La page de Marcel Faure - Poésies de Mars 2026
- Ginette Flora Amouma

- il y a 22 heures
- 4 min de lecture

Vent du large
Et les jupes légères
Se prennent pour des voiles
Printemps fripon
La promenade vacille
Vers des frivolités
Insouciantes elles déambulent
Les belles qui ondulent
Fières de leurs jeunes années
Le regard resquille
Des rêves inavouables
Puis se perd dans les vagues
Sur un fond bleu
Les passantes s’éloignent
La mer roucoule sa marée
**
Jour griffonné de nuages
Du bleu palpite entre les gris
Frissons du soleil
Ma peau printanière
repère une éclaircie
Où glisser mes pas
Chemins gratinés de rosée
Je marche dans un rêve d’oiseaux
Avec dans l’oreille
Une ballade de Brassens
Qui cherche des passantes
Mais ici le silence accompagne
La symphonie des verts
La campagne discrète
Peaufine une éclosion
**
Pont
Le poème
Ce pont suspendu entre les hommes
Fragile
Tous ces aubans de mots
Que l’habitude ronge
Roses
Qui ne sont pas rouges
Pour désamorcer les clichés
N’aie pas honte d’écrire
La sauvage églantine
Tous nos mots se ressemblent
Et jouent à l’élastique
Allez saute
Il y en bien un qui aura des ailes
Pour te rattraper
Mon poème est un pont
Où passent des trains fous
Ou des plus ordinaires
Qui s’en vont en vacances
Quand wagon rime avec valise
Et toi mon poème
Arche de mots
Parmi les ferrailles ou les pierres
Resserre tes boulons
Ajuste ta clé de voute
Soutiens la métaphore
Jusqu’au bout du tunnel
**
Bulles de soleil
À fleur de feuille
Chlorophylle
Echange silencieux
En route vers la vie

Ourlet des lisières
Qui arrime ensemble
Les arbres et les champs
Haies protectrices des vents
Les prés les cultures bien abrités
Joie des petits animaux
Qui furètent dans les fouillis
Plaisir des nids de feuilles
Et du croquant des baies
Bosquets joufflus de verts
Manteaux de fraîcheur estivale
Offrande de leur ombre
Les vaches s’y rassemblent
Pour ruminer tranquillement
Le sommet collinaire
Sa vue à 360 degrés
Un vénérable surveille les alentours
Guetteur infatigable qui ne sait plus son âge
Son tronc défie le ciel comme un jeune homme
Vous êtes perdu
C’est un repère
Vous êtes fatigué
Une aire de repos
Et si vous enlacez son tronc
Toutes vos peines s’envoleront
**
D’un poème
Je paye mon rêve
Avec les couleurs du sud
Sera-t-il bleu
Villes blanches sur les collines
Ocre des argiles
Soleils citron
La mer agile au pied des plages
L’air aux senteurs épaisses
Lavandes et mimosas
Les saisons se mélangent
Dans un beau carnaval
Fanfares aux cuivres rutilants
Costumes multicolores
Une jeune fille en robe blanche
Tournoie à s’enivrer
Jusqu’à la transe du derviche tourneur
Bonheur où je devine
Ta silhouette dans la foule
Il n’y a plus qu’à te suivre
Pour me réveiller dans tes bras
**
Perdu entre les cartes
Et un GPS menteur
Tournez à droite tournez à droite
Je recalcule votre itinéraire
Non je ne veux pas gravir le Mont Mézin
Avec Wauquier
Je veux un autre itinéraire
Une autre voie possible
La nuit me prend
Je descends de voiture
Suivre une étoile peut-être
Non je ne veux pas aller à Bethléem
Rendre hommage aux massacres
Les anciens les nouveaux
L’histoire était si belle
Si belle était Marie
Mais les hommes Monsieur les hommes Monsieur
Ne seront jamais que des hommes
Alors quoi dormir dans la voiture
- Tu es perdu dit l’enfant
Viens ma maison est là
J’ai suivi ce petit prince
Guidé par des lucioles
Entre deux langues d’eau
Une ferme discrète allumait ses fenêtres
J’ai effacé mes traces
Cassé mon GPS
Et gommé toute carte
Ce n’était pas au centre non
Juste à l’endroit où ça devait être
Dans le delta des songes
**

J’ai beau fermer les yeux
Des images me rattrapent
Et des odeurs me montent aux narines
Nauséabondes
Alors j’ouvre mon cœur
Pour que tu viennes t’y blottir
Je t’offre mes plaines et mes forêts
La rosée et les petits chemins
La confiture en train de cuire
La terrasse au soleil
Le soleil clair sur l’horizon
Le chant du coq le chant du cygne
Cet instant entre deux pulsations
Pour que tu puisses mourir en paix
**
Impasse des oubliés
Impasse des mots tordus
Où l’œuvre se dessine
Avec des rictus
Quelqu’un touille la misère
Avec du tout mâché
Qui conduit à la haine
Ici on mange comme on habite
Du préfabriqué sans consistance
Impasse des vies perdues
Où les mots sont trop lourds
Et le dictionnaire si mince
Les cerveaux émaciés
Se nourrissent de beuh
Gagnée à la castagne
La prochaine nichée
Déjà tombée du nid
Cherche dans les poubelles
Des ailes de géant
Un vieux livre peut-être
Même tout déglingué
Pourrait ouvrir ses portes
Sur des mondes inconnus
Le soleil est si rare
Impasse des oubliés
**
Nuit de banlieue ordinaire
Étoiles fantomatiques
Qui jettent des éclats
Sur de tristes banlieues
Autant de rêves avortés
Dans la clarté résiduelle
D’une nuit embrumée
Des phares crèvent l’ennui
Et vont mourir trop vite
À l’angle d’une rue
Le gris incandescent
D’une poubelle en flamme
Jette sa joie morbide
Des enfants de l’exode
Rassemblés par hasard
Hissent le son des baffles
Un chien hurle ses peurs
Et des vieux décrépits
Dorment à coup de Valium
**
En épluchant le jour
J’ai découvert la clarté
Qui habille toute chose
Même le gris du ciel
Qui a de l’orage dans l’air
Parfois il diffuse des éclairs
Parfois il fabrique du blanc
Pour que l’hiver s’habille
Oui même le gris du ciel
Révèle des couleurs
**
Un accident
Oreilles sous perfusion
La musique diffuse
Sa douceur agressive
Regard absent
Tourné vers son nombril
N’entend pas le camion
Bravo chauffeur
Bien évité
Et vlan dans la vitrine
Et lui qui danse
Quand la mort passe
À grands fracas
Vitres brisées
Pompiers Samu
Un autre a payé
Liste des morts
Par inconscience
Je vous salue
**
"La phrase est la flèche qui porte le mot au cœur du poème."
Bonne lecture,

Marcel Faure
Avril 2026



Les couleurs du printemps traversent les ponts vers nous et cela est beau. Merci Marcel.
Belle soirée Poète.
C'est beau ... en grand toujours !
"Du bleu palpite entre les gris
Frissons du soleil
Ma peau printanière
repère une éclaircie
Où glisser mes pas" ...Glisser ses pas dans les mots de Marcel , c'est trouver la lumière toujours ..Merci Marcel de tout cela .....Merci Ginette de nous l'offrir ❤️