

Belle soirée Poète.

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viviane parseghian
il y a 5 heures

C'est beau ... en grand toujours !

"Du bleu palpite entre les gris

Frissons du soleil

Ma peau printanière

repère une éclaircie

Où glisser mes pas" ...Glisser ses pas dans les mots de Marcel , c'est trouver la lumière toujours ..Merci Marcel de tout cela .....Merci Ginette de nous l'offrir ❤️

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