La Neela Kurinji, la fleur de l'étrange
Dernière mise à jour : 25 juin

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Une fleur sauvage
Elle ne pousse qu’en altitude entre 1300 m et 2400m. Si la mousson a été copieuse, la floraison n’en est que plus intense et opulente car il lui faut 12 ans pour se constituer et former en son sein suffisamment de graines pour s’assurer qu’un autre cycle reprendra. C’est une plante qui fleurit, se fane et meurt en laissant tomber ses graines, une profusion de graines qui permettront à la plante monocarpique de refaire un autre cycle de floraison.
Pour voir ce spectacle attendu avec impatience, randonneurs, touristes, étudiants en botanique, scientifiques, chercheurs se précipitent pour ne pas rater le rarissime spectacle de la floraison de la Neelakurinji.
Ce sont des fleurs de couleur changeante entre le bleu et le violet, bleu indigo, jouant sur les variations des nuances qu’offre leur carnation. C’est une fleur emblématique des côtes occidentales de l’Inde du Sud, dans les régions du Kerala, du Karnataka et de quelques zones montagneuses de la pointe sud du pays où les montagnes Nilgiris se parent d’un incroyable tapis de fleurs mauves offrant une vision romantique qui n’arrive qu’une fois tous les 12 ans.
Elle a tout d’un étrange phénomène d’une survivance florale qui se perpétue comme une coquetterie de la nature.
Le cycle de sa floraison

Son nom veut dire fleur bleue - neela (bleu) kurinji (fleur) - fleurissant dans les montagnes bleues, les Nilgiris (nil –bleu- gir-montagne )
En fleurissant tous les 12 ans, la fleur envahit toutes les collines des ghâts occidentaux qui longent la côte occidentale du pays. Elle étale une palette bleu indigo sur tous les versants des hauteurs du relief comme un sari déployé sur les prairies herbeuses ondulant dans les plis de ses bouquets. La fleur couvre les prairies des collines, les forêts et les zones humides et immenses des altitudes.
Cet arbuste a un cycle de floraison qui n’arrive à maturité qu’au bout de quelques années, l’organe matrice s’efforçant de remplir un réservoir suffisamment chargé pour lui permettre de se régénérer. Ce sont des fleurs rares en raison de leur apparition espacée mais si rares soient-elles, elles font partie de la famille botanique des Strobilanthes Kunthiana qui comptent une centaine d’espèces dont une quarantaine se développent sur les sholas, les zones tropicales de la côte occidentale de l’Inde. Du fait de sa rareté, les botanistes vont à la rencontre de la fleur et essaient de conscientiser les esprits des aspects de la plante qui a besoin d’altitude, d’espace et de ses éléments écologiques pour se montrer.
Sa nature ne cesse de surprendre les observateurs. La fleur a besoin de solitude et d’espace, de fleurissement groupé issu du stockage étudié de graines laissées en terre par les précédentes floraisons.
Ce n’est pas seulement une magie sortie de la fantasmagorie de la baguette ensorcelée d’un personnage légendaire. C’est une étonnante aventure végétale que la nature nous montre à partir des éléments qui ont donne naissance à cette fleur.
Un peu de botanique
En Inde, il y a pas moins de 46 variétés de Neela qui n’apparaissent pas à la même date ni au même endroit, leur point commun étant l’altitude et les régions situées dans les contreforts des ghâts occidentaux.
Pour la préserver de toute pénétration humaine qui déferlerait sur les collines et dérangerait l’écosystème de l’arbuste, des mesures ont été prises pour limiter l’accès à la fleur par la création de parcs destinés à la protéger car des promoteurs immobiliers cherchent à acquérir les terres, à changer voire dénaturer le paysage des espaces de haute montagne pour bâtir des complexes et autres constructions hybrides. La destruction des sols retournés et bétonnés risquent de nuire à la naissance de la fleur.
Des associations soucieuses de préserver la nature de cet arbuste, cherchent à la tenir éloignée des manœuvres inquiétantes des grands projets visant à transformer le substrat naturel de l’environnement montagnard.
C’’est une plante qui vieillit, se ride et avant de disparaître, laisse chaque fois une profusion de graines dans le sol pour laisser le temps à sa descendance de se reconstruire petit à petit. Elle fleurit dans un lieu particulier appelé des forêts tropicales sempervirentes, c’est à dire « toujours vert » donc à feuillage persistant.
La magie des îles dans le ciel

C’est un monde à part. L’altitude et le climat alpin favorisent l’existence d’une faune et d’une flore endémique, particulièrement à cet endroit des hauts plateaux où la montagne est belle et où le caractère particulier des sholas, des îlots de forêt, a favorisé la naissance de la fleur. Sur les prairies de montagnes qui jouxtent les îlots de forêt, une vie végétale s’est développée depuis 20000 ans à plus de 1500m d’altitude grâce à une humidité constante. Ces prairies sont appelées des îles qui offrent des conditions de vie particulières d’où l’existence d'une flore aux espèces rares. Les arbres ont souvent des branches tordues par les passages venteux et entrelacées pour résister aux bourrasques qui les traversent. Le lichen s’y rampe, les orchidées y ont posé leurs pénates. La beauté et la grâce de la nature, des eaux vives, des sources d’une limpide virtuosité y font entendre la symphonie de leurs écoulements dans les collines. Des espèces proches de la flore himalayenne parviennent à fleurir. Plus au sud encore des ghâts occidentaux, la présence des forêts tropicales renferme des espèces particulièrement luxuriantes et le regard porte loin sur les montagnes vers des sommets à 2000 m d’altitude où des stations climatiques comme Kodaikanal sont réputées pour leur accueil du tourisme de masse qui accueille nombre de visiteurs venus chercher un dépaysement dans le dépaysement ! La fleur de la Neela obéit à ce régime écologique et la faune également. Ces zones sont appelées les îles dans le ciel comme les surnomment les habitants et les botanistes qui étudient ces bois et ces forêts tropicales où de nombreuses espèces de Strobilanthes vivent et perdurent dans l’isolement et la douceur des hauteurs.
Une existence menacée
Hélas des prédateurs cherchent à prendre d’assaut les vastes étendues idylliques des ghâts en défrichant les terres, en changeant la nature des sols et en bâtissant nombre de constructions qui dénaturent les paysages.
Des associations veillent à limiter l’accès et réglementer des zones qu’elles appellent des sanctuaires pour préserver la floraison de la Neela. Elle est confinée dans une réserve et dans des parcs car certains botanistes craignent sa disparition car elle est menacée par l’introduction massive des plantations d’eucalyptus et d’acacias qui lui volent son espace, par l’agriculture qui lui prend ses terres et par l’affluence touristique qui n’apporte pas que du bien à la fleur. Des campagnes de sensibilisation à ces problèmes sont entreprises pour sauvegarder l’incroyable espèce florale qui a traversé le temps.
C’est par un mécanisme de défense que la fleur n’arrive à maturité que tous les 12 ans. Elle prend tout son temps pour stocker un grand nombre de graines qui au moment de sa mort tomberont à terre et germeront en poursuivant le cycle de leur destinée.
La dernière floraison massive a eu lieu en 2018. La prochaine est prévue pour 2030. Un programme de conservation de l’arbuste est resté actif pour sauver la Neela de toute oppression extérieure.
Il s’agit en effet de sauver la plante des intrusions multiples sur les collines. Des entreprises dessèchent les prairies, récupèrent les terres pour les vendre aux promoteurs. Des pratiques mafieuses sont dénoncées afin que la fleur reste ce qu’elle a toujours été depuis longtemps : la fleur romantique qui revient nous visiter tous les 12 ans. Une vaste campagne de préservation de la fleur est ainsi régulièrement mise en application et en 2018, lors de la fête de l’indépendance, le gouverneur indien a mentionné la floraison de la Neela en lui rendant un vibrant hommage.
Dans les arts scéniques, les arts et les lettres, cette fleur mauve est distinguée. Des romans historiques et des contes dans la littérature du sud de l’inde décrivent la floraison. Un roman de Clare Flynn, la romancière britannique, évoque la floraison de la Neela en ces termes :
The flowers are like little bells, clustered on their stalks. A celestal carpet of colours .
(Les fleurs ressemblent à des clochettes, regroupées sur leurs tiges. Un tapis céleste de couleurs.)
« Kurinji flowers » aux editions Cranbook press
Découverte en 1838, cela fait déjà 15 fois que la fleur est venue rappeler son existence dans les montagnes et les collines des Nilgiris.
Juin 2026

Ginette Flora




Mon "herbier" se fait de jour en jour plus riche grâce à toi, chère Ginette 😍 ! Belle journée 🌞
Une magnifique découverte que tu nous présente. Un coin de Paradis à préserver. Merci Ginette j'aime beaucoup !
Encore une belle découverte florale, ma chère Ginette, découverte que j'apprécie paticulièrement en ce jours de canicule qui nous privent de la nature... Bonne journée 🌞😎
Chère Ginette, souvent j'avance en terrain botanique inconnu, découvre avec grand plaisir et m'émerveille encore une fois des beautés de la Nature ! La Neela Kurinji , fleur rare et délicate, ne fait pas exception ! Merci de nous l'avoir présentée avec passion et magie ! De te souhaiter, une excellente journée ! ^^ ☀️