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La page de Marcel Faure - Août 2026

il y a 11 heures
4 min de lecture

Recours au poème

 

Fouillis d’étoiles

Nous sommes égarés

Le regard perdu

Nous cherchons

Un Dieu un amour un ami

Des visages anonymes

Nous désespèrent

 

Le temps se brise

Des maisons plein vent

Grimpent sur les eaux

Des morceaux de côte disparaissent

Des voix s’affolent

Tout est foutu

 

Parmi nos rêves vides

Nous cherchons une lueur

Un espoir qui parlerait d’azur

Un enfant à aimer

Une joie minuscule

Dans nos vies trop vides

Nous n’avons plus de mots

Plus de langue

 

Allez courage

Il y a au fond de nous

Un vieux poème oublié

Qui chante l’enfance

Et la beauté du monde

 

Par la magie du verbe

La nuit se déchire

Il fait bleu à n’en plus finir

 

**


Bolides sur la piste

Ils tournent en rond

Si vite

Ils ne sont plus qu’un trait

Prisonniers de la vitesse

Du vertige de la mort

Qui à chaque tour les frôle

 

Ils ont la plus grosse

Ils le savent

Mais seul le premier

Branlera la bouteille

Tu vois la mort

Aujourd’hui je bande encore

 

**


Tombé de l’arbre

La force de l’évidence

Accable l’homme

Dans sa coquille de certitudes

Il peine à naître

Sa tête pleine de trous

Rêve de perfection

Il marche dans sa vie

Comme un somnambule

Il piétine la vérité

Et s’en fait gloire

Sur le tard il s’interroge

Où est l’enfant que j’étais

Grimpant aux arbres

J’avais le ciel à portée de mains

 

**


Deux voix se mêlent

Dans une poignée de vers

Ensemble elles cueillent

Des métaphores sidérales

 

La distance réduite à un clic

Bouquets d’instants

Qui s’enchantent et se croisent

S’ensorcellent et s’élancent

 

Le quotidien sur pause

Pousse la vie de côté

Haut les mots qui nous relient

Haut l’amitié qui nous lie

 

Voyageurs immobiles

Dans l’espace infini

Qui court sur la page

Le bruissement des plumes

 

Dehors crie le soleil

Voilà qu’on nous bouscule

Nous irons faire provision d’images

Mais qui d’autre que nous le saura

 

**

Noces

 

Aurores fragiles

Où la nuit s’échoue

Niché au coin de l’aube

Mon corps encoquillé

Dénoue ses bras

Je ne crains pas de me lever

J’ai deux pieds droits

 

Je crois aux stupeurs premières

Mes épousailles bleues

Caressent le paysage

 

Palpitations

Mon cœur s’accélère

Mes pensées caracolent

Des instants suspendus

Me prennent dans leurs bras

La pluie parfois s’invite

Me murmure un poème

Un plaidoyer pour la vie

Qui ruisselle partout

 

**

 

Maintenant

Il y a urgence

La vie est si courte

Existe

Grave ton être sur le vent

Pour échapper à tous dictats

S’extraire de la gangue quotidienne

Existe dans l’aléatoire

Sois le vent

Sa folie

Sa colère

Sa force

Ou sa douceur matinale

Quand la journée s’annonce

Libre de tes orages

Comme un premier matin du monde

 

**

La terre a des secrets de graines

Que le printemps révèle

Désir fou d’une fleur

Et la vie s’élargit

L’air s’embaume de poésie

S’infiltre dans ma tête

La lumière se déplie

En étirant les jours

Et tout au bout l’été

Déploiera son farniente

**

 

J’avance

La vie feuille d’automne

Craque sous mes pieds

 

Le siècle change de curseur

Nouveaux chantiers

Nouvelles promesses

 

L’horizon du monde

Bascule dans la violence

Racornit mes illusions

 

Qu’importe

J’ai bonne provision d’arcs-en-ciel

J’avance sans vaciller

**

 

Le bruit des pieds qui dansent

Notes craquantes sur le parquet

Valses effrénées tangos langoureux

 

La sueur des danseurs acharnés

Fragrances sucrées des parfums

Mains fermes et corps à corps

 

Violoneux avinés batteurs énervés

Cendrillons qui surveillent l’heure

Princes charmants à mobylette

 

Des anciens assis sur des chaises

Surveillent leur jeunesse qui tourne

Sous la lune et les lampions

 

Tous ces Faure

À remplir un bottin

Courant après la gloire

Même les secrétaires

Aux prénoms d’huile vierge

Me glissent entre les mains

L’éclat d’un nom

Doit-il séduire l’histoire

 

J’aurais dû prendre un pseudo

M’appeler Bigarreau

Ou encore Fruit Désiles

Pour craquer sous la dent

Du premier imbécile ?

Ou encore Némo Personne Ombre

Pour être plus tranquille

 

Mais Faure est si nombreux

Que je peux me noyer

Jusqu’à Incognito

 

Marcel se porte en marcel

J’éponge la sueur

Des dos gonflés d’haltères

Les bras bouffis de muscles

J’aurais fait un beau gars

Un boxeur un Cerdan

Mais bon je serais mort

Dans un bel accident

 

Secrètement heureux

Je ne demande rien

Ni titre ni médaille

Juste le droit de rire

Du commun de mon nom


 

Enfouis dans le nouveau siècle

Je m’agrippe aux instants élastiques

J’attends

 

Les endormis de bibliothèque

Fouissent de vieilles légendes

Pendant que les énervés virtuels

Tripatouillent des fibres optiques

 

Je suis un archéologue du présent

Dans les ruines encore fumantes

Je pleure

 

Arpenteur de l’alphabet

J’en suis toujours au b-a-ba

D’un possible bonheur

Par poèmes interposés

 

Les flappis de la télé

Se boursouflent de popcorn

Pendant que des robinsons innocents

S’envolent pour des iles vierges

 

Et moi coincé dans ma séquence

Je vis au-dessus de mon âge

En étirant mes atmosphères

Bien au-delà de mes cents ans

 

**


Né de

Livre-mère inconnu

Mon père

Un noir de mine

Ignorait Germinal

Ma mère

Roman-photos

Séchait ses larmes

En courant après la vie

Je n’avais d’écrits qu’un missel

Et des images pieuses légendées

Mes premières bandes dessinées

 

Sautant dans une bibliothèque

Je découvris la force de mes yeux

Ils courraient sur les pages

Rêvant de cape et d’épée

Ou d’un chien presque loup

Je haïssais Milady

Et les muscles de Tarzan

Me défendaient dans les bagarres

J’en revenais vaincu et dépenaillé

 

En battant du clavier

Aujourd’hui je cherche un signe

L’absolu de mon histoire

Où je pourrais m’enfermer

En attendant la fin du monde

 

**

L’inclinaison du ciel

Renverse la nuit

L’aube se lisse les pattes

 

Posée sur un fil

Une goutte se dilate

Et respire l’arc-en-ciel

 

Sur la lame du jour

Minuscule plaisir

Pour l’œil qui observe

 

Septembre 2026

Marcel Faure

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