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La page de Colette Alice - Berthe Weill, une galériste d'avant-garde

Berthe Weill

                                                      (1865-1951)

               Une exposition présentée par l’Orangerie du 8 octobre au 26 janvier 2026



Pendant 40 ans, Berthe Weill a animé des galeries pionnières de l’art moderne. Avec esprit et liberté, sans jamais faire fortune, elle fut une cheville ouvrière de l’avant-garde au moment où Paris était le cœur battant du marché de l’art. Picasso, Matisse, Modigliani, Picabia…, des artistes qui sont aujourd’hui ultra célèbres alors qu’elle est restée longtemps méconnue.


Esther Berthe Weill est née en 1865 à Paris dans une famille juive alsacienne, parmi six frères et sœurs. La famille est modeste et Berthe est placée en apprentissage chez l'antiquaire Salvator Mayer qui lui enseigne le commerce de l'art.

Au décès de ce dernier en 1897, elle ouvre une petite boutique d'antiquaire en association avec l'un de ses frères. Lorsque celui-ci prend son indépendance, elle décide d'ouvrir le 1er décembre 1901 la « Galerie B. Weill », une galerie destinée aux « jeunes peintres », et devient ainsi la première femme galeriste parisienne à vendre des œuvres de Picasso ou de Matisse et à lancer bien d’autres artistes (1). Elle installe l'éclairage électrique en 1908, faisant de sa galerie la première adresse de sa rue à bénéficier de cette nouveauté. Mais en 1909 le marché de l'art se développe rapidement et des marchands qui  disposent de plus de capitaux, commencent à accorder leur confiance aux peintres les plus en vue de l'avant-garde. En leur proposant de meilleurs prix et les liant par des contrats


En 1914, elle ne dispose que de six mètres de cimaises mais sa clientèle est principalement composée de collectionneurs influents. Lors du vernissage, parmi les 32 dessins et peintures, se trouvent quatre nus dont l'un est accroché près d'une fenêtre de sorte qu'il provoque un attroupement de badauds et attire l'attention du commissaire divisionnaire du quartier qui exige que l'on enlève ces toiles. Quand Berthe Weill proteste : « Mais qu’ont-ils donc ces nus ? »,  il lui est répondu « Ces nus … ils ont des poils ! ». Le vernissage est interrompu pour outrage public à la pudeur et elle ne peut reprendre l’exposition qu’une fois les nus enlevés. L'exposition continuera jusqu'à son terme mais sans les nus censurés et… aucune toile ne sera vendue !


En 1917, elle déménage au 50, de la rue Taitbout dans des locaux plus spacieux puis, en 1920, au 46, rue Lafitte, toujours dans le 9e arrondissement. Toutefois, son manque de capitaux la conduisant  à revendre trop rapidement les œuvres acquises, il ne lui reste que de faibles marges.



Berthe Weill s’engage dès le commencement du siècle dans le soutien aux artistes sous le mot d’ordre de « Place aux jeunes » qui figure sur sa carte publicitaire. De Picasso qu’elle contribue à vendre avant même l’ouverture de sa galerie à Modigliani dont elle organise la seule exposition personnelle de son vivant en 1917, elle prend part à la reconnaissance du fauvisme en présentant régulièrement des expositions du groupe d’élèves de Gustave Moreau réunis autour de Matisse.Un peu plus tard, elle s’engage également auprès des cubistes et des artistes de l’École de Paris dans des batailles pour l’art, pour l’éclosion de ses nouvelles formes, mais aussi contre le conservatisme et la xénophobie. Et malgré les vicissitudes, son intérêt pour les jeunes artistes est toujours le même. Elle défend farouchement des figures très différentes, dont certaines n’appartiennent à aucun courant précis, et leur donne une chance en organisant une ou plusieurs expositions. Elle promeut, en outre, nombre d’artistes femmes sans préjugés de sexe ou d’école, notamment Émilie Charmy qu’elle expose régulièrement de 1905 à 1933 et qu’elle qualifie d’« amie d’une vie ».


Portrait de Berthe Weill par Émilie Charmy (1878-1974)


En 1933, Berthe Weill publie ses mémoires « Pan ! Dans l’œil ! Ou trente ans dans les coulisses de la peinture contemporaine ».


En 1937 elle déménage au 27, rue Saint Dominique mais après ses succès des premières années, son positionnement sur le marché de l'art d'une part et son manque de capitaux d'autre part, la conduisent à fermer sa galerie en 1939 en raison de problèmes financiers insurmontables. Cette même année, pour la même raison, elle est expulsée de son logement.

Après guerre, Berthe Weill est dans une grande misère et une petite cinquantaine de peintres ayant bénéficié de ses services organisent en 1946 une vente à son profit. Près de 80 œuvres sont négociées et permettent de récolter 4 millions de francs qui la mettent à l’abri du besoin durant les dernières années de sa vie.


En 1948, elle est décorée de la Légion d'honneur en 1948 pour sa contribution à l'art moderne en ayant présenté plus de 300 artistes aux quatre adresses successives de sa galerie.


Le 17 avril 1951, à l’âge de 85 ans, Berthe Weill décède à son domicile impotente et presque aveugle.

Bien qu'elle ait acquis de son vivant une notoriété certaine dans les milieux artistiques en découvrant  nombre de peintres devenus célèbres, elle tombe dans l'oubli après sa mort jusqu'aux années 2000 où elle bénéficie d'un regain d'intérêt.


                                                    Postérité et hommages


 En 2007, son portrait par Picasso (1920) est déclaré trésor national français (2). Ses mémoires sont rééditées deux ans plus tard ainsi que la liste de ses expositions. En 2011 la première biographie consacrée à sa vie et à sa carrière est publiée et en 2012, la mairie de Paris fait apposer une plaque commémorative au 25 de la rue Victor Massé, dans le 9e arrondissement de Paris où Berthe Weill avait ouvert sa première galerie en 1901.

En 2019, le jardin Berthe-Weill est inauguré dans le 3e arrondissement de Paris, jouxtant le Musée Picasso et en 2023, ses mémoires  sont traduites en anglais, aux Presses universitaires de Chicago.

En 2024, Berthe Weill fait l'objet d'une grande exposition au Grey Art Museum (le musée de l'université NYU) à New York, puis en 2025 au musée des beaux-arts de Montréal.


Notes:

(1) Raoul Dufy lui avait donné le surnom de « La petite Mère Weill ».

(2) Je n’ai pas trouvé trace de ce tableau...

La page de Colette Alice

Octobre 2025

 


4 commentaires


viviane parseghian
17 oct. 2025

j'adore toujours ta galerie de Femmes .. c'ets tellement beau et on apprend tellement, meric mon Alice pour cette superbe évocation ❤️

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Alice
18 oct. 2025
En réponse à

Merci ma fidèle Brocéliande ❤️!

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Fredoladouleur
Fredoladouleur
17 oct. 2025

Grâce à toi, Chère Alice, Berthe Weill après avoir exposé nombre de peintures et contribué à rendre célèbre certains de leurs auteurs, a bien mérité qu'à son tour, on en dresse un joli portrait ! Pour faire un bon mot, j'ai presque envie de dire que pour une galériste, ça tombait sous le sens ! ^^ Belle journée à toi et merci pour ce partage! ^^

Modifié
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Alice
17 oct. 2025
En réponse à

Merci pour ton retour et j'aime beaucoup ton bon mot, cher Fred 😀 ! Belle journée à toi aussi 🌞 !

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