La page de Marcel Faure - Août 2026

Recours au poème
Fouillis d’étoiles
Nous sommes égarés
Le regard perdu
Nous cherchons
Un Dieu un amour un ami
Des visages anonymes
Nous désespèrent
Le temps se brise
Des maisons plein vent
Grimpent sur les eaux
Des morceaux de côte disparaissent
Des voix s’affolent
Tout est foutu
Parmi nos rêves vides
Nous cherchons une lueur
Un espoir qui parlerait d’azur
Un enfant à aimer
Une joie minuscule
Dans nos vies trop vides
Nous n’avons plus de mots
Plus de langue
Allez courage
Il y a au fond de nous
Un vieux poème oublié
Qui chante l’enfance
Et la beauté du monde
Par la magie du verbe
La nuit se déchire
Il fait bleu à n’en plus finir
**
Bolides sur la piste
Ils tournent en rond
Si vite
Ils ne sont plus qu’un trait
Prisonniers de la vitesse
Du vertige de la mort
Qui à chaque tour les frôle
Ils ont la plus grosse
Ils le savent
Mais seul le premier
Branlera la bouteille
Tu vois la mort
Aujourd’hui je bande encore
**
Tombé de l’arbre
La force de l’évidence
Accable l’homme
Dans sa coquille de certitudes
Il peine à naître
Sa tête pleine de trous
Rêve de perfection
Il marche dans sa vie
Comme un somnambule
Il piétine la vérité
Et s’en fait gloire
Sur le tard il s’interroge
Où est l’enfant que j’étais
Grimpant aux arbres
J’avais le ciel à portée de mains
**
Deux voix se mêlent
Dans une poignée de vers
Ensemble elles cueillent
Des métaphores sidérales
La distance réduite à un clic
Bouquets d’instants
Qui s’enchantent et se croisent
S’ensorcellent et s’élancent
Le quotidien sur pause
Pousse la vie de côté
Haut les mots qui nous relient
Haut l’amitié qui nous lie
Voyageurs immobiles
Dans l’espace infini
Qui court sur la page
Le bruissement des plumes
Dehors crie le soleil
Voilà qu’on nous bouscule
Nous irons faire provision d’images
Mais qui d’autre que nous le saura
**

Noces
Aurores fragiles
Où la nuit s’échoue
Niché au coin de l’aube
Mon corps encoquillé
Dénoue ses bras
Je ne crains pas de me lever
J’ai deux pieds droits
Je crois aux stupeurs premières
Mes épousailles bleues
Caressent le paysage
Palpitations
Mon cœur s’accélère
Mes pensées caracolent
Des instants suspendus
Me prennent dans leurs bras
La pluie parfois s’invite
Me murmure un poème
Un plaidoyer pour la vie
Qui ruisselle partout
**
Maintenant
Il y a urgence
La vie est si courte
Existe
Grave ton être sur le vent
Pour échapper à tous dictats
S’extraire de la gangue quotidienne
Existe dans l’aléatoire
Sois le vent
Sa folie
Sa colère
Sa force
Ou sa douceur matinale
Quand la journée s’annonce
Libre de tes orages
Comme un premier matin du monde
**
La terre a des secrets de graines
Que le printemps révèle
Désir fou d’une fleur
Et la vie s’élargit
L’air s’embaume de poésie
S’infiltre dans ma tête
La lumière se déplie
En étirant les jours
Et tout au bout l’été
Déploiera son farniente
**
J’avance
La vie feuille d’automne
Craque sous mes pieds
Le siècle change de curseur
Nouveaux chantiers
Nouvelles promesses
L’horizon du monde
Bascule dans la violence
Racornit mes illusions
Qu’importe
J’ai bonne provision d’arcs-en-ciel
J’avance sans vaciller
**
Le bruit des pieds qui dansent
Notes craquantes sur le parquet
Valses effrénées tangos langoureux
La sueur des danseurs acharnés
Fragrances sucrées des parfums
Mains fermes et corps à corps
Violoneux avinés batteurs énervés
Cendrillons qui surveillent l’heure
Princes charmants à mobylette
Des anciens assis sur des chaises
Surveillent leur jeunesse qui tourne
Sous la lune et les lampions
Tous ces Faure
À remplir un bottin
Courant après la gloire
Même les secrétaires
Aux prénoms d’huile vierge
Me glissent entre les mains
L’éclat d’un nom
Doit-il séduire l’histoire
J’aurais dû prendre un pseudo
M’appeler Bigarreau
Ou encore Fruit Désiles
Pour craquer sous la dent
Du premier imbécile ?
Ou encore Némo Personne Ombre
Pour être plus tranquille
Mais Faure est si nombreux
Que je peux me noyer
Jusqu’à Incognito
Marcel se porte en marcel
J’éponge la sueur
Des dos gonflés d’haltères
Les bras bouffis de muscles
J’aurais fait un beau gars
Un boxeur un Cerdan
Mais bon je serais mort
Dans un bel accident
Secrètement heureux
Je ne demande rien
Ni titre ni médaille
Juste le droit de rire
Du commun de mon nom

Enfouis dans le nouveau siècle
Je m’agrippe aux instants élastiques
J’attends
Les endormis de bibliothèque
Fouissent de vieilles légendes
Pendant que les énervés virtuels
Tripatouillent des fibres optiques
Je suis un archéologue du présent
Dans les ruines encore fumantes
Je pleure
Arpenteur de l’alphabet
J’en suis toujours au b-a-ba
D’un possible bonheur
Par poèmes interposés
Les flappis de la télé
Se boursouflent de popcorn
Pendant que des robinsons innocents
S’envolent pour des iles vierges
Et moi coincé dans ma séquence
Je vis au-dessus de mon âge
En étirant mes atmosphères
Bien au-delà de mes cents ans
**
Né de
Livre-mère inconnu
Mon père
Un noir de mine
Ignorait Germinal
Ma mère
Roman-photos
Séchait ses larmes
En courant après la vie
Je n’avais d’écrits qu’un missel
Et des images pieuses légendées
Mes premières bandes dessinées
Sautant dans une bibliothèque
Je découvris la force de mes yeux
Ils courraient sur les pages
Rêvant de cape et d’épée
Ou d’un chien presque loup
Je haïssais Milady
Et les muscles de Tarzan
Me défendaient dans les bagarres
J’en revenais vaincu et dépenaillé
En battant du clavier
Aujourd’hui je cherche un signe
L’absolu de mon histoire
Où je pourrais m’enfermer
En attendant la fin du monde
**
L’inclinaison du ciel
Renverse la nuit
L’aube se lisse les pattes
Posée sur un fil
Une goutte se dilate
Et respire l’arc-en-ciel
Sur la lame du jour
Minuscule plaisir
Pour l’œil qui observe
Septembre 2026

Marcel Faure




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